PARTIE m. CHAPITRE II
des Apôtres (8, 3), il est dit de Saul qu il ravageait TEglise^ et^ -entrant dans les maisons, en tirait par force les hommes et les femmes, et les faisait mettre en prison. Et il est dit de lui, lorsqu'il eut résolu de se rendre à Damas : « Saul ne respirait que menaces et carnage contre les disciples du Seigneur. » C'est encore un zèle indiscret et peu réfléchi qui enflamma la colère et fut cause de la conjuration des quarante Juifs qui disaient aux grands Prêtres : « Nous avons fait vœu, avec de grandes imprécations contre nous-mêmes, de ne point manger que nous n'ayons tué Paul. » {Act. 23).
à. Gambyse, roi des Perses, ayant reçu de la part d'un honnête courtisan de sa cour de sérieux avertissements sur l'inconvenance qu'il y avait pour un souverain à s'enivrer, il en fut vivement irrité. Afin de donner cours à son ressentiment, il fit venir auprès de lui l'enfant de ce coiu-tisan , prit un arc et une flèche, et, s'étant éloigné à une certaine distance, lui perça le cœur, en adressant au père ces déchirantes paroles : « Tu vois qu'un buveur de ^ia a encore la main et l'œil justes. » {Marck. Aut. sacr. ).
c. L'empereur Théodose fut tellement afiligé de la perte d'un de ses amis qui était mort lors d'un soulèvement populaire survenu à Thessalonique, en Illyrie, qu'il fit égorger par ses troupes 7,000 hommes qu'il avait attirés dans l'hyppodrome, sous prétexte d'assister à un spectacle. — Combien la colère est féroce et sauvage, quand elle peut disposer de la puissance et dû la force! {Baron., adann. 390.).
d. L'empereur Valentiuien était très-enclin à la colère. Une faute légère commise un jour par les chefs de quelques villes le mit dans une telle fureur, que.
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dans chacune d'elles,, il fit mourir trois conseillers, saûs aucune forme de procès ni information ultérieure. — Une autre fois, un de ses pages ayant lâché trop tôt îm chien de chasse qu'il tenait en laisse, et qui, lui ayant sauté dessus, le mordit, il le fit frapper avec tant de cruauté, qu'il en mourut le jour même.
e. Comme Mathias, roi de Hongrie, demandait à un de ses serviteurs d'apporter des figues fraîches sur la table, et que celui-ci lui répondit qu'il n'y en avait plus, il en iut irrité au point qu'il tomba mort sur le carreau, frappé d'une attaque d'apoplexie. (Mansi, dise. 8.).
/. On raconte de même, au sujet de Vinceslas, roi de Bohème, qu'ayant reçu une offense de quelqu'un, et ayant juré de le taire mourir, d tomba mort frappé d'apoplexie {Ibid.).
g. Stauratius, orgueilleux ministre de l'impératrice grecque Irène, s'étant vu déçu clans ses projets ambitieux, tomba dans une telle fureur, qu'une veine s'étant brisée dans son corps, il fut pris d'une perte do «ang tellement violente, qu'il en mourut au bout de quelques minutes [Stolh. R. G. B. 2i.)-
h. Un médecin faisait un jour de sévères remontrances à un jeune homme très-emporté de sa nature et qui était malade, sur les suites déplorables de la colère. Mais celui-ci ne voulut point ajouter foi à ses paroles, lit tout le contraire de ce que hii avait recommandé le médecin, et devint de plus en plus violent. Le médecin l'ayant qualifié d'homme présomptueux et incorrigible, il tomba dans un accès de fureur extrême. A cette vue, l<; médecin saisit le miroir qui se trouvait suspendu au liuu' et le présenta dU jeune homme^ qui^ dès qu'il
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eut aperçu la pâleur de sa figure et la férocité empreinte dans son regard^ en fut tellement épouvanté qu'il n'osa pas trouver à redire au médecin lorsqu'il lui adressa ces paroles : « Vous le voyez^ de fréquents orages déracinent Tarbre delà vie. » {Moral. Reflex. B. ii. ).
i. Le duc Louis le Sévère se trouvait dans une des provinces qui avoisinent le Rhin, lorsque son épouse, qui était restée à Donauwœerth, écrivit deux lettres : Tune adressée à son époux, l'autre à Henri Rucho, l'un des capitaines du duc. Le hasard voulut que les lettres fussent échangées, et que le duc reçut entre ses mains la lettre destinée à Rucho, quelques expressions affectueuses qu'elle renfermait excitèrent à un tel degré la jalousie du duc, qu'il monta au même instant sur son cheval, et, bouillant de colère et brûlant du désir de se venger, il regagna en toute 'hâte Donauwœerth, renversa la sentinelle, tua une femme qui se trouvait sur son passage, précipita du haut des créneaux de la citadelle la première femme de chambre qu'il rencontra, et, le lendemain, fit exécuter son innocente épouse, malgré ses larmes et ses protestations. On dit que la nuit suivante, ce furibond fut en proie à de telles frayeurs, que le matin on remarqua avec étonnement que ses cheveux avaient complètement blanchi [Bavar, pia. tom. II. )
j. Le roi Henri H était tellement habitué à se livrer aux saillies brusques de son humeur, dans ses discours et ses actions, qu'il y avait pour lui de quoi le couvrir de confusion et de honte, en présence de personnes d'une éducation toute vulgaire. Un jour, il fut sur le point d'arracher les yeux à un homme qui lui remettait une lettre renfermant des choses désagréables et
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dont ce messager ignorait absolument le contenu : cependant il se contenta de lui égratigner la figure. — Une autre fois, il maltraita horriblement un seigneur, qui, dans une conversation, paraissait être du parti du roi d'Ecosse. Il lui abattit son chapeau, lui déchira ses habits, et mordit tout ce qu'il rencontra autour de lui, semblable à une bête féroce. Eclater en plaintes et en reproches amers, proférer des imprécations, menacer même de la mort, il se permettait tout indiJQféremment dès que les choses n'allaient pas au gré de ses désirs, {Ber,Berc.R. G. B. i2.).
A. Rufin, prêtre d'Aquilée, raconte au sujet d'un moine qui entrait souvent en colère, que ce dernier s'adressait à lui-même les paroles suivantes : « Je me retirerai dans un désert et me ferai ermite, afin que, quand je n'aurai plus personne autour de moi avec qui je puisse entrer en contestation , ma colère disparaisse et meure pour ainsi dire d'elle-même. » Aussitôt fait que dit. Il partit, et alla fixer son séjour dans une grotte. Or, il arriva qu'un jour, ayant laissé tomber deux fois la cruche dans laquelle il portait l'eau qui lui était nécessaire, il se vit obligé, à son grand regret, de recommencer une troisième fois . Ce n'est pas tout, à peine fut-il de retour dans sa grotte que sa cruche tomba par terre. Cette fois-ci, impossible de contenir sa colère ; l'ermite saisit la cruche et la brisa en mille pièces. Revenu de son premier emportement, il se dit en luimême : «Le démon de la colère m'a trompé, il m'acconjpagne partout, parce qu'il a bùti son nid dans mon propre intérieur. Même lorsque je suis seul, j 'ai à lutt'.T contie lui. Donc, rien de mieux à faire que de retourner dans mon couvent et travailler a^ec la grâce
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de Dieu et une patience infatigable à dompter et à étouffer entièrement ma colère. » {Rufi/i. Yita Patrum.).
/. Dans son Apologétique^ Tertullien invite les païens à déclarer si jamais les chrétiens ont cherché à venger une injure. «Combien de fois^ dit-il, la populace^ de son seul mouvement, ne nous poursuit-elle pas à coups de pierres ou des torches à la main ! Dans les fureurs des bacchanales, on n'épargne pas même les chrétiens morts, défigurés, demi-consumés ; on les arrache du repos de leiu* sépulture ; on les mutile,, on les met en pièces. Cependant nous a-t-on vus jamais chercher à nous venger, nous que Ton poussait avec un si furieux acharnement, nous que Ton n'épargne pas jusque dans les liens de la mort ? Pourtant il nous suffirait d'une seule nuit et de quelques petites torches pour nous donner une ample vengeance, s'il nous était permis de repousser le mal par le mal. Mais loin d'ici qu'on venge une société divine par le feu humain, ou qu'eUc s'afllige des épreuves qui la font connaître ! » ( Tertidl. Apol. ).
m. Un ermite ayant résolu de se venger d'une injure, ce fut en vain que Sisois, son abbé, s'eflbrça de Ten détourner. Enfin, ne sachant plus quel moyen employer ; Nous allons, lui dit -il, nous mettre à prier ensemble, et l'abbé de commencer aussitôt par s'écrier : «Mon Dieu!... il n'est nul besoin que vous preniez soin des (iioses qui nous concernent, ni que vous nous veniez en aide par votre protection, car ce frère que voici soutient (jue nous sommes nous-mêmes chargés du soin de nous vénérer! w Ces paroles touchèrent lame du fière, il tomlju aux pieds de l'abbé, et le pria de lui panloiuier {Ua/ui. Vil. PMtr. 1. 3.).
SENTENCES
a. « L'envie et la colère abrègent les jours, et Tinqni étude fait venir la vieillesse avant le temps. » {Ecn dû 30 26.)
b. « La pierre est lourde et le sable est pesant; mais la colère de l'insensé pèse encore plus que Tun et l'autre. » {Prov. 27, 3.)
c. c( L'homme emporté excite des querelles, et celui qui se fâche aisément sera plus prompt à pécher, d {Id. 29, 22.)
d. c( L'homme s'irrite, mais le chrétien surmonte sa colère. » {Sahian. ep. 9.)
e. « Evitons la colère : elle obscurcit Tintelligence, étouffe le sentiment de la douceur, tourne en dérision la justice, trouble la paix de l'àme, brise les Hens de l'amitié, change la sagesse en folie, et soulève des tempêtes dans notre intérieur, » (S. August. Serm. 9. ad Fratr.)
f. ({ La colère vous déplaît dans autrui : eh bien, ce qui vous déplait dans les autres doit aussi vous déplaire en vous. » {Alcuin. 1. de virt.)
g. c( La colère engendre le ressentiment et le ressentiment la haine, qui n'est que la colère prolongée et réfléchie. De la haine naissent les meurtres, sinon en fait, du moins en volonté. La colère est la mère de la dispute, de la mésintelligence, de la médisance et de la calomnie. » [S. Aug. 1. c.)
h. « Celui qui a surmonté sa colère a terrassé son plus redoutable ennemi. — Moins vous maîtrisez votre colère, plus clic vous maita'iicra \oa5-mcme. — La fin
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de la colère est le commencement du repentir^ écrit Sénèque, qui a composé tout un livre sur la coUre. »
i. Caton avait coutume de dire que la colère ne différait de la rage que par la brièveté de sa durée. — Le même Sénèque dont nous venons de parler appelle aussi la colère une rage de peu de durée {Plutarch, in Apoph.).
l. Comme on demandait un jour à Platon quel était le signe auquel on reconnaissait un homme vraiment sage^ il répondit : te Le sage ne se fâche jamais lorsqu'on le blâme^ il ne s'élève jamais lorsqu'on le loue, d (Laertius, in vit.).
l. L'empereur Auguste ayant prié le philosophe Athénodore qui se disposait à quitter sa cour^ de lui laisser un bon conseil pour souvenir, il lui dit : « Je vous conseille, chaque fois que vous vous sentirez en colère, de ne prendre aucune résolution avant d'avoir récité tout bas toutes les lettres de Talphabet. » Ce conseil plut tellement à l'empereur qu'il ne voulut point laisser partir le philosophe sous prétexte qu'il aurait encore longtemps besoin de lui [Plalarch. in Aug.).
COMPARAISO.XS.
a. Comme la fumée obscurcit la lumière des yeux, ainsi la colère trouble l'intelligence.
h. « De même que, vus à travers un nuage, les objets paraissent phis grands qu'ils ne sont en réalité, de même aussi les injures reçues nous semblent dans la colère plus graves que quand nous les considérons avec calmo et sang-froid. » {Plutarch. in moral.).
c. Semblable à un estomac faible et délicat qui ne peut digérer une nourriture trop forte, une âme basse et sans grandeur ne saurait pardonner une parole dure et sévère.
d. De même que Tabeille irritée perd son dard en nous piquant et se cause ainsi à elle-même le plus grand dommage, de même Thomme qui se livre aux accès et aux emportements de la colère, peut se considérer comme celui qui en reçoit le dommage le plus considérable.
e. La chaux non dissoute fermente aussitôt qu'on y mêle de l'eau ; ainsi l'homme fier et orgueilleux qui lie sait pas se faire violence s'emporte et s'échauffe à la moindre offense qull reçoit.
/. c( De même que les petits delà chienne sont d'abord privés de la vue, ainsi les premiers désirs et mouvements de la colère sont irréfléchis et en quelque sorte aveugles. » [S. Nilus, in orat. de ira).
g. Le feu est facile à éteindre aussi longtemps qu'il est comprimé dans un lieu fermé, mais il n'en est plus de même lorsqu'il a commencé à sortir par la porte et les fenêtres ; ainsi la colère qui bouillonne dans le cœur de l'homme, s'éteint plus facilement que quand elle e'est déjà produite au dehors par des pai^oles.
Proverbes allemands.
Th. Celui qui agit dans la colère met à la voile au milieu de la tempête. — La colère et le regret se donnent mutuellement la main. — Le regret suit de près la colère.— La colère abrège les jours. — La colère est suivie d'effpyablcs hôtes — Les folies de la colèire sont plus