PARTIE III. CHAPITRE II
vant la saison. Tl ne buvait que de Teau. Il vécut jusqu'à Vkgn de 95 aiis^ ce qui est une nouvelle confirmation de ce proverbe : que la nature se contente de peu {Idem* vol. 10).
e. Au commencement du douzième siècle, les moines de Clairvaux menaient un genre de vie fort simple. Ils se nourrissaient presque exclusivement de pain fait avec de Forge, des vesces et du miel. Souvent ils étaient forcés de coller ensemble des feuilles de papier et de s'en servir comme de gobelet pour boire. Un moine étranger étant allé leur rendre visite, il fut touché jusqu'aux larmes à la vue de leur chétive nourriture. I! emporta avec lui un morceau de leur pain comme un monument de leur extrême sobriété. Cependant, ces moines parvenaient ordinairement à une haute vieillesse et mourraient poiu* la plupart de caducité {Leonê^ne, 11). /.Un italien, homme d une naissance distinguée, souffrait horriblement de la goutte. Outre cet ennemi qui lui tourmentait les pieds, il en avait un autre, qui, pour une offense qu'il en avait reçue, lui avait juré une haine immortelle. Par une belle journée de printemps, comme ses douleurs s'étaient un peu calmées, il lui prit fantaisie de faire une petite excursion dans le voisinage ; mais au moment où il s'y attendait le moins, il vit s'approcher de lui des hommes déguisés qui, l'ayant saisi, l'entraînèrent à leur suite et l'enfermèrent dans une petite chambre, au sommet d'une tour trèsélevée. Là, il ne reçut pendant quatre ans pour toute nourriture que du pain sec et dé l'eau. Lorsque ses parents et ses amis, après s'être informés pendant longtemps du lieu de sa captivité, fuient accourus pour le délivrer^ ils le trouvèrciit en pai'faite santé.
356 CATÉCHISME HISTOUIQUE.
n ne restait plus aucun vestige de sa maladie aniérieure. Son ennemi, en lui faisant observer une diète sévère, avait été son meilleur médecin (l) {Lohn, Ciblioth. I, 42).
g. On a calculé que le Pape saint Pie V avait donné plus de deux millions de scudi tant en aumônes qu'en autres bonnes œuvres. Quant à lui personnellement, il vivait d'une manière si simple que Ton assure qu'il ne dépensait pas au-delà de 80 centimes pour son entretien journalier. Un jour, il reçut la visite d'un député de l'infortunée Marie Stuart, reine d'Ecosse, qui venait lui demander du secours : il l'invita à souper. On sait que le pape mange toujours seul à une petite table. Lorsqu'on invite des liôtes de distinction, ce qui a lieu fort rarement, on les place à une table particulière, un peu éloignée de celle du Pape. Lorsque cet ambassadeur vit qu'on chargeait la table à laquelle il était assis des mets les plus exquis, tandis qu'on ne servait au Pape qu'une nourriture tout ordinaire, il en fut toUemeut surpris, qu'il lui fut impossible de dissimuler plus longtemps son étonnement. Mais le saint Pontife lui dit d'un ton amical et affectueux : « Monsieur, je restreins mes repas afin d'épargner quelque chose pour les malheureux catholiques qui gémissent sous Topjiression de nos ennemis communs. En agissant autrement, je ferais des dépenses inutiles qui pourraient être employées à des œuvres très-salutaires. Dites cela à votre reine, afin qu'elle sache que je viendrai, autant qu'il dépendra de moi, à son secours {Ilerbsù's. Exempelb. II, 775.).
(1] liât vielleicht die « waelschc Cur » daher ihrcm Namcn?
PAIITIE m. CHAPITRE II, 357
h. Saint Otton, évêque de Bainberg, apôtre de la Poméranie et ué comte d'Andechs,, qui fonda avec ses biens quinze couvents et six prieurés, ne mangeait que du pain, et encore n'en mangeait-il jamais jusqu'à satiété. Son intendant ayant un jour servi sur sa table un brochet : a A Dieu ne plaise, lui dit le saint évêque, que moi seul je mange tant d'argent ; ma santé est boDue et je puis fort bien me contenter de pain ; portez ce poisson à un pauvre malade. » — Et cependant il vécut jusqu'à l'âge de 70 ans et mourut en 1139 {Le même, ii, p. 779).
e. Charles IX, roi de France, s'étant un jour enivré par surprise, les vapeurs du vin le troublèrent tellement qu'il commit un désordi^e dont il se repentit amèrement le lendemain lorsqu'il fut à jeun. Afin d'éviter dans la suite un pareil désagrément, il prit la résolution de s'abstenir entièrement de boire du vin, résolution à laquelle il fut fidèle pendant toute sa vie, car désormais il se contenta de ne boire que de l'eau à laquelle il mêlait parfois quelques gouttes de vin [Lq même, 777).
\. Stanislas, roi de Pologne, n'avait jamais bu de vin lorsqu'il monta sur le trône. Plus tard même, sa boisson ordinaire était de l'eau. Bien qu'elle lui occasionnât un grand appétit, il ne mangeait jamais jusqu'à ce qu'il fût complètement rassasié. Avec ce régime il paivint à l'âge de 82 ans {Le même).
l. Socrate poussait à un haut degré la pratique de la tempérance. Ayant un jour invité plusieurs seigneurs à sa table, Xantippe, sa femme, préoccupé de cette invitation, représenta à son époux que le peu de provisions qu elle avait ne leui- permettait pas de les rcccvoiv
^ 3S8 CATÉCmSME mSTOPTOUE.
convenablement; mais il s'eflbrça de la tranquilliser, et lui répondit en souriant : « Ne vous inquiétez pas tant, ma femme, nos hôtes sont raisonnables et partant sobres et tempérants, et ils ne dédaigneront pas notre pauvre cuisine. Si, au contraire, ce sont des hommes stupides et voraces, ils ne méritent pas qu'on leur fasse meilleure réception. » — Comme on demandait un jour à ce philosophe en quoi il se distinguait du reste des hommes, il répondit : « La plupart ne semblent vivre que pour manger; et moi je ne mange que pour vivre » {l^chregers Z eitanicendung , s. 19.).
Le célèbre médecin Galène avait coutume de jeûner tous les dix jours parce qu'il le croyait utile à la santé. — Hyppocrate, le prince des médecins, qui vivait environ 400 ans avant Jésus-Christ, parvint jusqu'à l'âge de 140 ans. Comme on lui demandait ce qu'il avait fait pour cela, il répondit qu'il n'était jamais sorti de tal)le sans éprouver encore un reste d'appétit {Lohn, Biblioth.i, 13).
SKNTENCES ET COMPARAISONS.
a. « La mère de la santé c'est la tempérance, la mère des maladies c'est l'amoiu? des jouissances.» {S.Hieron, In Epist.).
b. « Si nous nous représentions sans cesse devant les yeux les suites funestes de la gourmandise et de l'ivrognerie, nous vivrions toujours dans la tempérance. » {S. Isidor. 1. 2. ep. 40).
c. « La nature demande très-peu — un vêtement contre le froid, un peu de nourriture contre la faim, et .piclqucs gouttes d'^iau contre la soif. Toutes autres