CATÉCHISME OU SOCIALISME
l'industrie actuelle, mais avec un accord que la convergence des intérêts rend plus facile, fournit la base de la rétribution due à tous les travaux.
D. Comment est fixé le lot du talent ?
R. Il l'est en général d'après l'habileté du travailleur, manifestée parla quantité ou par l'excellence du produit. Cette inégalité de mérite est, dans toute œuvre collective, un élément de hiérarchie dont la valeur doit être établie par le vote des associés, et ceux-ci, solidarisés par l'association, ont eux mêmes intérêt à faire récompenser le collaborateur dont le talent leur est nécessaire pour diriger fructueusement leur propre travail. Dans d'autres cas, où il s'agit d'une découverte, d'une invention, le jugement doit émaner d'un conseil de juges compétents empruntés à la série que l'invention peut intéresser.
D. Comment s'établit la hiérarchie dans la commune associée?
R. Les emplois de chefs de groupes ou de séries sont donnés à l'élection qui offre ici toutes les garanties désirables. Les membres d'un groupe se connaissent assez pour juger du talent de chacun, et le groupe entier n'aspirant qu'à surpasser les autres groupes avec lesquels il est en rivalité, le désir d'un succès subordonné à une direction habile le porte logiquement à placer à sa tête le membre ou les membres les plus capables. S'il s'égare et ne choisit pas le plus digne, celui dont il méconnaît le mérite est libre, en l'abandonnant, de le priver de sa coopération. Ce mécanisme crée entre les intérêts une telle solidarité que plus on veut les assurer, plus la justice apparaît comme la meilleure des garanties. Quant aux chefs de séries, ils sont
choisis parmi les chefs de groupes et par eux. Ainsi, d'échelon en échelon se construit la hiérarchie totale de Tassociation, représentée au sommet par une Régence qui, comptant un ou plusieurs membres de chacune des grandes séries, agriculture, industrie, commerce, ménage, sciences, beaux-arts, administration, éducation, délibère sous la direction du président qu'elle se donne pour en faire le chef honoré et aimé de la commune sociétaire. Voilà comment l'association constitue dans son sein une autorité déléguée, temporaire, expression fidèle et loyale des volontés libres et éclairées, et comment elle réalise la formule : A chacun suivant sa capacité et son mérite, D. L'association a-t-elle des règlements ?
R. Elle ne saurait s'en passer. Le groupe discute et vote le règlement relatif à ses fonctions ; les chefs de groupes discutent et votent les lois relatives aux fonctions de la série, et ainsi de suite jusqu'à la Régence. Ces règlements ne peuvent Titre en antagonisme les uns avec les autres» ni avec l'unité sociétaire, parce que l'association générale des intérêts embrasse, domine toutes les corporations fonctionnelles, parce que la multiplicité et la variété des fonctions engrènent les uns avec les autres les individus, les groupes et les séries. Chacun a ses intérêts et ses fonctions tellement disséminées dans toutes les parties de l'ensemble que son avantage est de n'en compromettre l'équilibre ni au profit ni au détriment d'aucune de ses branches. En participant à la constitution de la hiérarchie par la délégation des pouvoirs, on ne peut chercher un meilleur guide que la justice, puisqu'elle est ici d'accord avec l'intérêt. D. L'association aboutit-elle à l'égalité?
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R. Elle n'al>outit pa3 au nivellement absolu ea toutes choses, mais à une égaUté équilibrée. En effet, si chaqiue individu, prenant pcu?t à plttsLeujrs fonctions, a la possibilité dt'obt^nif, dans l'emploi où i\ excelle, la distinction qui lui est due et de devenir le chef die ses collègues, de ses émules, il doi^t avec uoa; moins de raison se contenter d'un rang iaférieuir dans le groupe où son mériie auora été surpassé. Les mêmes effets se reproduisant à tous les degrés et dans les diverses sphères de l'activité collective, tout meoibre du corps social arrive à une somme de supério^ rites, de médiocrités et d'infériorités qui, réparties dans diverses fonctions, se compensent et s'équilibrent. Ainsi Végalité se réalise par la compensation des inégaliUs^ et, si ce n'est pas là l'égalité absolue rêvée par certains philosophes, c'est au moins celle que ratifient la justice et la raison.
D. L'association admet- elle des peines coercitives en cas de violation des statuts et des règlements?
SL L'association n'étant au fond qu'Uin contrat librement consenti par les associés, il est évident que ce contrat exige une sanction dans les cas où. Tordre est violé. Aucune société ne subsisterait si une volonté individuelle, engageant la lutte contre elle, pouvait impunément la troubler et lui nuire. Tant que des crimes et des délits seront commis, il faudra les réprimer. 11 ne s'agit donc pas d'abolir tous les moyens de coercition pénale, mais de les maintenir jusqu'à ce qu'ils tombent en désuétude. Qui pourrait douter de la diminution rapide des désordres moraux et des violations de la loi dans un ordre socia. fondé sur l'accord et la solidarité des intérêts, sur le tra«
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vail attrayant, sar une répartiition éqaitable^ s«r la riekesse, 9iir rédncaiion intégrale et l'unité de ton <q«i en est la conséquence, au milieu d'une sodété qui intéresserait toutes les volontés individuelles au respectée la ^stice, au nom même des intérêts mat'ériels et moraux.
D. Quelle serait la situation de la commutte sociétaire par rapport aux lois générales et aux «ftœurs du pays f
R. Elle ne pourrait que les acœpter et s'y conformer. Youlàt-elle s'en affrancbir ^a^as quelque mesure, elle n'y panfiendrait pas facilement en Europe^ même ^ans les États les plus libres, comme la Suisse et l'Angleterre. L'Âméiique du Nord seule lui offrirait peut-être des conditions plus favorables.