CHAPITRE XV
DE l'Oft^AfflSinOir 9E LA SOCIÉTÉ ElT GÉITÉBAL
D. Comment la eonnaîssanee de l'homme et de la société poutrelle nous aider à construire une théorie sociale ?
R. La connaissance de l'homme permet seule de déterminer ses besoins et sa destinée, et l'histoire nous fait fait comprendre en quoi les formes sociales, jusqu'ici établies dans le monde, sont favorables ou conlraires à la satisfaction de nos besoins et à l'accomplissement de notre destinée.
D. Y a-t-il donc un grand désaccord entre notre civilisation si vantée et les conditions voulues par la nature humaine?
R. Oui. Nos passions, nos désirs, nos besoins nous révèlent nos fonctions et notre destinée ; mais une morale erronée, appuyée sur la force et Tignorance, a proclamé que l'homme doit opposer la compression aux forces dont il est doué, et mutiler cette liberté pour laquelle il se sent né. Il a reçu l'intelligence pour connaître tout ce qui
CATÉCHISME DU S0(HAL1I^E Ifi^RAL «T RATIONNEL 71
rentonre, pour se connaître <et se diriger l«l-*mème, mais oii|lui a conmiaBdé, au at^m d'ufie autorité fuysténeuse, de soumettre sa raison à la foi, 4e subordonner les facultés qui le metteutt en possesskm ^u ^rrai à des croyances sans preuves et pnescpue «toujours cboquaffftes pour le bon sens. £nfin, par l*etft|4oî -de ses forces, î4 a prise sur le monde imatériiel et édéal pour 'a^gmen^ter son pouvoir et ises jouissances ; mais on lui a kài «noire que le travail était un châtiment, la conséquence maudite d'une faute de ses premiers parents, ^u'il «e 'fallaH y voir, y chercher qu'un moyen d'expiation d'autant plus salutaire qu'il serait plus douloureux et plus répugnant.
D. Gomment les hommes ont-ils pu tomber dans de semblables contradictions?
R. L'erreur est venue de ce que l'on a trop envisagé la destinée de l'homme à un pomt de vue métaphysique et mystique, au lieu de se guider d'après le simple bon sens et de chercher, dans la connaissance exacte de nos facultés, la révélation du but pour lequel elles nous sont données. C'est à cette révélation naturelle qu'il "faut croire ; car elle est claire, permanente, et non-seulement confirmée par le bonheur que nous donne l'exercice -normal de notre activité, mais aussi indirectement démontrée par le mal résultant des fautes et des obstacles qui nous font échouer dans la recherche du bonheur. C'est ce qu'exprime en peu de mots le théorème 'conniirfiw tsitractions proportionnelles aiix destinées,
D. Quand on connait les facultés île l'homme et le 'but pour lequel il en est doué, que reste-t-îlà chercher?
R. 11 faut savoir dans quelles conditions notre activité
doit fonctionner. L'étude du présent et du passé nous a fait voir un notable désaccord entre les institutions sociales et la nature de l'homme, et, en scrutant les causes des subversions, nous n'avons pas eu de peine à constater que les conditions du milieu sont aussi mal adaptées à la satisfaction de nos besoins physiques et moraux que peu favorables à notre développement intellectuel et esthétique.
D. Si le milieu est mauvais, avons-nous vraiment le pouvoir de le modifier?
R. Ce pouvoir est incontestable et s'exerce d'abord sur le monde physique. Grâce aux sciences et à l'industrie, l'homme sillonne le sol de routes et de canaux, traverse les mers, fouille les entrailles du globe et construit de puissantes machines qui transforment la matière de mille façons pour l'approprier à son usage. Il ne modifie pas moins le règne végétal et le règne animal ; il restreint ou élargit le développement des espèces et des races, les acclimate et les domestique. Enfin la société est son ouvrage, et c'est sa volonté intelligente qui crée les institutions destinées à régler ses rapports avec ses semblables.
D. Puisque l'homme a prise sur tout ce qui l'entoure et sur lui-môme, où doit-il chercher le principe de direction, la règle, le modèle de l'ordre qui doit enfanter le bien tant désiré ?
R. L'idée de Tordre dérive de deux sources distinctes. Hors de nous la nature nous révèle un certain ordre dans ses œuvres sous des formes diverses. Puis il y a pour notre esprit un ordre que la réflexion nous suggère et qu'il dépend de nous de créer et parfois de substituer au premier. Toutefois, cette puissance de comprendre l'ordre de la na-
lure est bornée comme celle de le modifier. Ce que nous jugeons être Tordre nous l'appelons le bien, et nous appelons le mal ce qui nous parait être le désordre; mais nulle part ce bien ni ce mal n*est absolu. Il nous est donné de l'augmenter ou de le diminuer ; nulle part nous ne créons un bien parfait ni un mal complet. Pour nous tout est mesuré f sérié, c'est-à-dire soumis à ce qu'on appelle la loi sériairej loi de mesure et de proportion.
D. Comment la loi sériaire doit-elle être étudiée, pour en avoir une notion générale et complète ?
R. Elle doit l'être d'abord à un point de vue rationnel et philosophique, puis dans ses applications.
D. En ce qui concerne la société, ce double point de vue est-il également nécessaire ?
R. Oui ; il faut en effet que l'ordre social qui existe ou doit exister, obtienne l'assentiment de notre raison par sa conformité avec les principes, les lois et les méthodes de la science. Il faut aussi que cet ordre corresponde aux puissances qui ont à se mouvoir dans son sein, c'est-à-dire à l'organisation de l'homme, à ses facultés intellectuelles, morales et artistiques, d'où il résulte que l'ordre social suppose nécessairement des lois rationnelles, des lois moraies et des lois économiques,