CHAPITRE X
DES PASSIONS DISTRIBUTIVES.
D. Qu'entendez-vous par passions distribu tîves?
R. J'entends certaines impulsions naturelles du cœur humain qui interviennent dans le jeu des autres facultés pour en accroître l'activité, soit dans l'exécution des travaux de tout genre, soit dans la recherche et la jouissance des plaisirs du corps et de l'âme.
D. Rendez cette définition plus claire par un exemple.
R. Tout le monde sait que la durée trop prolongée d'un travail ou d'un plaisir émousse la sensibilité et épuise les forces. Rien n'est plus contraire à notre nature que la monotonie. C'est la variété qui lui convient, non pas avec excès, mais dans une forte mesure. Ce besoin d'alternance existe chez tous les hommes à un degré variable, mais assez impérieux pour que le bonheur, la santé même souffrent quand il n^est pas contlnablement satis-
5i CkjtiCm^i^ fHU BOGUUSME
f^ii, £eUe p^^ssj/^^ s'#p|veUe di^il^i^^ye; par^ qu'elle tend à distribuer, à répartir Ji',9xatiyi(lé ,4e l'hompie eutre les divers travaux et pji^isirs auxquels il e^t desjtjné. Fourier lui a donné ie uo^ ppé^ique ^et p^t^re^qi^e de pçLpilknn$,
p. QvielliÇ est la secondée de3 passix)ns d^strib^jtiv/ejs ?
]Ql. C'est le penchant à (^ moitié, ^ l'^mAlatjyo^. Vhùf^me q«i travaille seul fnanque d'un stiwu}ani dont ij[ éprouve l'heureuse influence aussitôt qu'il itravaiUç eg çp^pag^ie de ses sem)))al>le$ ^ la poi^rsuite du même but. Q^n§ ce dernier cas, outre les autres motifs qu'il peut avoir pour agir, le désir de surpasser ses émules accroît son énergie et double l'effort de sa volonté. Cette passion a reçu le nom de cabalistp,
D. D'où lui vient ce nom?
R. Le sent^jnen^ de riya{i|4 se eoQfjO^d $Lvec l'esprit de pontraçliption, d'intrigue et de cais-b, Biea que dans la
$oei/$M ««tio^Me fifito p««siiQo soï% ut^lï^é» dians quelques
trav^uî, surtout 4^ti§ l'enseignement, elle y produit aussi maintes fois 4^ mauvi^is ef^t9 m 4âgéi|érant en discorde, en jalousie, en luttes violantes, p^r m\l^ des eonditions déf^vqrableç nn miUeu 4esquelle9 elle se manifeste. Ûuan4 Pn l^ juge en elle-mi^me, on comprend bien vite qujB la natnre, en nous donnant ce penchant, nous a dotés d'nne fppee préeieuse, dnnt nous pouvons malheureusement abuser quan4 nous ne gavons pas çréep les con4itions favorables à gon essor bienfeis^nt»
J), Quelle Qst Ij^ trni&ièHie pas§ion 4istril)ntive ?
Si, Tandis que 1^ premièfe, amenant \^ dis^plutien 4e8 groupes labpri^nniiett affectifs, pousse à pn forme? de non-
LIBÉRAL ET RiTIONfiTEL 55
vçaux; tandis que la seconde engendre, mémo dans son jeu normal, un discord utile, la troisième, au contraire, nous porte à rechercher l'accord des sentiments dans la vie collective. Dans certaines circonstances, Thomme se sent plus heureux de se livrer au travail et au plaisir en compagnie de ses semblables que dans la solitude. Voyez, par exemple, quelle différence existe entre un homme qui assiste seul à la représentation d'une pièce de théâtre et celui qui, dans une salle pleine, sent ses émotions s'accroitre et s^exalter au contact d'une masse d'auditeurs enthousiasmés. Bien souvent aussi le travail collectif excite, par l'accord spontané des volontés, un courage et une énergie que ne ressentent pas des travailleurs isolés.
Voilà un fait primordial, inhérent à la nature humaine, qu'une observation exacte ne permet pas de méconnaître. La passion qui s'y rapporte a été appelée composite pour expripier ce besoin d'accord et d'action collective, qui joue un si grand rôle dans le mécanisme social.
D. Pourquoi comparez-vous la société à un mécanisme ?
R. Quand nous disons que les passions distributives président au mécanisme des autres facultés de l'homme, cette idée d'une loi mécanique ne doit pas être appliquée à la lettre et identifiée avec les lois du monde physique. Il faut Tentendre dans ce sens que l'activité humaine, comme toutes les autres, est soumise à une loi à'unité et de variété qui doit régler les conditions de coïncidence, d* accord et de synergie aussi bien que celles de succession, de dissidence et ^*oppo$ition qui sont inséparables de Taccomplissement de nos fonctions. Les lois de 1-harmonie sociale sont sans doute plus compliquées que celles du monde inférieur ,
56 CATËCmSlIE DU SOCIALISME
mais il ne s'ensuit pas que l'ordre moral n'ait pas ses règles fondées sur la nature, règles qu'il a été réservé à l'esprit humain de découvrir et d'appliquer.
D. Quel est en définitive le but des passions distributives ?
R. Pendant que les affectives tendent à la formation des groupes d'amitié, d'amour, de familisme et d'ambition, les distributives demandent pour fonctionner des groupes plus nombreux, c'est-à-dire des séries composées d'agrégats divers. Il faut que ces agrégats soient coordonnés, pour que les individus puissent participer à des actions multiples et variées en rapport avec le besoin d'alternance et se trouver en 'contact avec leurs semblables, soit pour éprouver l'excitation du sentiment de rivalité, soit pour satisfaire leurs besoins d'accord et d'enthousiasme. En résumé, les trois distributives sont destinées à engendrer dans la vie sociale la puissance, l'ordre et le plaisir qui s'y rencontrent si rarement aujourd'hui.