PARTIE m. CHAPITRE II
cet art si diiEcile^ le grand art de réducation ? Pour tous les travaux qui s'exécutent^ tant à la maison qu'à la campagne;, on ne choisit que les mains les plus habiles. Et quand il s'agit de l'éducation de la jeunesse, mission vraiment angéliCpCj il existe une foule de parents qui se contentent de la première personne qui se présente.
L'empereur Charlemagne avait quatorze enfants qu'il affectionnait tous avec une égale tendresse. Les jours de fètes^ toutes ses filles étaient vêtues et parées de la même manière. Elles assistaient aux mêmes leçons que leurs frères ; mais pendant que ceux-ci s'exerçaient au maniement des armes et à d'autres ouvrages exclusivement de leur sexe, elles s'occupaient à des travaux manuels sous la surveillance de l'impératrice. — Elles brodaient, filaient et tissaient, en un mot, rien de ce qui fait partie du travail ordinaire des personnes de leur sexe ne leur était étranger. Le monarque lui-même ne portait aucun vêtement qui n'eût été confectionné par son épouse ou ses filles. — Combien la partialité des parents, leur trop de complaisance ou de sévérité, ne sont-elles pas souvent la source des jalousies et des discordes qui s'élèvent entre frères et sœurs {StoU. R. G. B. 25.) !
h. Un abbé qui était en réputation de piété se plaignit un jour à saint Anselme, prieur du couvent de Bec, des enfants qu'on élevait dans le monastère. Nous les fouettons continuellemept, disait-il, et ils n'en deviennent que pires. Et quand ils sont grands, reprit saint Anselme, comment sont-ils ? Des stupides et des bêtes, répondit l'abbé. Voilà, reprit saint Anselme, une . belle éducatioi/, qui change les hommes eu bêtes ! '
MdiSj diles-inoi, seigiieiii' abbé, si après avoir planta un arbre dans votre jardin, vous l'enfermiez de tous côtés, eu sorte qu'il ne put étendre ses branches, qu'en deviendrait-il sinon un arbre tortu, replié et inutile ? En contraignant ainsi les pauvres enfants, sans leur laisser aucune liberté, vous faites qu'ils nourrissent en eux-mêmes des pensées obliques, repliées, embarrassées, qui se fortifient tellement, qu'ils s'obstinent contre toutes vos corrections. D'où il arrive que, ne trouvant de votre part ni amitié ni douceur, ils n'ont point de confiance en vous, et croient que vous n'agissez que par haine et par envie. Ces sentiments croissent en eux avec l'âge, leur âme étant comme courbée et penchée vers le vice, et n'ayant point été nourris dans la charité, ils regardent tout le monde de travers. Mais, dites-moi, ne eonsidérez-vous pas que ce sont des hommes comme vous, et voudriez-vous être ainsi traité si vous étiez à leur place ? Pour faire une belle figure d'une lame d'or ou d'argent, l'ouvrier se conteute-t-il de frapper dessus à grands coups de marteau ? Donnez du pain à un enfant à la mamelle, vous rétoufî"erez. Une âme forte se plait dans les afflictions et les humiliations, et prie pour ses ennemis; une âme faible a besoin d'être menée par la douceur, invitée gaiement à la vertu, et supportée charitablement dans ses défauts. L'abbé, ayant oui ce discours, se jeta aux pieds de saint Anselme, reconnut qu'il avait manqu(' de discrétion, et promit de se corriger {Vita S. Ansehni.). — L amour est aussi nécessiiire aux enfants que le soleil aux plantes, mais il faut qu'il soit raisonnable, c'est-à-dire que, comme le soleil, il se cache quelquefois sous les nuages de la Sffcér:!f.