Douceur et 'pardon des injures (i
Si la colère et la haine portent nécessairement le trouble et la désolation dans notre existence et dans celle de notre prochain, les vertus contraires, la douceur et le pardon des injures, embellissent et prolongent les jours de la vie. Le Sauveur lui-même n'a-t-il pas dit : c< Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, alors vous trouverez le repos de vos âmes. » {Matth. ii, 29). Ce repos qui jamais n'est troublé par la colère et les afflictions est aussi une des sources de la santé du corps. « Heureux ceux qui sont doux, a dit Téternelle Vérité {Matth. 5.), car ils posséderont la terre, c'est-à-' dire que tout leur prospérera déjà dès cette vie (2), et qu'ils mèneront une vie paisible. »
a. Quelqu'un demandant à l'empereur Théodose comment il avait pu ne pas faire mourir ceux qui l'avaient si gravement oflensé, il répondit par cette exclamation : a Oh ! plût à Dieu que je pusse rendre la vie à ceux qui sont morts déjà ! d — Oter la vie est chose facile, disait-
(1) Voir d'aulrctj exemples dans le premier vol. p. 'iC4.
(2) Plusieurs commentateurs traduisent: La vraie terre promise dont celle-ci n'est que la t'fjin'f'i si celte inîerprétation est la véritable, le passage cité par l'auteur ne saurait avoir ici son application, puisqu'il prend lu mol Icrram dans sa bi^uilication naluicilc .nulc du Iraduct.)»
PAHTIE Ilr. CHAPITRE II. 349
il dans iine antre circonstance; mais la rendre, il n'y a que Dieu qui le puisse. — Lors d'un combat que se livraient des animaux entre eux, le peuple lui ayant demandé qu'on fit combattre un homme contre une de ces bètes féroces, il s'écria: a Ne savez-vous pas que, chez les chrétiens, les spectacles ne doivent jamais être cruels! » {StoIh.'R. G. B. 15).
à. Robert, roi de France, s'étant aperçu, pendant qu'il était occupé à prier dans une église, qu^m mauvais sujet lui avait coupé la moitié des franges de son manteau, et se disposait à couper encore les autres, le roi lui dit avec calme : « Mon ami, en voilà assez pour vous, il faut laisser le reste pour un autre. » {Ber. Berc, R.G. B. 10).
c. Rhaterius, évêque de Vérone, et plus tard de Luttich, ayant appris qu'un homme avait proféré des imprécations contre sa personne, se contenta, pour toute réplique, de lui donner douze écus {Le même, vol. 9).
d. Un impie que saint Norbert s'efforçait de convertir le couvrait publiquement d'injures, et allait même jusqu'à lui cracher à la figure. Le saint se contenta de s'essuyer , et partit sans proférer une seule parole (Le même, B. ii).
e. Sainte Françoise de Chantai disait en parlant de saint François de Sales : « Jamais on ne vit un cœur si doux, si aimable, si tendre et si généreux. » Par sa grande douceur, ce saint obtenait tout ce qu'il désirait. Personne ne pouvait lui résister, car il gagnait tous les cœurs, et on l'appelait le souverain conquérant dt.^s volontés, parce que sa douceiu- exerçait un empire si irrésistible qu'il parvenait facilement à persuader ceux avec lesquels il parlait à faire abnégation de leur volonté. IJ
3r)0 CATÉCHISME niSTORTQUE.'
avait coutume de dire à ses coopérateurs dans l'œuvre de la conversion des hommes : Vous devez mêler le vin de votre zèle avec le baume de la douceur, afin qu'il ne devienne trop brûlant et partant nuisible. Le cœur humain est quelque chose de sinj^ulier ; ce n'est que par la douceur qu'on parvient entièrement à l'amollir. S'apercevant un jour qu'un grand pécheur lui déclarait en confession les crimes les plus révoltants sans témoigner la moindre douleur, il se mit à pleurer. Le pénitent étonné lui en ayant demandé le motif, saint François répondit avec douceur : « Je pleure, mon fils, parce que vous ne pleurez pas. » — Ces paroles émurent tellement le cœur de ce pécheur qu'il éprouva bientôt le plus amer repentir, et des larmes abondantes coulèrent de ses yeux. — Le saint lui fit alors cette comparaison : a Rien n'est plus amer que l'écorce d'une noix encore verte, et cependant rien n'est plus doux et plus bienfaisant pour l'estomac que cette même écorce lorsqu'elle a été cuite avec dusucre. Ainsi en est-il d'une réprimande; quoique acerbe de sa nature, lorsqu'elle a passé par le feu de l'amour et a été assaisonnée par la douceur, elle devient aimable, délicieuse et salutaire. » — Un avocat qui n'avait rien à faire allait souvent visiter ce saint prélat et lui ravissait ainsi des heures bien précieuses. Néanmoins le saint évèque le recevait toujours avec bonté et sans jamais lui faire sentir qu'il lui était à charge. Comme on voulut lui persuader de le congédier, il répondit qu'il ne le ferait pas, attendu que c'était pour lui une occasion de pratiquer l'amour du prochain et la vertu de douceur {Silhert's Ilausb. S. 134 et I74-).
/. Pliilippc lï, roi d'Espagne, ayant passé une grande partie de la nuit à écrire une lettre au pape, il la remit