Désespoir
a. Parce que Gain résista opiniâtrement aux avertissements de Dieu, il ne fit qu'accumuler péché sur péché, et s'écria enfin : « Mon iniquité est trop grande pour que j'en obtienne le pardon» {Gen. 4, 13). — Saiil, qui avait depuis longtemps renoncé à servir le Seigneur, au moment du danger, tomba dans le désespoir et se donna lui-même la mort, sans que la pensée lui fût venue de se repentir de ses péchés (1. Rois, 3). •^ Judas eut le bonheur de vivre pendant longtemps dans la compagnie du Sauveur, d'entendre ses leçons, de voir ses miracles. Il lui eut été facile de suivre son exemple ; mais son avarice l'avait rendu insensible à tout. Aussi fut-il saisi par le plus affreux désespoir, dès qu'il vint à réfléchir sur Fénormité de son crime. Il eut, à la vérité, le repentir de ses péchés, mais ce fut im repentir satanique, sans espérance de miséricorde. Le péché ressemble à ime grave blessure, — pour elle, le repentir, seul, est un vinaigre qui ne fait qu'aigrir; mais la confiance en la divine miséricorde est un baume émollient et salutaire. — Le mauvais larron mourut aussi dans le désespoir. — On peut dire la même chose d'Kérode {Voir l^r volume).
h. Un prêtre fut un jour prié par un des parents d'un avare, de la guérison duquel on désespérait, daller l'exhorter à se confesser, attendu qu'il ne l'avait plus fait depuis trente ans. Le prêtre fit tout son possible pour le décider, mais l'avare ne cessait de l'interrompre en lui disant : a Dites-moi donc, M. l'abbé, vous qui venez de la ville , quel est le pri^ du poivre, com-
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bien coûte le quintal de laine ? Où en est le sucre ? Y a-t-il beaucoup de provisions sur le marche? » C'est ainsi que les questions se suivaient avec rapidité malgré les efforts du prêtre qui le pressait de s'occuper à des pensées plus sérieuses : mais comme tous ses efiforts étaient inutiles, il se vit contraint de lui déclarer que son salut était dans un danger extrême, et que loin de s'occuper de ses marchandises, il ferait beaucoup mieux de penser à faire une sincère confession. Lorsque l'avare entendit ces paroles , il se mit à crier : « Je ne le puis, je ne le puis, je ne le puis, » et peu après, il mourut dans le désespoir {S. Bernardin, Serm. 13).
c. Mirabeau, Fun de ceux qui, au début de la Révolution française, contribuèrent le plus à plonger la France dans le deuil où elle gémit si longtemps, après avoir mené une vie remplie par tous les excès de la débauche, vit bientôt ses forces physiques s'épuiser, et le trouble pénétrer dans son âme en proie à toutes les horreurs de la mort. Ce fut en vain qu'il essaya par tous les moyens de bannir les terreurs qui l'assiégeaient. Le dernier jour, sentant sa fin approcher, il fit apporter dans sa chambre des fleurs et autres parfums odorants; la musique même dut contribuer par ses accents harmonieux à dissiper ses ennuis et ses alarmes, mais tout fut impuissant à étouffer les remords de sa conscience. Tous les paradoxes dont il s'était nourri et bercé pendant sa vie le laissèrent dans un doute affreux ; il fit entendre les plaintes les plus amères. Ayant demande à son médecin un moyen d'abrt'ger sa vie, et celui-ci le lui ayant refusé, il s'écria avec violence et en jetant sur lui un regard f/TOce : « Mes douleurs sont insupportables, j'ai encore des forces pour des siècles, mais