CHAPITRE XXIII
DES DIVERS HODES d'eXÉGUTIOM DU TRAVAIL
D. Quels sont les principaux modes d'exécution du travail?
R. Ces modes sont relatifs à la division ou parcellation du travail, à sa durée, à sa variété et enfin à son exécution par des personnes isolées ou groupées.
D. En quoi consiste la division du travail ?
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R. Cette division, qui est un des grands progrès de l'industrie moderne, consiste soit dans la séparation dés occupations, soit dans la subdivision des lâches dans une môme industrie. La plupart des produits exigent des travaux et des ouvriers distincts. Rendue nécessaire par Timpûssibilité pour chacun de tout faire, cette méthode permet d'adapter à chaque détail la spécialité de chaque aptitude, de se rendre compte de l'importance relative de toutes les branches dé Htidasttie, de mettre en rapport la puissance créatrice avec le produit et aussi d'obtenir des ouvrages plus parfaits. Elle est une condition d'agrément, de plaisir, si elle tourne au profit de la liberté du travailleur, en luî donnant le choix des fonctions vers lesquelles le portent ses aptitudes, ses goûts, ses intérêts, ses relations affectives, etc. Il faut y voir surtout un élément d'ordre sans lequel toute direction régulière serait impossible. D. Doit-on l'appliquer à toute sorte de travaux ? R. Non, elle ne peut pas être portée au delà de certaines limites; exagérée, elle serait absurde et nuisible. Dans les beaux-arts et dans les recherches scientifiques le travail est communément composé, multiple. Il est rare que le même tableau puisse être bien exécuté par plusieurs peintres quoique la peinture comprenne des opérations différentes. De même, dans une musique d'ensemble, la division des parties si nécessaire pour l'harmonie, ne doit pas réduire chaque instrument à ne faire qu'une seule note et toujours la même.
D. Pourquoi les socialistes ont-ils critiqué la division du travail telle qu'elle est actuellement pratiquée? R, Ce n'est pas le principe de la méthode qu'ils ont al-
LIBÉRAL ET RATIONNEL Ht
taqné, mais Tabas qu'on en fkit, ou plutôt cette impéritie notoire qui, par une extrême monotonie, réduit les eréatures humaines à l'abrutissement, aux maladies, aux infirmités. Que peut devenir l'homme qui, toute sa vie et du matin au soir, aiguise des pointes d'aiguilles ou tourne une manivelle?
D. Quelle doit être la durée du travail quotidien?
R. Il n'y a rien de fixe à cet égard. La lassitude arrive plus ou moins vite suivant la nature du travail, les inégalités de force et d*aptitude et suivant que le travail plaît ou déplaît. Tout ce qui crée l'attrait favorise l'ardeur et la prolongation du travail. Il n'est pas douteux que le mode des courtes séances ne soit en général sinon toujours préférable.
D. Qu'entendez-vous par la variété du travail?
R. J'entends la possibilité pour tout individu de se livrer, avec toute laliberlé que comporte l'ordre général, à un plus ou moins grand nombre d'occupations successives, en rapport avec la diversité de ses goûts et de ses aptitudes.
D. Quels sont les avantages de cette méthode ?
R. Rien n'est plus contraire à la nature de l'homme, que l'absence complète d'alternance et la durée excessive d un travail quel qu'il soit Un labeur prolongé et toujours le même devient ennuyeux. Quoique entrepris avec ardeur, il cesse bientôt d'exciter la volonté, répugne et finit par nous abrutir, s'il n'exerce que les forces physiques, ou par altérer la santé s'il n'occupe que les organes de la vie morale et intellectuelle. Le défaut d'équilibre est aussi fâcheux dans un cas que dans l'autre et le résultat du travail dégénère toujours de quantité et de qualité.
Ui CATÉCHISME DU SOCIALISME
D. N'est-il pas à craindre que rhomme, s'il ne se livre pas constamment à la même occupation, soit moins habile et les produits de l'industrie moins parfaits?
R. L'expérience du travail varié, quand elle est bien faite, ne confirme pas celte opinion. Tout en conservant la division du travail, méthode excellente dans beaucoup de circonstances, il convient d'appliquer plus largement le principe de la variété. Dans la plupart des travaux, la fonction est si simple que l'habileté, loin de s'accroître indéfiniment, se perd par la routine et la fatigue de l'attention. Croit-on que certaines opérations si monotones dans nos usines seraient moins parfaites si, au lieu d'être exécutées machinalement pendant de longues heures consécutives, elles l'étaient par séances plus courtes? En industrie comme en plaisirs, la variété est le vœu de la nature ; il suffit d'être observateur pour en trouver autour de soi comme en soi-même des preuves non douteuses.
D. Lequel est préférable du mode isolé ou du mode collectif pour l'exécution du travail?
R. Ces deux modes ne doivent ni s'exclure ni s'imposer. Il fautautant que possible que les hommes puissent à leur gré s'isoler ou se réunir pour travailler. Il est hors de doute que, dans les cas qui lui conviennent, le travail collectif ou par groupes est plus agréable; il excite plus d'émulation et comporte plus de perfection par les ressources que chacun peut puiser dans l'exemple et les conseils de ses compagnons. Toutefois le vrai modèle du travail collectif n'est point dans nos grandes usines où les ouvriers sont entassés par masses trop considérables et exposés à des inconvénients de tout genre. *