DES ÉLÉMENTS ÉCONOUIQPES AU POIVT DE TUE DES DROITS
D. Quels sont les droits du travail?
R. Tout travailleur a drpi^ : iP k une rémunération n>atérielle égale à la valeur du produit de son travail ; 2q à upe rémunération mQrale ; d^ à l'exercice libre de ses aptitudes laborieuses.
D. Veuillez 4éyelopp0r le preipier point.
R. On ne peut pas plus conte3t^r le droit du travailleur au produis de ^op travail pu à une yaleur éçjuivalente que séparer u^ e£fet de sa causp. Qe ce droit résulte ^yec la même évidence celui de consommer le produit obtenu, d'en faire épargne 01; de s'en dessaisir par prêt, don ou écbai^ge, L^ loi intervient parfois dans l'exercice de ce droit, mais par cela môme elle en cons^pre l^ principe,
P, Quand l'homme a-tril drpjt à une rén^un^ration iQorale?
R. ^.e résultat 4e certaines actions est d'ui^e incontestable utilité, biep qu'il soit difficile de lui trouver uq équivalent maténel, et il est d^s pas où le dévouement perdrait spp ps^r^ptère et ^Q^ mérite ^'U étajt e§tiil^^ à prix d'ar|[ent. La justice yçut ftlprs que rindiYi4u ^^ 1^ 9QPié(^ <{?} ^^
LlBÉBia ET R^TIQDiNSL 91
profit^ paye sa dette par un tribut d'estime et de reooQr naissance. C'est ce principe d'équité qiii porte la générar tipQ pQderi^e x^on-seulement ^ réhabiliter Ip travail, j^di^ réputé avilissant et indigne de l'homme libre, mais encore à le glorifier comme un acte moral conforme aux lois de la
nature.
0, Comipei^t faut-il comprendre )a^ lil^erté du trayaii?
R. De deux manières, Il f^ut d'abord que le frayait ne soit p^s imposé à un individu par un aut^e. l^e travailleur ne doit être qi esclave pi serf, ipais entii^rement (ilsre d^ s^ personne vis-à-vis de ses semblables. Il ne f^ut pas davantage qu'il soit dans upe déppndance indirecte oojinme celle qui résulte du prolétariat. Pans }^ société ^ctuçUe, les travailleurs, s'ils n'ont que leur salaire quotidien ppur vivre, sont réduits à l'aUernative de manquer du nécessaire ou de subir \^ contrainte d'un trayaii souvent nuisible à Jeuf santé, contraire à leur goûts, à leurs aptitudes et à leur dignité luorale. L'hopime alors u'est rien uioins qu'ipdépendaut, quoi que les économistes pu puissent dire, Le travs^illeur n'est vraiment libre qu'à la condition de ppu? voir, au sein d'une sociétf convenablement organisée, choisir, parmi les divers genres de travaux, peux vers les^ quel^ le portent de préférence ses goûts, ses aptitudes, ses intérêt et ses liens afectifs. Toute tâche contraire à notrp nature est mal exécutée, et Ip but du travail est compromis. Il l'est encore si une rétribution insuffisant^ lè^e uQs inté^ rets, et enfin nous souffrons quand ce travail UQUS tiept séparés des perspnnes que npus aimpns, ou n^US force au contact de celles qui nous sont antipathiques. Pq\^t que le tratimlleur ^itlibre^ k travail doU ê^re a^raya^it, pV cp^tp
condition, sine quâ non, est moins chimérique qu'on ne croit, puisqu'elle est déjà réalisée aujourd'hui dans quelques circonstances qu'il s'agirait de rendre plus fréquentes. D. En quoi consiste ce que l'on appelle le droit au travail?
R. En principe, on ne peut nier le droit au travail, mais, en fait, notre société est impuissante à en assurer la pratique, et cette impossibilité est invoquée par nos hommes d'État pour refuser de proclamer la légimité de ce droit, ne fût-ce qu'en théorie. A peine nos lois reconnaissent-elles le droit à l'assistance.
D. D'où vient la légimité du droit au travail? R. La terre qui, dans son état primitif, est avec raison considérée comme un instrument de travail appartenant à tous les hommes, a été de plus en plus appropriée, c'està-dire conquise et occupée par un certain nombre d'individus, et la plus-value du sol, créée par le travail de quelques-uns, étant inséparable du fonds primitif, la possession de cette plus-value a paralysé le droit de tous à la terre. De là est née la division des hommes en deux classes : celle des propriétaires, qui détiennent tout, fonds primitif et plus-value, et les non-propriétaires, qui, dans les pays déjà peuplés, ne peuvent se servir de la terre comme d'un instrument de travail sans l'assentiment des premiers. Ceux qui souffrent de celte situation se regardent comme déshérités, se plaignent et invoquent le droit au travail.
D. Qu'est-ce que la société peut et doit faire en face de ce droit, qui parait, en effet, très-légitime?
R. Une société mieux organisée que la nôtre pourra reconnaître le droit au travail et en assurer l'exercice effec-
lif par l'associalion. En attendant, on supplée à celte impuissance par deux palliatifs : l'impôt foncier et la colonisation. L'impôt foncier, direct ou indirect, établi sur les propriétaires, profite à tout le monde et diminue d'autant les charges publiques pour ceux qui ne possèdent pas le sol. D'autre part, la colonisation, jusqu'à ce que le globe soit entièrement peuplé et exploité, fournit aux travailleurs non occupés les moyens de vivre et de s'approprier de nouvelles étendues de la surface terrestre ; mais cette institution, à peine ébauchée dans les sociétés européennes, n'y rend que peu de services. L'Angleterre favorise l'émigration et l'Amérique est ouverte aux immigrants; mais, dans ces deux pays et surtout dans d'autres, ce mouvement, compromis par l'incohérence des efforts, par les manœuvres déloyales de quelques individus ou de certaines compagnies, fait de nombreuses victimes et aboutit souvent à de déplorables catastrophes.
D. Quels sont les droits du talent?
R. Ces droits résultent de certaines conditions remplies par le travailleur et qui donnent la mesure de son talent. En d'autres termes, ïts repoâÉitsur la quantité, la qualité et la nature du travail accompli.
D. Expliquez cela par des exemples.
R. Comme nous différons tous les uns des autres pir nos aptitudes respectives, les produits de notre travail sont en rapport avec ces différences. De deux ouvriers qui bêchent la terre, celui qui, dans le même temps, en remue une plus grande étendue, est déclaré le plus habile. Dans les beaux-arts, au contraire, qu'un génie facile produise un chef-d'œuvre en peu de temps, et qu'un autre, moins Ikvo-
9i CATÉCHISME DU SOCIALISME
tisé par la tiatûre, mette tin temps double à créer une tfetlvrè égale, la durée de ce travail sera très-peu considérée potit juger le mérité relatif des deux artistes. Eiifîn, dans d'autres cas, c'est la nature môme de l'œuvre qui permet d'en apprécier la valeur. Ainsi, quàiid un artiste de premier ordre, un Paganini ou un Thalberg, a, pendant une heure, charmé son auditoire, on ne tient guère compte du travail préparatoire. C'est en jugeant directement l'exécution elle-même qû'ôfi apprécie le talent de Tàttiste. Il ne vient à l'esprit de personne d'attribùef à une heure de ce travail d'exécution aussi peu de valeur qu'à un travail de tnême durée dans uiie industrie manuelle.
D. L{1 société a-t-elle intérêt à rétribuer le talent ?
R. Oui, elle y trouve son intérêt en même temps qu'elle fait une chose juste. Plus ses travailleurs seront savants et habiles, plus elle les comblera de fortune et d'honneurs, pour stimuler et récompenser leur zèle, plus aussi elle en profitera. Ainsi l'intérêt des individus et celui de la société se trouveront d'accord entre eux et avec la justice. Ce résultat est faiblement garanti dans la société actuelle, où se voient sous ce rapport biefl des iniquités,
D. Que faut-il penser du talent au point de vtte de l'égalité sociale ?
R. hè talent est une des sources de l'inégalité et, à ce titre, il porte ombrage à ceux qui rêvent un régime d'égalité absolue. Nous reviendrons ailleurs sur la question de l'égalité et de la hiérarchie. Remarquons seulement ici ((u'il est de l'intérêt de tous qtte les plus capables dirigent l'action commune ; mais cette prépondérance ne peut être effective qu'à la condition d'être reconnue et âcdef tée par
(ôtis, él hùilè âûtrë aûtdtîté qtlè le stifea^fe dès aséëcîéà intéressés et èôiïipétënts fie dbîi Ébnfétèt âiix Chefs lè pouvoir dont ils sont dignes. Dans toutes lés fdndtidns confiées k i*àôlion collective d'un gtdupè, l'expériéticé, le tact, le coup d'œil d'un directeur contribuent sûrertièùt au succès. Chàctin de ceiix que leut* infériorité relative place dans ufi rôle siibalterne, est intéressé â 6è que l'œuvre du groupe entier et la sjenne propre attéigfifent lè pluâ haut degré de pérfefctîdn, et pat- conséquent à choisir pour 6hef celui dont le taîeht peiii le ttiieux àsstiref ce résultât.
D. Quels sottt \èi droits du capital ?
R. Les droits du capital sont pfOpottioniielë àiti services qu'il rend; lîïàîs cette question sôiilévë aussi éélle du droit dd Thoinme â la possession du capital, (î*est-â-dire à là propriété.
B, ânf quelles choses l'homme a-t-il tlii droit de propriété f
R. Sur celles qtt'ii â créées par soiï prôpfë ttatvàil ou qtîi lui ont été cédées en échange d^tfû àet-vrcë tendu, ou donùéës par quelqu'un qiii lés possède Wgififtieffiettti
D. A quel titre Thommc peut-il devenir ptoptiôtàitè du sol? ♦
R. Il .y a, comme nôtls Tavotis dit, detii choses dan^ la tért-é : tiiîë valeut primitive antérietijre au ttàvâil, qu'auéun individu ife peut s'approprier sattis léser ses sembiablèsi et une Valeur tésultant dti travail, c'ést-â-diré tihe plus-value qui appartient légitimemetlt â celui qui l'a^ëtéée ou qui l'a reçue d'un autre en remontant jusqu'au créateur primitif. Nous aVdiiâ déjà dit que la société n'a pas Jtisqii*ici trouvé les moyens de condlier le dreit à la plus-
98 CàTÉGHISHK DU SOCIALISME
valae avec le droit an fonds primitif, et c'est poar cela que nons voyons tant d'attaques dirigées contre la propriété immobilière.
D. Quel usage l'homme a-t-il le droit de faire de sa propriété?
R. Nous avons déjà dit qu'il peut consommer ce qu'il possède, le conserver, le prêter, le céder par échange, donation, ou héritage.
D. S'il n'y a pas de doute sur le droit de consommer, de conserver, d'échanger et de donner ce que l'on possède, en est-il de môme du droit de transmettre par héritage et de celui de prêter à intérêt?
R. Le droit d'hériter n'est réel que comm.e transformation de celui de tester. Or le droit de tester n'est pas plus contestable que celui de donner de son vivant. Les uns font un testament formel, pendant que d'autres s'en rapportent aux dispositions de la loi pour régler le partage de leur succession. Ce sont là deux manières d'exprimer sa volonté ; l'une est ostensible, l'autre est tacite ; mais celleci ne parait pas plus attaquable que la première. D'ailleurs la taxe des successions rentre dans ce que nous avons dit de l'iml^t foncier direct et indirect.
D. Que pensez-vous du prêt à intérêt ?
R. La question a un côté théorique et un côté pratique. En théorie, si je possède légitimement ua immeuble, un produit industriel, un métal précieux, un objet d'art, une somme de monnaie, je puis en disposer et par conséquent le prêter, pourvu que les conditions du prêt soit librement débattues entre moi et l'emprunteur. Mais en pratique, il pei;t arriver» et il arrive trop souvent que Temprunteurpressé
par le besoin est contraint d'accepter les charges léonines que lui impose le prêteur. Cet inco^^^énient cessera lorsque l'association aura substitué l'accord à l'antagonisme des intérêts. D'ailleurs le taux du prêt n'a pas d'autre base équitable que la double considération du service rendu et du risque à courir.
D. Croyez-vous que le prêt à intérêt subsistera toujours?
R. Il serait téméraire de répondre dans un sens ou dans l'autre. La disparition du prêt à intérêt dans l'avenir ne doit pas être regardée comme impossible, puisque, dès aujourd'hui, le fait s'observe quelquefois. S'il arrive que personne n'ait plus besoin des services qu'on demande à l'emprunt, le prêt à intérêt sera non avenu. Il est surtout admissible que le prix de ce service baissera graduellement. Que la richesse augmente et soit mieux répartie, que chacun finisse par avoir la libre disposition des instruments de travail, le prêt à intérêt aura moins d'emplois et finira peut-être par n'en avoir aucun. Mais ce changement, s'il arrive, coïncidera forcément avec beaucoup d'autres qui en feront pour tout le mionde un avantage tel que personne n'aura lieu de s'en plaindre.