PARTIE III. CHAPITRE II
d'entreprendre, le petit patient resta calme et immobile, et plaça ses mains sur sa tète sans donner le moindre signe de douleur. Etonné d'un courage aussi extraordinaire, on lui demanda s'il n'éprouvait pas de bien grandes douleiu's : a Les douleurs ne manquent pas, répondit-il à voix basse, mais je les dévore, afin que ma bonne mère n'en devienne pas encore plus malade. » — Le troisième jour, la douleur parut surpasser ses forces, ce qu'il ne fit comprendre que par un frémissement qu'on entendait à peine. Longues furent les souffrances de cet enfant, mais il les supporta toujours avec une fermeté inébranlable. Enfin sa guérison arriva. Dans la suite, le médecin fit part à la mère des souffrances indicibles que son enfant avait supportées par amour pour elle, ce qui lui causa une joie si vive qu'elle-même recouvrit la santé beaucoup plus tôt qu'on n'eut osé l'espérer [Beispiele des (hiten. Th. 1. S. 23).
0. Ferdinand II, roi d'Espagne, qui vivait au milieu du douzième siècle, aimait si tendrement son fils x\lphonse, qu'il lui abandonna même, de son vivant, la couronne et le sceptre royal. Alphonse était , en tous points , digne de l'affection de son père , car on peut dire qu'il ne vivait que pour lui. Chaque fois que ses occupations le forçaient de quitter le palais, il ne sortait jamais sans s'être mis à genoux pour demander la bénédiction de son père, et quand il était de retour, sa première chose était de se rendre auprès de lui. — Souvent même, il se relevait pendant la nuit, afin de s'assurer s'il dormait, ou s'il ne lui était pas survenu quelque indisposition. Jamais, en sa présence, il ne s'asseyait sans en avoir reçu l'invitation expresse. Le pieux et noble Alphonse ayant remporté une l)rillautô
victoire sur les Maures, ces ennemis du nom chrétien, son vieux père voulut aller à sa rencontre,, porté dans une litière, afin de pouvoir, le premier, saluer son fila du nom de vainqueur. — Malgré toutes les représentations des médecins, ce vieillard ne voulut point se désister de cette idée, et il leiu* disait : a L'amour que j'ai pour mon cher Alphonse et la joie que me cause sa victoire me rajeunissent et me fortifient. C'est pourquoi je veux aller à sa rencontre. » A peine Alphonse eut-il aperçu son père, qu'il sauta de dessus son cheval, et, ivre de joie, alla se précipiter dans ses bras. Ils restèrent longtemps dans cette position sans proférer une seule parole ; le plaisir de se voir, de s'embrasser, les absorbait tout entiers. — « Oh ! s'écria enfin le jeune héros, si ma victoire me procure quelque contentement, c'est surtout parce qu'elle m'a fourni l'occasion de mériter les caresses de mon père. » Pendant le reste de son retour, il alla toujours à pied à côté de la litière de son père, qui s'efforça vainement de lui persuader de remonter à cheval, disant qu'il ne convenait pas qu'il allât à pied pendant que toute son escorte était à cheval. « Mais, mon père, répondit Alphonse, ces gens là ne sont pas vos fils; ils peuvent agir-comme il leur plaît.» Lorsqu'on fut arrivé au fond du palais royal, Alphonse enleva dans ses bras son père de la litière, et le porta lui-même dans ses appartements. — « Mon père, lui* dit-il alors qu'ils furent seuls, vous savez jusqu'où s'étend votre amour pour moi, mais vous ignorez combien est grand celui que je ressens pour vous. Mou amour, non contenté de vous accompagner à pied, enviait encore le sort des domestiques qui portaient la litière, et plus d'une fois la pensée m'est venue de les faire s'ar-