PARTIE m. CHAPITRE II. i
ceux qui Técoutaient à s'abstenir de jurer; puis il ajouta : « Coutentez-vous de dire : cela est, ou, cela n'est pas ; tout ce qui se dit de plus vient de la mauvaise disposition du cœur. » C'est comme s'il leur eût dit : « Chez vous, mes frères, le jurement n'est plus nécessaire; vous devez avoir une teUe confiance les uns envers les autres, vous montrer si sincères, que la simple parole suffise. Tout ce qui se dit de plus, c'està-dire le serment que souvent l'on exige de vous, vient du mal, en d'autres termes, du manque de bonne foi et de sincérité que vous savez exister parmi vous. »
1 . Qu'il soit cependant permis de jurer dans certaines circonstemces graves ; c'est ce que nous prouvent les passages les plus manifestes de l'Ecriture sainte, ainsi qu'une foule d'exemples bibliques [Deut. 7, 13. Jérém. 42). Abraham dit au roi de Sodome : « Je lève ma main vers le Seigneur, le Dieu très-haut, possesseur du ciel et de la terre, que je ne recevrai rien de ce qui est à vous, depuis le moindre fil jusqu'à un cordon de soulier. » {Gent. 14, 22). — Abraham exigea aussi que son serviteur EUézer mit la main sur sa cuisse, pour lui faire promettre, par serment, qu'il n'irait point chez les Chananéens chercher une femme à sou fils {Id. 24, 2). — Lorsque Abraham eut fait voir qu'il était disposé à sacrifier son fils, un ange lui fit entendre ces paroles : « Je jure par moi-même, dit le Seigneur, que, puisque vous avez fait cette action, et que, poiu* m'obéir, vous n'avez point épargné votre fils unique, je vous bénirai et je multiplierai votre race comme les étoiles du ciel et comme le sable de la mer. » [Idem. 22, iG). — Joseph fut obligé de promettre par serment à son père mourant^ qu'il le transporterait dans son
pays et Tenterrerait dans le sépulcre de ses ancêtres (47, 31). — Jonatas ayant fait une alliance avec David, tous deux la consolidèrent par un serment (1. Rois, 18 et 20). — Le roi Asa, dans une fête où l'on offrait des sacrifices, obligea tous ses sujets de faire serment qu'ils observeraient la loi mosaïque, et fuiraient Tidolâtrie. Il est dit à ce sujet : « Ils firent serment au Seigneur avec de grandes exclamations et des cris de joie, au son des trompettes et des hautbois. Ils cherchèrent Dieu dans toute la plénitude de leur volonté ; aussi ils le trouvèrent, et il leur accorda la paix avec tous leurs voisins. » (5. Parai. 15. 14). Dans le psaume 109, on' lit de même : « Le Seigneur a juré, et son serment demeurera immuable ; vous êtes le Père éternel, selon Tordre de Melchisédech; » et au psaume 62 : « Ceux-là seront loués qui garderont le serment qu'ils auront prêté au Seigneur. » — Lorsque Caïplie invita le Sauveur à assurer par serment qu'il était le Fils de Dieu, il y consentit, bien qu'il n'eût pas répondu aux précédentes interrogations. — Nous voyons, parles lettres de saint Paul, qu'il prend souvent Dieu à témoin de ce qu'il dit, pour lui donner plus de force. Ainsi il écrivait (5. Cor. 11, 31); « Dieu qui est le Père de Notre- Seigneur Jésus-Christ, et qui est béni dans tous les siècles, sait que je ne mens pas. » Et ailleurs {PMlipp. 1,8): Dieu m'est témoin avec quelle tendresse je vous aime tous dans los entrailles de Jésus-Christ.» — Les anges eux-mêmes n'ont pas craint d'avoir recours au jurement, car saint Jean écrit {Apocal. 10, 6) : « L'ange a jure par celui qui vit dans les siècles des siècles. » — Aussi l'Eglise catholique n'a-t-etle jamais défendu le serment; elle n'a défendu que l'abus, et a complète-