‹ Catéchisme historique (volume 2)Chapitre 205 sur 306 · PARTIE III. CHAPITRE lî.' AZO · texte numérisé non relu

PARTIE III. CHAPITRE lî.' AZO

11. Saint Bernard fît cette judicieuse remarque : « Les paroles passent rapidement et s'envolent en un clin d'œil ; mais dans ce passage, dans ce vol rapide, elles font des plaies bien dangereuses et bien profondes ; aisément elles s'insinuent dans Tesprit^ difficilement elles en sortent ; et, s'il est vrai, comme il est impossible d'en douter, que l'iniquité subsiste tant qu'elle n'est pas suffisamment réparée, et que c'est la plus irréparable de toutes, combien ne doivent pas trembler les médisants et les calomniateurs [GuilloiSy 398.).

l. Uhistoire suivante nous montre combien il est difficile de rétracter une médisance. Un jour, un jeune noble se rendit à Alcala pour aller cliercber des conseils et des consolations auprès d'Alphonse de Castro, célèbre théologien de cette époque. « Je me trouvais, raconta le jeune homme, dans une famiUe distinguée, et je me permis, en l'absence d'une illustre dame de la cour, généralement estimée à cause de la régularité de ses mœurs, de l'accuser d'entretenir des baisons suspectes. Comme mon accusation était une pure fable et une calomnie, ma conscience me fit des reproches amers et je me suis rendu auprès de vous, qui êtes un habile médecin des âmes, pour y chercher des consolations et vous prier de me remettre dans la bonne voie.» Alphonse se tut pendant quelques secondes après que le jeune homme eut parlé, puis il dit, en poussant un profond soupir : « Hélas ! monsieur, votre chute est de celles dont on ne se guérit pas ! C'en est fait à jamais de votre salut ! » Ces paroles, par lesquelles le calomniateur fut congéflié, ne lui laissèrent ]>lus de repos ni la nuit ni le jour. 11 partit pour Salamanque, alla dcmalider d'autres conseils à un des théologiens de cette

ville^ lui fit part de son péché ainsi que des paroles peu rassurantes qu'Alphonse hii avaient adressées lors de sa visite chez lui. Ce savant commença par le consoler, lui déclarant qu'Alphonse avait jugé l'affaire avec trop de sévérité. Après avoir entendu ces paroles, le jeune homme se sentit respirer plus librement, puis il dit au savant : « Je vous en prie, imposez moi la pénitence que vous voudrez, je ne manquerai pas de l'accomplir, que je retrouve le calme de ma conscience. — Oh ! reprit le théologien, û n'est pas nécessaire de recourir à des œuvres satisfactoires fort difficiles ; vous n'avez rien autre chose à faire qu'à vous rendre chez toutes les personnes qui ont entendu la calomnie, et à leur déclarer tout simplement que ce que vous avez dit touchant cette dame n'est qu'une pure calomnie, et par là tout sera fini. » En entendant ces dernières paroles, le jeune homme avait senti le sang lui monter à la figure ; il raidit ses poings, grinça les deuts^^ et s'écria avec fureur : o Jamais, jamais je ne le ferai; cela m'est absolument impossible. Je ne puis me déshonorer au point d'aller avouer à des personnes si haut placées que je suis un menteur, un calomniateur !» A ce triste aveu, le savant poussa un profond soupir et ajouta : « Hélas ! je vois maintenant clairement combien Alphonse avait jugé vrai. Ah ! oui, mon cher monsieur, votre chute est de celles dont on ne se relève pas. Vous avez pris le chemin de la perdition éternelle » {D'après Jean Banv.za.),

Combien de personnes qui ressemblent à ce jeune homme, et qui préfèrent exposer leur salut plutôt que de subir le désagrément de débuvuuer une parole ollen- ^auteî

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