PARTIE m. CHAPITRE II
Tavais caché dans un buisson pour aller le reprendre en temps opportun. Ce langage m'attrista vivement^ je répondis avec indignation que je repoussais avec horreur un pareil soupçon^ et que je ne lui avais jamais donné occasion de suspecter ma fidélité. Cette défense ne fit qu'accroître sa rage, et rapide comme Téclair, il tira son épée , et au même instant je sentis mon pied droit chanceler : il était en eSet gravement blessé. Je poussai un cri de détresse, je tombai à la renverse et vis mon maître insensible s'enfuir à toute bride. Certainement, je n'eusse pas manqué, abandonné comme je l'étais, de succomber à ma blessure, si, nouveau Samaritain, vous ne fussiez venu me secourir. Merci de votre compassion, mille fois merci ! » L'ermite s'efforça de consoler son malade et de le ramener à des idées plus joyeuses. » La meilleure consolation pour vous, lui dit-il, c'est que vous souffrez innocemment ! » — Cette parole, innocemment, parut réveiller chez le malade une douleur mal assoupie ; il poussa un profond soupir, des larmes vinrent humecter ses yeux, et toute sa figure trahissait un homme en proie à de poignants regrets. « Hélas non ! reprit- il en soupirant, je ne souffre pas innocemment ; il est vrai que je n'ai pas mérité cette blessure pour avoir commis un vol ; sur ce point je suis innocent, mais ! mais. . . ï> Ici sa voix hésita , il se tut pendant quelques minutes , puis il continua : « Il faut bien cependant que je fasse mon aveu, peut-être qu'une déclaration sincère tranquillisera ma conscience. Ah ! mon père, j'ai grièvement péché contre le quatrième commandement. J'ai une vieille mère 'qui est veuve, et je suis son unique enfant. Comme nous nous rendions un jour à la campagne, assis tous deux
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snr la même voiture, nous eutrâmcs, pour le plus insignifiant motif, dans une violente discussion. Ne me pessédant plus de fureur , je finis par la pousser hors de la voiture en lui donnant nn coup de pied. Ma mère, que la douleur et l'indignité d'une telle conduite avaient mise tout hors d'elle-même , vomit contre moi les plus horribles imprécations, et me menaça même de m'accuser en justice. La crainte d'être cité devant les tribunaux me fit quitter subitement ma patrie, je passai la frontière, et sollicitai du service auprès du jeune gentilhomme dont je vous ai parlé. Et, voyez, c'est précisément au pied avec lequel j'ai poussé ma mère que j'ai été blessé. C'est là, sans doute, la juste punition de mon crime, et si je souffre, ce n'est pas injustement. » Cet aveu fut suivi de larmes abondantes. L'ermite s'efforça alors de porter aussi remède aux blessures de son âme et de le préparer à une sérieuse pénitence , ce qui lui réussit à souhait. Après quelque temps, le jeune homme, sain de corps et d'âme, retom^na dans sa famille où, comme à un autre enfant prodigue, sa mère lui fît le plus solennel accueil {Lohn, Ijiblioth. HT, 5i4.).
/*. Un jour, un fils entra dans une vive contestation avec son père ; c'était en Frise. Le Dis n'en pouvant plus de colère, saisit enfin son vieux père par ses quelques cheveux blancs et le traîna au bas de l'escalier jusqu'à la porte d'entrée de la maison. Le père ne se plaignit point, il ne cria point au secours, mais parut tout sup[»orter en patience. Seulement quand ils furent arrivés sur le seuil de la porte, il s'écria : « Arrête I c'en o>t assez ! j'ai reçu la punition que je méritais ; je n'ai pas traîne plus loin mon père par les cheveux l d