DE LA COOPÉRATION
D. Que faut-il entendre par la coopération?
R. La coopération embrasse un ensemble de faits si divers qu'il est difficile d'en donner une définition rigoureuse. L'idée fondamentale qui s'en dégage est un appel au principe d'association, en vue d'organiser les rapports d'intérêts entre l'individu et la collectivité dont il fait partie, de manière à ce qu'il coopère à l'œuvre commune par des services personnels et en retire des avantages correspondants.
D. A combien de genres se rapportent les sociétés coopératives ?
R^^^^QÛ, qui sont : lo des sociétés commerciales disûétés de crédit et sociétés de consommation ;
^0 des sociétés de production agricole ou industrielle ; 30 des sociétés mixtes qui comprennent plusieurs des espèces précédentes.
D. En quoi consistent les sociétés de crédit?
R. Elles ont pour objet le prêt, l'avance, Vescompte, soit à chacun de leurs membres, soit à d'autres sociétés. C'est en Allemagne que ces sociétés ont pris le plus grand développement. Toutefois, c'est de l'Ecosse que semble être sortie la première application de Tidée du crédit démocratique appuyée sur cette considération que la solidarité, établie entre des ouvriers d'une moralité reconnue, est, pour une banque de prêt, un gage aussi solide, une garantie aussi sûre qu'un gros capital.
D. Quel est le but des sociétés de consommation?
R. C'est la réduction des dépenses que le commerce morcelé et anarchique impose au consommateur. La société achète en gros et de première main les denrées qu'elle revend à ses membres, soit à prix coûtant, soit au prix ordinaire, mais avec la stipulation, dans ce dernier cas, du retour des bénéfices effectués à chacun des consommateurs proportionnellement à sa consommation. Ces sociétés réussissent surtout dans les petites villes où leurs membres se connaissent et surveillent plus facilement les opérations. Elles sont très-répandues en Angleterre où s'est fondée, en 1843, la société des pionniers de Rochdale, arrivée aujourd'hui à des résultats qui tiennent presque du merveilleux.
D. Qu'avez-vous à dire des sociétés de production?
R. Elles sont relativement moins avancées, moins nombreuses et moins prospères. Cependant, on en connaît
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quelques exemples heureux. Elles offrent plus de difiBcullés parce qu'elles exigent des capitaux souvent considérables et des directeurs habiles. Leur but étant de remplacer le patron par un associé qui ne puisse, dans aucun cas, dominer le travail ou s'attribuer ces gains énornres dont nous voyons sortir, dans l'industrie ordinaire, des fortunes rapides et colossales, la classe ouvrière voit souvent échouer ses efforts parce qu'elle a peu de sujets capables de bien diriger une grande fabrique. Heureusement, les industries qui n'exigent ni de grands capitaux ni des directeurs très-habiles sont encore assez nombreuses, et c'est de ce côté que doit se tourner la coopération.
D. La coopération a-t-elle été appliquée à l'agriculture?
R. Fort peu jusqu'ici. On ne pourrait guère citer à ce titre que les fruitières du Jura; il est bien désirable que les esprits se dirigent vers des applications de ce genre.
D. La coopération mixte est-elle très-répandue ?
R. Elle est à peine connue. Cependant, nous pouvons citer la société de Beauregard près Vienne (Isère), dont l'élément agricole est encore peu important, mais dont les éléments industriels, meunerie et fabrique de draps, ainsi que plusieurs branches de consommation, fonctionnent d'une manière satisfaisante. Les cités ouvrières de Mulhouse, le familistère de Guise (Aisne), reposent en partie sur le principe de la coopération, au point de vue de la consommation, de la vie domestique et du crédit.
D. Quels sont les résultats généraux du système coopératif?
R. Il excite la classe ouvrière à l'épargne par la nécessité d'une mise de fonds, et l'épargne, à son tour, devient un moyen de bien-être et de moralisalion. En second lieu, la
société de crédit met l'ouvrier en possession de Tinstrument de travail; la société de consommati<rn diminue sa dépense, et enfin la société de production doit amener au travail et au talent une grande partie des bénéfices qui aujourd'hui reviennent au capital. On comprend sans peine qu'en reliant ces éléments, la société coopérative mixte sera plus puissante et plus fructueuse que chacune des sociétés simples, et que cette combinaison amènera des changements profonds dans notre situation économique» Le mouvement coopératif, en résumé, est un effort énergique de la société présente vers le régime garantiste. Qu'on lui donne un autre nom, peu importe ; ce qui le ca- , ractérise avant tout, c'est la recherche d'un ensemble de garanties et de contre-poids. Plus ou moins conscient du rôle qu'il remplit, en attendant le but définitif qu'il doit atteindre, il tend à conquérir, pour l'individu, plus de liberté, de solidarité et de bien-être; pour la société, plus d'ordre, de justice et de paix. Dans quelle mesure et à travers quelles vicissitudes y parviendra-t-il ? C'est ce qu'il est impossible de dire. En attendant, il représente une étape intéressante et précieuse, sinon indispensable, vers la réalisation de l'Association intégrale.