CHAPITRE XXX
DZi RÉïOttMES BOCIAIES Et GÉNÉRAL
D. En partant des données de l'observation et de la théorie, quelle; marche faut-il suivre pour les mettre en pratique ?
R. Les principes de l'association peuvent recevoir une application partielle ou intégrale. La première méthode est suivie depuis longtemps. L'emploi des capitaux suivant le mode actionnaire, le métayage, la participation des travailleurs au bénéfice d'une usine, les cercles et casinos, les couvents, etc., sont des ébauches d'association. La seconde méthode, non encore expérimentée, consisterait à appliquer simultanément l'association à tous ou presque tous les éléments de l'activité humaine, ou tout au moins aux éléments économiques, trctvail^ capital et talent^ dans l'agriculture, l'industrie, le commerce et le travail domestique. Nous ^donnons à la première méthode le nom de Garantismef à la seconde celui d* Association intégrale,
D. Que signifie exactement ce mot de Garantisme ?
R. Comme son nom l'indique, le Garantisme créerait un système de garanties matérielles et morales qui, sans aboutir d'emblée à l'accord universel des intérêts, à l'unité d'action, à l'harmonie véritable de tous les rapports, assurerait à chacun plus de richesse et de bien-être, plus de dignité et d'indépendance, au milieu d'un ensemble mieux ordonné et mieux équilibré.
D. La réforme garantiste renconlre-t-elle beaucoup d'obstacles?
R. Quoique la plupart des esprits se dirigent aujourd'hui dans le sens de cette méthode, il ne faut pas la croire d'une exécution facile. S'il s'agit de l'appliquer en grand, à toute une fonction, à l'industrie ou au commerce d'un pays tout entier, c'est une entreprise gigantesque qui suppose l'accord préalable de toute une population ralliée par un jugement identique sur l'utilité de la réforme projetée. Si, au lieu d'agir sur une grande échelle, on veut essayer le Garantisme dans des opérations de détail, les difficultés ne sont pas moins grandes, en raison de l'aggravation relative des charges et de la lutte inévitable à soutenir contre une masse d'esprits prévenus ou hostiles par crainte, jalousie ou ignorance.
D. La méthode de l'Association intégrale offrirait-elle moins de difficultés?
R. Elle a aussi les siennes, mais elle serait plus concluante et sans inconvénients sérieux. Une lieue carrée de terrain , une population de quinze à dix-huit cents âmes, un édifice pour la loger, un matériel agricole et industriel, un fonds de roulement pour la mise en train, et enfin un personnel dont la capacité serait à la hauteur des diffi-
cultes de la transition ; voilà, réduit à sa plus simple expression, Tensemble des éléments jugés nécessaires pour la solution du problème. Le succès d'une tentative de ce genre serait suivi d'une imitation rapide et amènerait facilement la transformation de la société. Ainsi réduite à la proportion d'une commune rurale, cette expérimentation offrirait l'avantage de n'exiger qu'un capital relativement médiocre et de n'apporter dans le mécanisme social actuel aucun danger de pertubation, même dans le cas d'échec complet.
D. Vers laquelle de ces deux méthodes les esprits semblent-ils se diriger de préférence ?
R. Vers le Garantisme. Au premier abord il semble plus facile et plus rationnel de réaliser des associations partielles que l'association intégrale. Cette tendance a produit le mouvement coopératif dont les résultats, quoique très-in» téressants, n'ont pas répondu et ne répondront pas toujours aux espérances. Loin d'entraver ce mouvement, il faut le favoriser et lui demander tout ce qu'il peut donner. Mais on ne tardera peut-être pas à avouer combien sa portée est limitée, et à reconnaître que le problème social ne se résoudra sérieusement que par des essais d'association intégrale.
D. Quel ordre faut-il suivre dans l'étude des réformes sociales pratiques?
RNous parlerons, sous le nom de Garantisme, des applications partielles du principe d'association, et, sous le titre d'Association intégrale, de la réforme plus complète que réclame l'organisation sociale actuelle.
CHAPiTR£ XKXl
XHJ GARÀVTISX)^ DANS l' AGRICULTURE JPt l'iKDUSTRIE
D. Comment pourrait-on appliquer le Gtrantisme à ragriculture ?
R. Par des institutions analogues à ce que Ton connaît déjà sous le nom de fermes-modèles ou d'asiles ruraux, actuellement consacrés à renseignement théorique et pratique de l'agriculture, à Fassistance des indigents ou au régime pénitentiaire. Des établissements de ce genre pourraient avoir une destination plus large et plus utile, si ron en faisait de grandes exploitations agricoles; unitaires «t libres, dont le capital serait représenté par àes actions am. des obligations, et dont le personnel serait soumis au régime mixte du salaire avec participation aux bénéfices.
D. Quels sont les résultats probables de ce Garantisme
agricole? f
R. On y obtiendrait une sub;sistance bonne et économique, des travaux variés et lucratifs, une gestion peu coûteuse. La ferme aurait des approvisionnements en silos, en greniers, et ce système généralisé mettrait le pays à l'abri des disettes. Il y aurait de grandes économies à faire dans la cuisine, le chauffage et autres branches du ménage. En combinant des travaux de fabrique avec ceux de l'agriculture, on y trouverait l'agrément d'une certaine variété. Les usines abandonneraient les grands centres pour se disséminer dans les fermes garantistes où l'ouvrier jouirait
LIBâRAi. m BAiTMVIÏISL 141
d'ime eiduiteoee plus douce que dans les villes où. il fait du malin au soir le même ouvrage, au préjudice de sa santé. La comptabilité serait accessible à la surveillance de cbaque intéressé. L'ouvrier serait stimulé par les chances d'avancement en grade ; on lui donnerait l'esprit de propriété en lui attribuant des courons d'actions et on le soulagerait des trais d'éducation par la facilité: de combiner pour les enfants les études scolaires avec des occupations pro^ctives».
D. Quelles garanties ces fermes créeraient-elles entre les intéressés?
R. Le propriétaire aurait son revenu plus certain en raison de la puissance et de la fécondité du travail organisé unitairement, dirigé scientifiquement et accompli avec plus de vigueur par les salariés participants. Ceux-ci trouveraient à leur tour daas cette demi-association des motifs de travailler avec plus d'énergie à la réalisation d'un succès dont ils partageraient les fruits. Aujourd'hui, dans les grandes fermes et surtout dans les petites exploitations, les salariés sont trop privés d'action collective pour pouvoir débattre sérieusement les conditions du loyer de leurs bras. D'autre part, les propriétaires, mal servis par une population ignorante q.ui travaille avec répugnance, luttent en vain, dans leur isolement, contre les fléaux qui désolent l'agriculture. Des fermes garantistes seraient donc favorables au travailleur et au propriétaire.
D. Comment le Garantisme peut-il s'appliquer à l'industrie manufacturière ?
R. La lutte entre le patron et. l'ouvrier est, souvent trèsdirecte dans les grands ateliers, lutte non moins funeste ^
iU CATÉCHISME DU SOCIALISME
l'un qu'à l'autre. La ligue est si facile entre les patrons qu'il suffit souvent, pour l'opérer, d'une entente tacite el pacifique. Au contraire, la coalition des travailleurs, à cause de leur grand nombre, de l'ignorance de la plupart, des passions violentes de quelques-uns et enfin des souffrances de tous, se produit rarement sans désordres et sans illégalité. Les grèves aggravent presque toujours le sort des intéressés en compromettant leur industrie. Une voie meilleure est celle des syndicats ou chambres d'ouvriers analogues à ceux qui existent déjà pour les patrons.
D. En quoi consisteraient ces syndicats d'ouvriers ? R. Les travailleurs d'une même profession se grouperaient et éliraient le syndicat destiné à les représenter pour la défense de leurs droits et de leurs intérêts. On ne voit pas pourquoi la loi qui reconnaît les syndicats des chefs d'industrie n'autoriserait pas également ceux de la classe ouvrière. Au lieu de les entraver, l'Administration devrait en favoriser l'organisation ; car ces syndicats, nécessairement composés de l'élite de la corporation, atteindraient le but de leur institution par la puissance du droit et d'une raison éclairée, sans y mêler aucune violence. Voilà, en dehors de l'association proprement- dite et dans l'état actuel de la société, l'unique garantie sérieuse que les classes ouvrières aient à conquérir, et encore la chose n'est-elle possible que pour les grandes agglomérations industrielles. Dans les industries morcelées, l'expédient est presque impraticable.
D. Les sociétés ouvrières de secours mutuels ne sont-elles pas une application du Garantisme?
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R. Oui; nous en parlerons plus loin, mais ce sont là des ressources étrangères à la fonction productive à laquelle elles n'enlèvent rien de son incohérence et de son insolidarité.
D. La coopération a-t-elle été appliquée à Tagriculture et à l'industrie?
R. Oui; 4&ns un autre chapitre nous en rapporterons des exemples.