PARTIE m. CnAHTRE III
pas seulement d'assister tous les jours à la messe avec ime grande dévotion, mais il prenait encore part en personne à la moisson et à la vendange, et récoltait de ses propres mains le blé et le vin nécessaires au saint sacrifice, et les offrait lui-même sur Fautel.
g. C'est dans le sacrifice de la messe que sainte Elisabeth, reine de Thuringe, allait puiser les forces toutes surnatm*elles dont elle avait besoin pour se livrer avec tant d'abnégation et de dévouement aux œuvres de charité qu'elle pratiquait. Rien de plus admirable que l'humiUté avec laquelle elle s'anéantissait devant la majesté du Roi du ciel. On voyait sa dévotion augmenter d'un instant à l'autre , surtout pendant les principales parties de la messe; aussi, les âmes les plus indifférentes se sentaient, en la voyant, renaître à la piété et s'en retournaient vivement émues d'un spectacle si édifiant (Ibid).
h. Thomas Morus, dont nous avons raconté la mort, n'omettait jamais, malgré ses nombreuses occupations, d'assister à la messe. Un jour, pendant la messe, un délégué du roi étant allé l'avertir que le roi réclamait sa présence pour des affaires très-importantes, le chancelier répondit : « Encore un peu de patience ; je dois auparavant présenter mes hommages à un Souverain encore plus élevé : il faut que j'assiste à l'audience du ciel jusqu'à la fin. » — Il ne croyait pas qu'il fût audessous de sa dignité de servir la messe ; car, à ceux qui lui en faisaient un sujet de reproches, sous prétexte qu'U méconnaif-sait les bienséances de sa position, il répondait : a Je me fais un véritable honneur de pouvoir rendre ce faible service au [ilus grand des Souverains. » {T/iOM. J^'ta^L in Vit. ejus).
i. Nous lisons dans la vie de sainte Elisabeth^ reine de Portugal, Thistoire suivante :
c( Elisabeth avait parmi ses pages un jeune homme extrêmement vertueux, dont elle se servait pour la distribution de ses aumônes secrètes. Un autre page, jaloux de la faveur dont il jouissait à cause de sa vertu, résolut de le perdre, et, pour y réussir, il persuada au roi qu'il avait un commerce criminel avec la reine. Le prince, que la corruption de son cœur portait à mal penser des autres, ajouta foi à la calomnie, et forma le projet d'ôter la vie au prétendu coupable. Il dit à un maître de four qu'il lui enverrait un page pour lui demander s'il avait exécuté ses ordres, et que c'était là le signal auquel il le reconnaîtrait. « Vous le prendrez, ajouta-t-il, et le jetterez dans le four, afin qu'il y soit brûlé ; il a mérité la mort pour avoir justement encouru mon indignation. » Au jour marqué, le page lut envoyé au four à chaux. Ayant passé devant une église, il y entra et entendit une messe, indépendamment de celle qui était commencée quand il entra dans l'église. Cependant le roi, impatient de 'savoir ce qui s'était passé, envoya le délateur s'informer si Tou avait exécuté ses ordres. Le maître du four, prenant celui-ci pour le page dont le roi lui avait parlé, le saisit et le jeta dans le feu, qui le consuma en un instant. Le page de la reine, après avoir satisfait sa dévotion, continue sa route, gagne le four et demande si l'ordre du roi est exécuté, et, comme on lui répond ailirmativement, il revient au palais rendre compte de sa mission. Le roi fut singulièrement étonné en le voyant de retour contre son attente ; mais, lorsqu'il eut été instruit des particularités de révéuement, il adora les jugements de Dieu,