PARTIE m. CHAPITRE II
C'était la veille de rAscension, 16 mai d383 {Sa vie).
ce. Saint Athanase, qui fut pendant si longtemps en butte aux persécutions de ses ennemis, ayant été contraint de prendre la fuite, entra dans un bateau qu'U trouva sur le bord du Nil, et remonta vers la Thébaîde. Celui qui avait ordre de le tuer, ayant appris sa fuite, le poursuivit en diligence; mais il fut prévenu, et mi ami avertit saint Atlianase qu'on le suivait à grande force. Ses compagnons lui conseillèrent de s'enfuir dans le désert ; lui, au contraire, fit tom-ner le bateau et redescendre promptement vers Alexandrie, pour montrer, disait-il, que celui qui nous protège est plus grand que celui qui nous persécute. Tout ce qu'il fit, en ce moment, ce fut de se cacher dans la barque. Quand iis rencontrèrent le meurtrier, il demanda si Athanase était bien loin et où ils l'avaient laissé. Ceux qui l'accompagnaient, ayant deviné ses intentions lorsqu'il avait ordonné qu'on retournât la barque : répondirent : a II n'est pas loin d'ici et vous le rejoindrez bientôt. » A cette réponse, le meurtrier passa outre et se mit à sa poursuite. C'est ainsi que saint Athanase, sans recourir au mensonge, mais en usant d'une sage réponse, échappa aux mains de ses ennemis. Il rentra à Alexandrie, d'où il ne tarda pas à sortir pour se retirer dans les déserts de la Thébaide (Socrat. et Théo» doret. Hist. eccles. 1. 3).
dd. Saint Thomas, archevêque de Cantorbéry, obligé de prendre la fuite pour échapper aux persécutions d'Henri II, roi d'Angleterre, arriva à Lincoln, puis à im ermitage dépendant de Semprignan où la délicatesse de sa complexion le fit séjourner Uois ans. Il allait
à pied, travesti en moine, et se faisait nommer frère Chrétien : cependant, peu accoutumé à voyager d'une manière si pénible, sur la fin d'un automne fâcheux, par la pluie et les boues, il se coucha par terre exténué de fatigues, et dit à ses compagnons : « Il faut, ou que vous me portiez ou que vous me trouviez quelque nourriture. » Ils lui trouvèrent un cheval qui n'avait ni selle ni bride, y mirent leurs manteaux, et l'y montèrent, non sans beaucoup de peine. Peu après, il rencontra des gens armés qui lui demandèrent s'il n'était pas l'archevêque de Cantorbéry. Il leur répondit en souriant : a Jugez-en vous-mêmes ; est-ce là l'équipage d'un archevêque ?» Et ils ne le reconnurent point. — C'est ainsi que par une réponse adroite, il évita de se faire connaître, sans cependant blesser la vérité [Btr. Berc. 12).
ee. Il n'est pas inutile de rappeler ici l'avertissement que nous donne saint François relativement à la discrétion : « Soyez en garde, nous dit-il, contre la duplicité, la fourberie et la dissimulation; car, s'il ne convient pas de dire toujours la vérité, il n'est cependant jamais permis de parler contrairement à la vérité^ S'il est permis, quelquefois, de voiler la vérité en détournant habilement la question, il ne faut cependant le faire que dans des circonstances très-importantes, et alors seulement qu'il y va de la gloire de Dieu ; hors ces c-as, ces sortes de subterfuges sont dangereux. »
Le huitième commandement nous ordonne en outre :
2° De défendre ceux qui sont calomniés et de fuir les caloîuniateurs. -
a. Daniel défendit et sauva l'innocente Suzanne. —
rAIcïlE ill. CIUJÏTRE ÏI. 423
Jonathas prit chaleureusement la défense de David, son ami, et plaida pour lui en présence de Saùl, son père (1 Rois. 19, 4-). — Le Sauveur se chargea de défendre ses apôtres, lorsque, pour avoir cueilli quelques épis au moment où ils étaient pressés par la faim, les Pharisiens les accusèrent d'avoir profané le sahhat {Jean. 12). — Le hon larron défendit le Sauveur contre les accusations du mauvais larron, lorsqu'il dit : a Nous endurons ce que nous avons mérité, mais celui-ci est innocent. » {Luc. 22, 41). — Le Sauveur nous apprend aussi, par son exemple, que non-seulement on peut, mais qu'on doit encore défendre son honneur, lorsqu'il est attaqué. Ainsi, il lui arriva souvent de se justifier en refusant les accusations et les soupçons des Pharisiens, comme lorsqu'ils l'accusèrent de blasphème pour avoir dit au paralytique : a Vos péchés vous sont remis », ou bien, lorsque guérissant les malades, le jour du sabbat, ils l'accusèrent de profaner ce saint jour, ou encore, lorsqu'ils le voyaient dans la société des pécheurs, s'asseoir à leur table, et qu'ils attribuaient à Beelzébuth sa vertu d'opérer des miracles, etc. — L'apôtre saint Pierre se défendit ainsi que les autres apôtres lorsqu'on leur reprocha, le jour de la Pentecôte, de s'être enivrés {Act. 2, 14). Saint Paul prononça, devant le peuple soulevé à Jérusalem, un discours justificatif [Act. 22), ainsi qu'à Gésarée, devant le gouverneur Félix {Ibid. 24), et en présence d'Agrippa, et dans une foule d'autres circonstances.
h. Dans les premiers âges du Christianisme, les confesseurs de la foi étaient, de la part des juifs et des païens, l'objet des accusations les plus scandaleuses. De là celte multitude d'apologies qu'enfanta l'clo- II. 24
qiience des orateurs chrétiens de cette époque. Quadrat^ Aristide, Justin le martyr, Tertullien, tels furent les principaux parmi ceux qui vengèrent les chrétiens et la religion qulls professaient des accusations mensongères et absm-des dont on les chargeait, et qui, souvent, parvim-ent à obtenir des empereurs romains quelque allégemeuj; aux persécutions odieuses qu'on leur suscitait.
c. Lorsque saint Pacôme, abbé de Tabène, en Egypte, entendait quelques-uns de ses moines parler des autres d'une manière désavantageuse, non-seulement il n'ajoutait pas foi à leurs paroles, mais il leur tournait le dos et se retirait brusquement, comme s'il eût vu un serpent s'avancer contre lui. Dans les avertissements qu'il leur donnait, il répétait souvent : « Rien de mauvais ne sort de la bouche d'un homme vertueux ; un homme doux ne profère pas contre ses semblables des paroles empoisonnées. » — Souvent aussi il leur rappelait l'exemple de Marie, la sœur de Moïse, qui, pour avoir mal parlé de son frère, fut punie de la lèpre [Rî/^f. Vit. Pat.).
d. Saint Jean, patriarche d'Alexandrie, ne souffrait pas qu'on prononçât en sa présence la moindre parole qui eût pu blesser la charité du prochain. Il se détournait aussitôt de ceux qui se plaisaient à noircir par leurs paroles la réputation d'autrui, et commençait aussi à parler d'autj?e chose. Lorsque la personne qui avait mal parlé de son prochain retombait dans la même faute, il ordonnait à ses domestiques de lui interdire l'entrée de sa maison {Stolb. R. G. B.).
e. Saint Thomas de Villeneuve, prédicateur à la corn- de l'enipcrem' Charles-Ui^nt, attendant un jour