CHAPITRE XVIII
DES LOIS ÉCONOKIQUES DE l'ORDRE SOCIAL
D. Qu'entendez-vous par lois économiques de Tordre social ?
R. Celles qui régissent l'activité individuelle et collective des hommes en tant qu'elle s'applique à créer, conserver, transmettre et consommer la richesse, dont les divers éléments servent aux nécessités de notre existence ou à nos plaisirs.
D. Quelles sont les forces créatrices de la richesse ?
R. Du côté de l'homme il n'y en a qu'une qui mérite le nom de force, c'est le travail, c'est-à-dire l'exercice des aptitudes pratiques dont il est doué. Mais il faut tenir compte d'un autre élément placé en dehors de nous, que nous pouvons nous approprier pour en faire un instrument, c'ait la terre avec ses trois règnes, ses agents impondérables et ses diverses forces, dont nous empruntons la puissanca^vec une habileté sans cesse croissante.
Dï Que faut-il cofeprendre sous le nom de richesse ?
R. La richesse n'est pas seulement l'or, l'argent, les produits du solj^les œuvres matérielles de l'industrie et de l'art, mais encwre tout ce qui représente une acquisition utile, une découverte, une invention, une idée, une formule, etc. Le savant, le poëte, l'écrivain, le musieien, etc., sont à leur manière des travailleurs dont les services leur donnent droit à la richesse.
D. Pour vousfles occupations manuelles, en général si
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pénibles, ne méritent donc pas mieux le nom de travail que celles de l'esprit ?
R. Non ; cette distinction serait peu fondée. Que mon activité produotiye me prpQUFô une sensation agréable, douloureuse ou indififérenle ; que je sois libre ou contraint ; que jp travaille en vue de satisfaire up besoin physique impérieux, un désir de luxe ou une haute aspiration d'^rt ou ^e science; que j'aie pour mo])ile une récompense matérielle ou idéale, la fortune ou l'honneur, quelquefois toi;^ }es deiix -^ (][ans tous ces cas je fais une véritable (Jépense de force personnelle qui engendre un produit et me crée une responsabilité et un mérite. On obscurcit la (|ues(.ion en faisant de la peine et de }a fatigue çprpprelle ^ne condition indispensable du travail, en ne dpnnant ce noni qu'aux efforts qui lassent nos membres. Est-ce gi|e la pensée ne fatigue pas mon cerveau ? l'écriture, me§ yeux et ma main? L'artiste épuise-t-il moins ses fqrçes à enfanter l'idéal d'un chef-d'œuvre qu'à en effeclij^r la représentation matérielle par le travail des mains? On n'aperçoit, quant à l'essence même de l'acte humain, ançune différence entre ces diverses circonstances.
D, Le travail et le fonds primitif 4es forces naturelles interviennent-ils seuls dans la production de la richesse ?
R. Il se dégage du travail deux ftutres éléments qui ont une valeur propre et un rôle spécial. Ce sont le talent et le capital,
p. Qu'est-ce que le talent ?
I\. Ce n'est autre chose que le travail Ini-môme à un çertaîn degré de puissance et de perfection- ?igne éclatant de ^21 pçrsQpnalité humaine, le talent cp fixi(!a valeur et ^e-
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vient p?^^ là uQÇï des causer légitimes de l'inég^lit^ entriB 1q^ hommes, ^orsquç, toutes çhp^çs égftl^s 4'aiUeur^, ui^e tàçh^ inieu^ reipplie par un travailleur que par un autre, nous montra (i\\ez le premier plus de talent c[U^ chez le second, nous n'hésitous pas à leur recouMUr^ uq droit proportionnel à leur n^érite respectif, et pQ jugeuieut est évidemment d'accord £iYec la ra»§ou et Ift justice.
p. Qu'estrce (jue le capital ?
R. C'est tout produit qui, au lieu de disparaître par une consommation immédiate, dure plu§ pu mgins, constitue l'épargne et représente un travail dont le fruit a été mis en réserve.
D. Quels sont les usages du capital?
R. La durée plus ou moins persistante du ?$^pit^l le rend tran^missible de main en main, par échange, prêt ou donation; mai^ l'intervention de la société dans l'usage du capital fait naître certaines difficultés, e^igp des applications variées des principes du droit, et par conséquent donne quelquefois prise à la critique. Rien, 4p ï^QS J0ur§, n'a été attaqué avec plus de violence et défendu avec plus de vigueur que les droits et les prétentions du capital ; aucune question n'a soulevé plus de passions et inspiré plus de craintes. Le rôle du capital, le droit de propriété sont des questions d'une haute gravité.
D. Si les conditions économiques de l'ordre social se rapportent toutes à ces trois éléments : travail, capital et talent, en quoi l'éconoinie politique, qui en çmbra^sp l'étude, 4iffèrc-t-elle de la science sociale ?
R. En ce qu'elle n'en est qu upe b^anplip, Prp^que toutes le^ définitiQps que les économistes en ont données lui ?|s-
signent pour unique objet la manière dont la richesse se produit, s'échange, se distribue et se consomme. Or, cette définition ne saurait s'appliquer exactement à la sociologie, qui a pour objet tous les faits sociaux, et pour but, dans ses applications pratiques, le bonheur moral au même titre que le bien-être physique. Ce n'est pas sans quelque apparence de raison que l'on peut reprocher à l'Économie politique une certaine indifférence dans les questions de justice et d'humanité. L'économiste se préoccupe surtout de la cause ou de la loi qui préside aux mouvements de la richesse ; mais qu'en vertu de circonstances supérieures à sa volonté, un homme de riche qu'il était devienne pauvre, c'est un détail peu digne de l'attention du savant. Que le renchérissement d'une matière première affaisse l'industrie correspondante et prive d'ouvrage des milliers de travailleurs, l'économiste n'y voit d'intéressant que le jeu de la loi de l'offre et de la demande, en vertu de laquelle l'équilibre sera rétabli au bout d'un certain temps. La ruine, les privations, les angoisses de la faim auront accablé des milliers de familles; mais comme ce fait, dit-on, ne rentre pas dans le domaine propre de la science, il n'y a plus là qu'une question de charité.
D. Les économistes ont-ils en général un sentiment vrai du désordre social?
R. Non ; ce sentiment manque à la plupart d'entre eux, et, pour quelques-uns, Bastiat, par exemple, notre ordre social n'est guère composé que d'harmonies économiques. Pour un autre, M. Baudrillart, « la lutte est à la surface, parfois acharnée et violente, et ne laisse voir que la confusion, mais l'harmonie s'y cache... Deux raisons bien
puissantes tendent à maintenir dans le monde des intérêts cet ordre que, sur la foi d'une apparence mal débrouillée, on se refuse à y reconnaître. La première de ces raisons, c'est que l'industrie de chaque producteur est intéressée à se mettre en rapport avec les besoins auxquels elle se propose de satisfaire. De là une tendance à l'harmonie entre la production et la consommation. La seconde raison, c'est que chacun est tenu d'ajuster ses travaux à ceux des autres hommes, sans lesquels il ne peut rien et dont le concours centuple la jouissance individuelle. De là une tendance à r harmonie dsLns les diverses parties de la production. >
D. Gomment les socialistes répondent-ils à ce langage ?
R. Ils disent que ces tendances restent trop à l'état de tendances pour les satisfaire. Au lieu d'une société où l'harmonie se cache, dit-on, derrière la confusion, ils ne veulent pas de confusion, et ils demandent une harmonie qui se décèle par la satisfaction des besoins et des droits. A leurs yeux les transactions sont en réalité moins libres que ballottées en|re la licence et la contrainte ; or, ils ne veulent ni Tune ni l'autre. Sans doute la production et la consommation tendent à s'établir dans des rapports réciproques d'harmonie, mais elles manquent de lumières pour cela, et, d'ailleurs, le commerce les sépare, le commerce dont les intérêts sont, dans une forte mesure, divergents, contraires à ceux des deux branches qu'il soumet à ses exigences parasites. Sa tendance est d'attirer à lui le plus de bénéfice possible, et, pour atteindre ce but, il cède trop souvent à des tendances qui ne sont rien de moins que des fraudes, des sophistications, des manœuvres d'agiotage et d'accaparement, une concurrence déloyale, etc..
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D. Quel ordre ^t quelle ipétbocle convient-il de suivre dans l'étude des lois économiques de la société?
R. Nqus étudierons : io les éléments éponomiques au point de vue des droits; %Q la question de l'accord ^es in^ térôts; 30 rorganisation du travail.