‹ Catéchisme du socialisme, libéral et rationnelChapitre 42 sur 53 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

DU «ARAIITISIIB GOMIIERCIAI.

D. Quelles sont les réformes à introduire dans le commerce par le Garantisme?

R. Nous avons fait connaître ailleurs les vices de notre organisation commerciale qu'on peut résumer dans deux faits principaux : la concurrence individuelle et la propriété intermédiaire, dont découlent tous les autres et en première ligne le caractère essentiellement parasitique du négoce.

D. Dans quelle proportion ce parasitisme grève-t-il la valeur vénale des produits pour le consommateur?

R. Dans notre pays le commerce grève de 20 à 30 p. c. les produits livrés à la consommation, et dans certaines branches, cette charge monte à 50, à 100 p. c. et même plus haut. Si le commerce était réduit à sa fonction normale d'intermédiaire, le prix des produits ne serait pas augmenté en moyenne de plus de 4 à 5 p. c, et cette économie considérable, en favorisant la consommation, Taug-

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manierait; par contre-K^oup, la prodnclion en retirerait les mômes avantages.

D. Comment pourrait-on ramener le commerce à sa yéritable fonction ?

R. En généralisant la consignation continue pour la substituer autant que possible à la propriété intermédiaire, et en transformant. Ul concurrence individvetie «n concurrence sociétaire. Par la première de ces réformes, Vd^geat commercial désormais désintéressé n'aurait pas plus de raisons pour déprécier la marchandise aux dépens du vendeur que pour la surfaire au détriment de l'acheteur. D'autre part, la concurrence sociétaire, c'est-à-dire pratiquée par les agences de consignation créées dans l'intérêt commun des producteurs et des consommateurs, n'aurait à redouter ni des actes particuliers en scission avec l'action collective, ni les défaillances du sens moral chez quelques individus. Établie dans de bonnes conditions, une association a toujours un sentiment d'honneur plus sûr, un soin, plus chatouilleux de sa dignité et de sa réputation. Enfin, les opérations, du moment où un grand nombre d'intéressés auraient le droit de les suivre et de les surveiller, prendraient, grâce à cette publicité, un caractère véridique. La plupart des sociétés coopératives offrent cette tendance morale qui fait prévoir le moment où la concurrence anarchique et mensongère devra disparaître des opération:> commerciales.

D. Quels sont, dans le commerce, les éléments à conserver et les éléments à faire disparaître?

R. 11 y a dans le commerce trois éléments à traiter diversement.

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io Les fonctiûus utUcs qu'il faut protéger comme le transport, le détail distributif» etc., mais réduire aux voles les plus directes, à la plus grande économie d'agents, de capitaux, etc.

2o Les fonctions superflues comme Taglotage, les complications mensongères, les pullulations d'agents et autres vices qu'il faut réprimer par TaâsoeiaJtion et le régime véridique.

30 Les fonctions mixtes», comme certains ag/snts mercantiles, les manufaoturiersruégociants qui participent du genre improductii et dont il faut protéger lea uns et réprimer les autres.

D. Par quelle institution pratique obtiendrait-on ce résultat?

R. Par celle de VerUrepôt sociétaire dont le but est de liguer les trois fonctions sociales, production, consommation et distribution, contre tout empiètemfiut intermédiaire, de manière à. éviter les frais et les fraudes dont les parasites commerciaux surchargent l'objet mis en circulation et à réserver tout, le bénéfice de vente au producteur primitif, sauf une. provision pour les frais, d'agpnce. Elle suppose pour un grand pays, comme la France, des établissements centraux dans les grandes villes,, puis d'autres do moins, en moins considérables dans Les villes de deuxième ordre, dans les chefs' lieux, de département, d'arrondissement, de canton et dans les communes rurales, (uhaque établissement^ composé d'un entrepôt, et d'une banque ou comptoir, reçoit la marchandise en consignation dans des magasins appropriés à la nature des denrées, blés, vins, produits manufacturés, et en fait lever des échantillons.

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L'acheteur, après examen et d'après le prix demandé, conclut le marché ou fait une o£fre. Celte action directe rend tout courtage inutile et économise les frais de ce rouage

parasite.

D. L'entrepôt pourrait-il devenir un établissement de crédit?

R. Oui, cela parait facile. Le producteur, après le dépét de ses produits et l'estimation des experts, pourrait recevoir une avance plus ou moins inférieure à la valeur de l'objet expertisé. Cette avance serait faite en monnaie si la chose était rendue possible par l'abondance des capitaux provenant soit de la mise de fonds des actionnaires, soit des dépôts remboursables au comptant ou à terme. Mais, . en cas d'insuffisance de numéraire, l'avance serait faite en warrants négociables, endossables, dont le déposant ferait argent en les escomptant chez un banquier, ou dont il se servirait pour acheter, parmi les produits déposés à à l'entrepôt, ceux qui seraient à sa convenance. Cette avance serait, en définitive, pour les déposants, une opération de crédit peu onéreuse, sinon gratuite, l'établissement n'ayant pas d'autre but que l'intérêt des producteurs et des consommateurs et ne pouvant jamais spéculer sur des bénéfices usuraires.

D. L'entrepôt sociétaire avec son annexe, le comptoir, aurait-il encore d'autres avantages ?

R. Il en aurait un si grand nombre que nous ne pouvons pas même les énumérer tous. Nous n'en indiquerons que les principaux. Il supprimerait la plupart des complications, déperditions et dommages négatifs du système actuel. Les frais de gestion seraient diminués par la réduction du por-

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sonnel et des magasins au slrict nécessaire. Les denrées qui actuellement se détériorent dans des greniers, des caves et des hangars, par l'action de l'humidité, de la température et des animaux nuisibles, seraient sauvegardées par une surveillance assidue et par les bonnes conditions d'un local approprié. Les déclarations et marques de provenance, les procès-verbaux d'expertise, l'intérêt des déposants à justifier la confiance des acheteurs, en soutenant la bonne réputation de rétablissement et celle du pays, seraient autant de garanties de loyauté. A mesure que le système garantiste prendrait de l'extension, le commerce véridique se substituerait au négoce abusif et le commerce lointain se transformerait à son tour dans le même sens. Les opérations s'appuyant partout sur les mêmes principes se garantiraient les unes par les autres et leur solidarité remplacerait l'antagonisme et la concurrence anarchique réductive dont tous les intérêts ont tant à souffrir. L'entrepôt communal pourrait devenir le magasin général de toutes les choses nécessaires à la consommation courante que le pays ne produirait pas. Quant aux objets de grand luxe, le comptoir ne les ferait venir que sur commande, en s'adressant aux grands centres pourvus de tout. Enfin, en réduisant le nombre des agents commerciaux, Tentrepôt concurrent rendrait ces improductifs aux fonctions utiles.

D. Quelles sont les autres institutions garantistes à innover ou à conserver dans le commerce ?

R. Nous mentionnerons seulement : 1* Le monopole du système monétaire qui ne peut qu'entre les mains de l'État donner des garanties de probité et de suffisante per-

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fcctionxdans la fabrication de la monnaie; 2o celui dn ta* bac qui, atteignant un produit plus nuisible qu'utile, fait bénéficier l'État d'up impôt considérable ; 3o celui des postes qui présente aussi, entre les mains de TAdministration, les meilleures garanties de fidélité, d'exactitude et de célérité dans le service des correspondances et des trans ports d'objets précieux; 4» l'exploitation, l'entretien ou an moins la surveillance par l'État de la plupart des voies de communication et de transport; 5o les tribunaux et chambres de commerce, les courtiers et agents de change qui ne rendraient que des services s'ils restaient étrangers aux jeux de bourse et aux menées odieuses de la spéculation et de l'agiotage; 6» le monopole d'une Banque nationale, établie sur la base véridique des intérêts généraux et non sur un privilège concédé par l'État, comme Tactuelle Banque de France et la plupart de nos grands établissements de crédit, instruments d'une féodalité financière qui fait chèrement payer ses services à la masse et accumule la richesse entre les mains d'un petit nombre déjà favorisé de la fortune.

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