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CHAPITRE XI

UNITÉISME ET FAVORITISME

D. Qu'entendez-vous par unitéisme ?

R. Ce mot qu'on doit à Fourier est nouveau; mais la passion qu'il désigne est connue depuis longtemps. Elle équivaut au dévouement, à l'abnégation, à la vertu, au sacrifice, à la charité, à l'altruisme d'Aug. Comte, etc. C'est la plus noble des passions; car elle contribue plus que toute autre à former et à resserrer les liens de l'unit é sociale.

D. Comment résumez-vous l'analyse de cette passioji?

R. Quand on examine l'action d'un homme qui expose sa vie pour sauver celle de son ami, de son enfant, de la femme qu'il aime, ou môme d'un individu qu'il ne connaît pas; celle d'un soldat qui de son corps couvre son chef menacé, ou du général qui se fait tuer à la tète de son armée, on reconnaît que se dévouer pour son semblable, pour sa patrie, pour l'humanité, est toujours au fond un acte identique. C'est aimer quelqu'un assez pour lui faire le sacrifice de son intérêt, de sa personne, de sa vie. C'est opérer avec lui une union, une fusion si intime, qu'il est impossible de concevoir un plus haut degré d'unité entre les créatures humaines.

D. Quel rapport l'unitéisme a-t-il avec le sens moral ?

R. Le sens moral est une des facultés de l'intelligence dont nous parlerons plus loin. Il suffit de dire ici que dans l'unitéisme, forme suprême de l'amour, le caractère affectif existe à un plus haut degré que dans les affections ordinaires. À ce titre, il se manifeste comme un entraînement spontané et irrésistible du cœur humain. Mais, dans d'autres circonstances, il se combine avec la réflexion, subit l'influence de la raison, du sens moral, et y trouve un secours, une aide, pour atteindre son but. Ainsi s'explique la conduite de certains hommes qui font le bien pour le bien, chez lesquels la notion abstraite du devoir et de la vertu intervient avec plus d'évidence que le sentiment direct d'humanité, de fraternité, de charité qui est le propre de l'unitéisme. t-

D. Cette passion est-elle commune?

R. Comme toute autre passion, elle manque rarement

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d'une manière complète, presque tous les hommes étant, à un moment donné, capables de se déTOuer de quelque manière ; mais elle est peu développée chez le plus grand nombre. On ne sait que trop combien la pratique de la vertu est exceptionnelle malgré les exhortations de la morale et de la religion. Dans le monde tel qu'il est, nos intérets, nos besoins personnels sont trop souvent en opposition avec ceux des autres pour qae chacun se dévoue toutes les fois qu'il en a l'occasion. Les exigences dé l'égolsme ou, pour mieux dire, du droit individuel, n'étant pas assez généralement satisfaites, chacun rétrécit dans sa vie la place des actes de désintéressementi de générosité, de dévouement auxquels il se sent pourtant plus d'hne fois porté par le mouvement spontané de son cœur.

D. Qu'est-ce que le favoritisme f

R. C'est une passioii très-différente de l'unîtéisme, qui met fortement en relief Tégoïsmei l'orgueil et ce que Gall appelait l'spprobativité; Sous son influence la personnalilé ne tend pas à se fusionner ; elle n'aiihe pas et se laisse aimer? elle reçoit beaucoup et rend peu. Elle est foyer de réception sans rayonner à son tour^ comme un corps noir qui absorbe la lumière sans la réfléchir.

D. Ces caractères ne dénotent-ils pas une passion mauvaise ?

R. Le jeu de cette passion est souvent subversif, il fau l'avouer, mais, dans l'aveniri il n'en sera pas* ainsi.

p. Analysez les effets principaux de cette passion.

R. L'action attractive qui s'exerce au profit d'un centre individuel s'explique et se justifie. L'être titré en favoritisme est souvent doué d'un charme particulier, de formes

séd'uHàntM,<riJhl prestige' fÀ^e^â^teii^ et éâiv^aM-. Qui he cônnaW (Jijfelqu'uûe ée cèS' ôréÉttfréS j^leî^*^ d«' gracie, étt<^ fants gâtés de la nature, et n'en subit Tinfluenee âo^eraine? L'œil qui se porte avidemeitt âiff éîîesr, ébkHii de tant d'^clîÉti dôVîiènt âVeiugle sw l^fd tféikuts; Toreifte n'e^teM que Itt dbueetlp dé leur voî» ;• le cœu¥ s'abattd^éfe sans ré^staiifeé etf n'âs^^irë qu'à S'âî>lmër dans fe ^îégë q^èft l'attiré, "^éll^ éëtcétl^- forée ni^ttérieuse (}uiveà ey^^t-dié^ ceiâtrés individuels éft dehors dir foyer unitaire de PHlirmonie sociale; agit en senis invéi^së d'é rù^itëiànié.

D. Le fevoritisitte est-il fréquerit?

R. H est plus iha^qué chez^ l'enfant et chez là' fonitli^; à peine apparent chez quelques individus,- il est la- dominante de certains' ôatactères, li cOïncid^e surtout avec l'amour du luxe, l'àttlbition, là* papiil^hiié etlà cabfeîiste ;plWràlrènienVaveë l'amitié, l'âmout et l'ùiiiléisine.

IJ. PddVez-Vous en^citier des éîdémples chez d'eS pei'sonnagès Cbhnus?

R. Soùs litie fonrie plus du mttiris à^édttséë, oii en trouve le tVi^e chez il»' Alcibiade, une Cléopâtf ë^ un Nét'on, ùtie Marie Stuart, idoles d'une popularité peu méritée, et, dans certairiS ëaractèrëS dte dràmè ou de roman, tels que Don Xiiaii, MttnonLësefeWt, Leôtie-Leoni de George Sand, iiiypirant uii aritdur aveii^e à ceux qui les^ approcliétit et les sUtijiiguatit pai* un- ëHàrifte étranger à Ifr vér^u.

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