CHAPITRE XII
DBS LOIS DE l'activité PASSIONNEELE
D: Ëii qubî la'doniiaifesànce die^ ïia^ibnsittiporfe-t-ëlieà' tsi'sbciolbgie?
60 CATÉCHISME DU SOCIALISBIE
R. En ce qu'elle aide à comprendre et à résoudre le problème de Tassociation morale, c'est-à-dire, de l'accord des caractères.
D. Qu'est-ce que le caractère?
R. C'est la résultante des diverses passions dont l'homme est doué. Il varie à l'infini et cette diversité nous explique, sans parler d'autres causes, les innombrables aspects de la vie sociale. Les caractères qui ont une seule passion prépondérante sont les plus fréquents. Ceux qui en ont deux, trois ou quatre, sont de plus en plus rares ; on les appelle des caractères de haut titre. Les individus qui ont la plupart des passions affectives et distributives très-dévelop-
pées sont exceptionnels.
D. N'est-ce pas du caractère que proviennent beaucoup de causes de désaccord entre les hommes ?
R. Oui. Certains caractères s'accordent et sympathisent, d'autres sont antipathiques les uns aux autres. Mais les désordres qui naissent de ces antipathies tiennent pour la plupart à des combinaisons sociales vicieuses et non, comme on le dit trop souvent, à ce qu'il y a des caractères absolument mauvais.
D. Est-ce que vous ne pensez pas, comme beaucoup de philosophes, que Thommc est doué de penchants mauvais qu'il est indispensable de réprimer par la contrainte ?
R. La science repousse celte opinion, ou du moins lui refuse la portée générale qu'on voudrait lui donner, et elle professe que Tapplication en doit devenir de plus en plus restreinte. C'est dans ce sens que la société a marché pour ouvrir et élargir devant l'homme le champ de sa liberté et de son indépendance. Il est si difficile de concevoir que la
nature nous ait doués de facultés essentiellement mauvaises, qu'il semble plus raisonnable d'admettre ^ue les passions n'ont en elles-mêmes ni bonté ni malignité, mais sont susceptibles d'une direction qui, suivant qu'elle est bien ou mal tracée par la raison et le sens moral, aboutit à des actions utiles ou nuisibles. C'est ce qu'on exprime par les mots d'essor harmonique on subversif des passions.
D. Si vous condamnez la contrainte comme règle générale des passions, quelle méthode faut-il lui substituer?
R. Nous croyons que les passions se dirigeraient facilement vers le bien, si le milieu social reposait sur des combinaisons économiques et morales propres à créer l'accord des intérêts et des caractères, combinaisons que réaliseraient l'association libre et intégrale et l'organisation sériaire des fonctions. L'éducation, en devenant universelle, en développant les facultés de chacun, aurait pour principales conséquences l'unité de ton, c'est-a-dire, de langage et de manières, une connaissance plus exacte et une pratique plus facile des droits et des devoirs. Ce nouveau milieu social comporterait plus de liberté qu'aujourd'hui et permettrait à chacun de satisfaire plus largement ses goûts sans compromettre l'ordre ni la justice. Dans le monde actuel, tout désordonné qu'il est encore, on voit des exemples partiels d'harmonie. Le problème consiste à réaliser sur une plus large échelle les combinaisons favorables à cet heureux résultat.
D. Quel exemple pouvez-vous donner de cet accord de la liberté avec Tordre engendrant l'harmonie et le bonheur ?
R. Nous citerons celui d'un orchestre composé non d'artistes payés, mais d'amateurs désintéressés, ne cherchant
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qu'à satisfaire feur -goût pour la bonne mnsiqBe. Chacun d'eux, en faisant sa partie, pourrait jouer juste ou faux, en mesure ou à contre-temps, d'où vient que pas un ne veut jouer mal? C'est que.tous ost compris comment ils peuvent atteindre leur but La rdson seule guide leur liberté qui, malgré cela, ne leur paraît pas amoindrie ; plus ils cèdent à l'attrait du plaisir, plus >ls acceptent les conditions que leur dicte la raison et plus leur volonté est énergique pour atteindre la jouissance désirée. Toutefois , cette activité manquerait son Isut si elle fonctionnait au hasard. Grâce à la distribution des parties entre les exécutants, à Tunité de ton et de diapason, à la direction unitaire du chef d'orchestre, une véritable organisation sériaire est en quelque sorte préétablie du consentement de tous. Là, des effets d'ensemble, de solo, de duo, de trio, reproduisent la mélodie et l'harmonie sous mille formes, donnent tour à tour essor et satisfaction à des besoins d'alternance, d'émulation, d'accord et d'unité, et réalisent ainsi, pour chaque artiste, la jouissance qu'il attend de son amour de l'art. Tel est le modèle de l'ordre social qui donnerait aux hommes la liberté, la paix, la justice et le bonheur.
D. Si vous admettez, comme il semble, la théorie de V attraction passionnelle de Ch. Fourier, veuillez en donner une explication aussi claire que possible.
R. L'homme, à moins d'être idiot, malade ou en démence, n'agit, ne se détermine jamais sans motif. Il se dit libre s'il a le choix entre les divers mobiles qui sollicitent son activité. Quand, après une délibération, il se décide dans tel ou tel sens, c'est que tel ou tel mobile lui parait
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UBKRàL et RATIOMNISL 6a
préférable» lui plait^ Tatlîre davantage. Au fooé, tout mat tif est u% attrait. Les attraits sont très-divers» en eux^ mêmes, mais qu'ils soient matériels, affectifs, rationneiU ou religieux, qu'ils représentent Y intérêt ou le devoir et même le sacrifie^, un acte de liberté n'est» en définitive* que Tac-, tion par laquelle nous obéissons à un attrait» ^ un motif, tout en ayant conseienea du pouvoir que nous aurions d'opter autrement si un autre attrait nous paraissait supé^ rieur, si, en d'autres termes, nous le jugions préférable. Il est impossible d'entendre la liberté, le libre arbitre dans un sens différent. Toute action libre résulte d'une combinaison de la volonté et de l'intelligence, exprime un désir régi par la réflexion, un mélange d'attraction passionnelle et d'activité rationnelle. C'est lorsque ces deux éléments interviennent dans une juste proportion que l'essor des passions peut réaliser l'ordre, le bien et le bonheur. Si, d'une part, la volonté tend à produire les seuls actes re^ connus bons par la raison, si, d'autre part, la raison n'ac* cepte comme bons que les actes qui se concilient avec la nature passionnelle et libre de l'homme, si enfin le milieu extérieur est favorable, il existe alors accord, unité de l'homme avec lui-^même et avec la société, et le résultat est excellent.