PARTIE in. CHAPITRE H.' 3.j
à son domestique pour la plier et la cacheter- Celui-ci, moitié endormi, moitié ivre, prit Tencrier au lieu du sablier, et le renversa entièrement sur la lettre. A peine se fut-il aperçu de sa méprise cpi'il pâlit de frayeur et trembla de tous ses membres. Mais le roi, sans se fâcher, se contenta de lui dire avec une grande bonté : « Il est far'ile de remédier au mal ; donnez-moi une nouvelle feuille de papier. » Le roi s'assit de nouveau et passa le reste de la nuit à refaire sa lettre. Quant au domestiqiTe, il ne lui adressa pas la moindre parole de blâme {Le même, 160).
g. L'esclave d'un illustre Arabe nommé Hasan, ayant trébuché, renversa sur son maître de Teau bouillante, qui le brûla d'une manière très-sensible. Le pauvre esclave crut que c'en était fait de lui, et qu'il n'avait plus d'autre espoir que de se résigner à mourir. Dans sa détresse il s'écria en citant ce passage du Coran : « Le paradis est destiné à ceux qui répriment leur co- • 1ère et qui pardonnent à ceux qui les ont offensés, o Sur quoi le maître répondit : « Je ne suis point en colère, je te pardonne, et te rends la liberté en y ajoutant 400 pièces d'argent. » Conduite admirable et qui devrait être imitée par tous les chrétiens ! (Moral, v, Wagnitz. Tli. 4. S. 9).
h. Saint Jean l'Aumônier s'était efforcé pendant longtemps d'exhorter un illustre personnage d'Alexandrie à se réconcilier avec son ennemi ; mais comme il le trouvait toujours opiniâtre, il le fît venir chez lui, le conduisit dans sa chapelle, et célébra la sainte messe, à laquelle personne, hormis le sentant, ne put assister. Il était d'usage, à cette époque, que le prêtre récitât à haute voix le Pater entre la cousécraiion et la commu-
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nion, et que tous les assistants le ropétassent avec lui. Arrivé à la cinquième demande, le patriarche se tut tout-à-conp, et fit signe au servant d'en faire autant, de sorte que le personnage en question ne s'en étant pas aperçu récita seul ces paroles : Pardonnez nos offenses comme nous les pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Le saint se tournant alors vers lui : « Oh! je vous en conjure, lui dit-il avec douceur, pensez bien à ce que vous venez de dire à Dieu. En le priant de vous pardonner, vous avez attesté que vous aussi vous pardonniez à ceux qui vous ont ofîfensé ! » Cette allocution produisit son efiet. Reconnaissant sa faute, l'étranger tomba aux pieds du saint et s'écria avec larmes : « Votre serviteur est disposé à faire ce que vous demandez «le lui ; » et cela dit, il partit et alla se réconcLUer avec son ennemi {Léon. Vit. S. Joann.).
i. Le philosophe de Tarente, Architas, disait à son fermier qui lui avait donné quelque sujet de mécontentement : « Vous êtes vraiment heureux, car si je n'étais pas en colère, je vous punirais comme vous le méritez. » Qu'il serait à souhaiter que les chrétiens imitassent cette conduite, et que, dès qu'ils ressentent en eux quelque mouvement de colère, leur premier soin fut de travailler à le réprimer {Senec, 1. 3. de ira. c. 38).
k. Un ermite qui se rendait à Alexandrie fut assailli d'injures et de sarcasmes par des impies qui lui demandèrent entre autres choses quels miracles il pourrait prouver avoir été oj)érés parle charpentier de Nazareth. A cette question, le saint répondit avec calme : « L'un de ses miracles , c'est de ra'avoir appris et donné la force de ne pas m'irriter des injures et des allronts que vous me faites (Lohn. Bihl. ii. i^Ji)