PARTIE IIÎ. CHAPITRE II
tous les soins dont ib avaient besoin. Il leur faisait préparer une nourriture convenable, la leur donnait lui-même, et accompagnait les médecins lorsqu'ils se rendaient auprès de leurs lits. Même pendant la nuit, il veillait sur eux, pensait à tous leurs besoins, et, allant d'un lit à un autre, demandait à cbacun comment il se trouvait. Tout en servant les malades, il n'avait lui-même aucun égard à la faiblesse de sa santé et aux soins qu^'exigeait son grand âge ( Victor. Vitens, de persecut. Yandal. )
d. Si c'est un des pécbés les plus énormes, un crime qui crie vengeance que de tuer son semblable ou d abréger sa vie, c'est au contraire lui rendre un service immense que de la lui sauver. Quelques exemples à ce sujet.
Un brave et honnête homme, nommé Kœmerer, qui remplissait consciencieusement les fonctions de guet de niiit à Kœferthal, près de Mannheim, faisant sa ronde accoutumée pendant une nuit d'hiver três-froide, il entendit vers une heure des cris de voix humaine retentir dans le lointain. Aussitôt il retourne chez lui chercher Fainé de ses enfants, et ils se dirigent tous deux au milieu d'une neige épaisse vers Tendroit où la voix se faisait entendre. Ils marchèrent ainsi jusque dans la forêt et trouvèrent enfin un juif âgé de soixante ans, qui, s'étant 'égaré, était resté enfoui dans les neiges. Ils le relevèrent et le ramenèrent sur le chemin. Mais le froid lui avait tellement engourdi les membres qu'il lui fut impossible de marcher. Que faire daiis cette extrémité? Sans délibérer longtemps, le fils alla chercher une voilure, et ils l'emmenèrent chez eux. Au lieu de le conduire dans une chambre chaude,
ce qui eût été fort dangereux, ils lui mirent de la neige sur les mains et les pieds, l'arrosèrent plus tard avec de Teau froide, lui donnèrent du thé chaud à boire. Le lendemain, lorsqu'on fit venir le médecin, il n*eut qu^ les louer de la prudence exquise avec laquelle ils avaient traité leur hôte. Quant au juif, après avoir exprimé sa vive reconnaissance pour les soins qu'on lui avait prodigués, il continua sa route comme précédemment {Nach Huier's zweit. Geb. der Liebe. S. 13).
e. On vit un jour, à Limoges, se promener sur le pont un homme qui parut d'abord n'être préoccupé d'aucun dessein coupable, à en juger par le calme qui régnait en lui. Cependant, au bout de quelques minutes, il resta debout, sans faire le moindre mouvement, puis posant sa tète sur le parapet, il se jeta dans la rivière. Un jeune homme, âgé de 13 à 14 ans, Vigoureux de nom, le fils d'un marchand d'oiseaux, se mit à crier à son frère : « Viens, mon frère, voici un homme qu'il nous faut sauver. » — Les deux frères qui savaient nager se précipitèrent dans la rivière, et parvinrent, non sans beaucoup de peine, à ramener le malheureux sur le bord. Une joie vive brillait dans les yeux des deux enfants, et l'un dit à l'autre : a Je te le disais bien que nous parviendrions à le sauver. » Peu à peu, l'homme qu'on venait de retirer reprit connaissance, et on apprit de sa J^ouche que c'était sa grande misère qui l'avait poussé à se donner la mort. Une foule immense était accourue sur le théâtre de l'événement; plusieurs personnes vouhirent faire des présentsaux deux frères qui venaient de déployer un tel courage ; mais ils refusèrent cuubtummeut ce qu'où leur oUVit en disant ; « Doaucz
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votre argent à cet infortuné, il en a plus besoin quo nous. » [Le même, p. 14).
/. Lors de l'inondation occasionnée par la fonte de la glace de la Donau, il y eut surtout à Vienne un des faubourgs qui fut menacé d'un terrible danger. La glace et le bois que le torrent y amenait en grande quantité en éloignaient ceux qui auraient pu porter secours dans cette circonstance. Les malheureux criaient au secours dans les maisons, mais personne n'osait se risquer à les tirer de ce péril. — On vit alors paraître sur la place, François I" qui fut témoin de Timminence du danger aussi bien que de la terreur des assistants. Après de vives exhortations à aller porter secours aux malheureux, il sauta lui-même dans un petit bateau en s'écriant: a J'espère que les sujets suivront leur empereur lorsqu'ils verront à quel danger il s'est exposé. » — Ces paroles, ainsi que la conduite courageuse de l'empereur, eurent leur efîét ; on se hâta de monter dans des bateaux, et les inondés furent sauvés [Idem. S. 18).
g. Eu 1781, un incendie ayant éclaté à Auch, l'archevêque, ^Igr d'Apchon, accourut au heu du sinistre pour encourager par sa présence ceux qui travaillaient, à paralyser les effets de la flamme. Deux enfants avaient été oubliés dans une maison enflammée, et la mère se lamentait et criait au secours. L'archevêque s'écria alors qu'il promettait trois mille hvres à celui qui sauverait ces enfants, mais personne ne se présenta, car à chaque instant on craignait que la maison ne s'écroulât. « Eh bien! dit le prélat, puisque personne n'ose le tenter, moi je vais les sauver.» En disant c^s paroles, ilôtason manteau, monta au moyen d'une échelle dans le premier étage et se mit à la recherche des enfants. — Peu
de temps après on le vit reparaître, au milieu d'uno noire fumée, emportant les deux enfants sur ses bras ; et à peine les eut-il déposés entre les bras de leur mère que la maison tomba en monceaux au milieu d'un bruit épouvantable. Ce noble ami de l'humanité remitTargent à la mère, victime du désastre, et par ce moyen lui fut doublement utile {Idem. S. 33).