PARTIE m. CHAPITRE II
être connue de leurs maîtres, qui les interrogèrent sur les rapports qui avaient autrefois existé entre elles, ce qui mit au jour la naissance illustre de Marie. Le bruit d'un dévoùment si héroïque de la part d'une esclave envers sa maîtresse d'autrefois, se répandit bientôt par toute la ville, qui en fut vivement émue. Chacun s'intéressa au sort de l'infortunée Marie, condamnée, à un. âge si tendre, à une condition si désespérante. Les soldats de la garnison réunirent leurs épargnes, et parvinrent à obtenir la délivrance des deux captives. L'évêque Théodoret s'intéressa à leur sort futur, et, peu de temps après, Eudémon, qui était entré au service de l'empereur Valentinien, eut le bonheur aussi inattendu qu'indicible, de presser de nouveau dans ses bras sa fille qu'il croyait lui avoir été ravie pour toujours OS^/fo^^. R. G. B.16).
d. Amru, général des Sarrasins, s'était mis en marche pour s'emparer de la forteresse qui dominait Alexandrie et ses environs. Ayant voulu aller le reconnaître en personne, il fut fait prisonnier avec un de ses esclaves, Werdaket un de ses officiers les plus distingués, nommé Mosleisma. Conduit à Alexandre, en présence du général en chef, celui-ci lui demanda d'un air de reproche pourquoi il avait ravagé et désolé les magnifiques provinces de son royaume. A cette interpellation, Amru fît une réponse fière et dédaigneuse. Son intrépidité jointe à son attitude imposante le fîreiit soupçonner qu'il pourrait bien être Amru lui-même, cet ennemi si redouté ; et dans cette supposition, dit l'un des Grecs qui étaient présents, je suis d'avis qu'on lui coupe la tête. La mort de ce général, ajonta-t-il avec cette finesse qui fait le caractère dibtinctif des hommes de cette II. 17
nation, jettera le trouble et la consternation dans l'armée des ennemis, et, par ce moyen, nous parviendrons aisément à lui faire abandonner le siège. Heureusement, le serviteur du général entendait la langue grecque. Effrayé de ce qu'il venait d'entendre, il prit aussitôt la résolution de sauver la vie à son maître par une ruse habilement combinée. Et, sans plus tarder, il le saisit violemment à la poitrine, lui appliqua un vigoureux soufflet, et lui dit d'un ton d'emportement : « Misérable que tu es ! comment oses-tu bien ouvrir la bouclie ? Ignores-tu qu'un esclave doit se taire en présence de son maître. Tiens-toi silencieux et laisse parler qui de droit. » Amru, qui ne comprenait rien à ce manège, se tut néanmoins. Quant à l'officier Mosleisma qui avait deviné le dessein de l'esclave, il prit la parole et déclara que le général était disposé à lever le siège et à terminer la guerre, et que le calife enverrait une députation d'hommes illustres pour négocier une paix solide et durable. « Si donc, continua Mosleisma, vous comprenez vos véritables intérêts et que vous désiriez sincèrement la paix, laissez-nous retourner librement dans notre camp. Cette loyauté de procédés fera plaisir à notre chef et le disposera encore davantage à se réconcilier avec les Romains et à mettre fin à toute hostilité. » Séduit par ce langage, le Romain laissa partir les prisonniers. Cependant les cris de joie et de triomphe avec lesquels les Sarrasins les reçurent à leur arrivée au camp, dont probablement le bruit se répandit dans la ville, détrompèrent bientôt le général d'Alexandrie; il reconnut, mais un peu tard, qu'il avait laissé échapper un prisonnier que le hasard ne lui permettrait pas de revoir de silùt entre ses mains {Stolb.R.G.U.'2^).
PATITIE 111. CHAPlTilL II. 295
e. Bertharide^ fils d'Arihert, roi des Lombards, ayant été obligé de prendre la fuite, conçut la résolution étrange de se réfugier auprès de son rival, le roi Grimoald, et de lui demander secoiu's et protection. Flatté de cette confiance, Grimoald Fembrassa, lui jura SLU^eté entière et lui donna un état de maison convenable. Mais comme l'affection du peuple se portait vers Bertharide, des adulateurs représentèrent bientôt à Grimoald qu'il périrait lui-même s'il ne le faisait périr. Oubliant son serment, Grimoald résolut de le tuer le jour même. Pour mieux cacher son dessein, il lui donna le soir un grand nombre de mets et de vins exquis, le priant de bien boire à sa santé. Mais un des domestiques qui apportait les plats, se glissa sous la table et dit secrètement à Bertharide que le roi avait tout disposa pour le tuer. Bertharide ne se déconcerta point. Il continua de boire à la santé du roi dans une coupe d'argent, mais où son échanson ne versait qu'un peu d'eau. Après le festin, Bertharide découvrit le mystère à deux fidèles serviteurs, dont Tun était un personnage considérable nommé Hunulfe, l'autre un valet de chambre. Le sauver n'était pas chose facile : la maison était cernée de toutes parts par des soldats. Hunulfe déguise Bertharide en domestique de campagne, le charge de matelas et de couvertures, le pousse hors de la porte, Faccable d'injures et de coups de bâton à le faire tomber par terre. Les gardes lui demandant ce que c'était : « Cet imbécille de domestique, s'écria-t-il, ne m'avait-il pas dressé mon lit dans la chambre même de cet ivrogne de Bertharide, qui ronfle là, ivre -mort? Mais, par la vie du roi, on ne m'y reprendra plus. Les gardes, ravis de l'entendre^ les laissèrent passer tous deux. Hunulfe ^-^
descendit hors de la ville par une corde le long de la muraille ; et, avec le secours de deux amis^ Bertharide Be sauva en France.
Cependant le valet de chambre qui était resté dans la maison , empêcha les soldats d'y entrer le plus qu'il put, en leur disant que Bertharide dormait, qu'il était fatigué. A la fin ils rompirent les portes et le cherchèrent vainement partout. Alors ils saisirent le valet de chambre et le conduisirent au roi Grimoald. Le domestique ayant raconté ingénument ce qui s'était passé, Grimoald demanda ce que méritait cet homme. Tous les assistants répondirent qu'il méritait les plus cruels supplices, a Eh bien ! s'écria le roi, par celui qui m'a fait naître, cet homme mérite des récompenses, lui qui s'est livré à la mort pour déhvrer son maître. » Et il le mit au nombre de ses valets de chambre, en lui recommandant à son égard la même fidélité qu'il avait eue pour Bertharide. Ayant su qu'Hunulfe s'était réfugié dans Féghse de Saint-Michel, il le fit venir, lui demanda comment il avait sauvé son maître, loua sa fidélité et sa prudence, et lui accorda tous ses biens. Quelque temps après, il leur demanda s'ils aimaient mieux vivre avec lui que de rejoindre Bertharide exilé. Ils protestèrent avec serment qu'ils préféraient mourir avec Bertharide que de vivre ailleurs dans les délices. Grimoald loua leur affection héroïque pour leur maître, et leur permit de le rejoindre avec tout ce qu'ils voudraient emporter (Hist. eccl.].
f. Lors du tremblement de terre qui eut heu au Portau-Prince en 1770, une esclave se trouvait seule dans la maison de son maitreavccuii enfant qu'elle gardait. A la première commotion qui survint, tout le monde