‹ Catéchisme historique (volume 2)Chapitre 94 sur 306 · PARTIE m. GHAriTRE n. iOO · texte numérisé non relu

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la voile un jour ouvrable. Mais qii'arriva-t-il ? Harris arriva à sa destination avant les vaisseaux qui étaient partis trois semaines avant lui. — Aussi, put-il dire, en toute vérité, que la sanctification du dimanche ne lui avait causé aucun dommage {Leiensfrilcte von Sinaï. S. 321).

g. Un juge anglais, Holt de nom. l'un des hommes les plus justes et les plus honnêtes qu'il fût possible de rencontrer, eut le malheur, pendant sa jeunesse, de faire de mauvaises liaisons, qui lui inspirèrent le mépris de la religion, tournèrent en dérision la sanctification du dimanche, en passant ce jour au milieu des sociétés les plus corrompues, et cherchant à se surpasser les uns les autres, par le scandale et la dissolution de leurs mœurs. Mais, fort heureusement pour lui, des circonstances Téloignèrent de cette société; il revint peu à peu à une conduite plus réglée, et, avec le calme de sa conscience, il ne tarda pas à recouvrer aussi l'estime de ses semblables. Comme Holt remplissait les fonctions de juge, il arriva un jour qu'il se vit forcé de condamner à mort un homme qu'il reconnaissait pour avoir été autrefois de ses amis. La vue de ce criminel l'impressionna vivement, et le fit réfléchir sur le danger auquel il s'était exposé lui-même en menant un genre de vie semblable au sien. Il ne put s'empêcher de demander au délinquant ce qu'étaient devenus les autres camarades de sa jeunesse? — Hélas! répondit le coupable, hormis vous et moi, monsieur le juge, il n'en est plus aucun qui soit encore en vie ; les uns ont succombé sous le glaive de la justice, les autres sont morts de mort violente. Le juge, ne pouvant plus maîtriser son émotion, poussa un profond soupir et

a<lressa aux assistants un discours pathétique et émouvant, où il prouva que la profanation du dimanche faisait de l'homme une bète brute dépourvue de tout sentiment noble et généreux, et qu'alors il n'y avait plus rien qui l'empêchât de se livrer eûrontément à toutes les turpitudes des vices les plus dégradants (D'après le même, S. 318).

h. Au commencement de ce siècle, vivait à Lyon un cordonnier nommé Berthier, qui avait coutume de travailler dans son échoppe au moins pendant la matinée du dimanche. Un marchand qui demeurait vis-à-vis de lui, homme pieux et qui avait à cœur la sanctification du dimanche, souffrait avec peine cette infraction à la loi de ce saint jour, et ne put s'empêcher de lui faire un jour à ce sujet d'amicales représentations. Mais le cordonnier lui répondit qu'il fallait nécessairement qu il travaillât ce jour-là. a Vous, INlonsieur mon voi* sin, qui êtes un homme riche, vous pouvez vous reposer le dimanche sans crainte d'en ressentir aucun dommage, mais moi qui suis chargé du soin d'une nombreuse famille, j'éprouverais une perte considérable en ne travaillant pas. Au surplus, le nombre de mes commandes est si considérable, que je n'ai jamais fini mon travail le samedi. » A toutes ces excuses, le marchand secoua la tète et lui dit d'un ton affectueux : « INIon dessein n'est pas que ni vous ni votre famille éprouviez quelque dommage ; je vous déclare que je suis disposé à compenser tout celui que vous aurez essuyé, si, pendant une demi-année, vous ne travaillez pas le dimanche, et que vous assis liez à l'office divin. Acceptezvous la proposition ? — Très-volontiers, répondit le tordoiiuicr ; il n/cit bien plus facile d aller me reposer

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à l'église que de travailler, surtout quand vous aui^e? encore la bonté de me tenir compte du dommage que j'aurai éprouvé. » — Les deux voisins se donnèrent aÔectueusement la main, et le traité fut conclu. Lorsque les six mois furent écoulés, le marchand alla trouver le cordonnier, et lui dit : « Bravo ! mon cher voisin ; vous avez tenu fidèlement votre parole, je tiendrai aussi la mienne. Dites-moi quelle perte vous avez éprouvée, je suis disposé à la compenser jusqu'à la dernière obole. — Oh ! répondit le cordonnier, je dois vous déclarer, mon cher monsieur, que je n'en ai éprouvé absolument aucune ; que dis-je? je n'ai que des remerciements à vous faire ; voyez-vous, monsieur, votre conseil, au lieu de me. nuire, m'a porté bonheur, et depuis lors, tout, dans ma maison, marche sur un meilleur pied. Les commencements, sans doute, ont été pénibles; j'avais toujours quelque travail qui me restait ; mais la pensée que vous me rembourseriez mes pertes, et ma parole donnée m'ont retenu, et j'ai été fidèle à sanctifier le dimanche. J'ai assisté assidiunent à l'ofiîce, et, en entendant le sermon, ce que je n'avais plus fait depuis plusieurs années, j'ai appris une foule de choses que j'avais oubhées. Je suis devenu patient, je me suis habitué à réprimer les saillies trop brusques de mon caractère, et, surtout, j'ai repris le goût de la prière. C'est vraiment incroyable, le jour qui s'est fait alors dans ma tête qui, pendant si longtemps, n'avait plus été remplie cpie de pensées terrestres ! J'ai commencé à respirer plus librement ; car, jusque-là, mon esprit avait été tout entier aux soins et aux inquiétudes temporels. J'ai éprouvé bientôt une douce satisfaction dans tout mon être, surtout après avoir, par la confcs-

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sion, purgé mon intérieur d"es taches et des souillures d'un grand nombre d'années, et avoir fortifié mon âme débile par le pain des anges, en allant m'asseoir à la table du Seigneur. — D'autre part, le travail du lundi se faisait plus facilement ; je me suis trouvé tout renouvelé, et j'ai travaillé avec ardeur le reste de la semaine. Précédemment, comme je connaissais à peine ce que c'était que la patience, la moindre chose me mettait en colère, et, dans ma fureur, tantôt je déchirais soit un morceau de cuir, tantôt je brisais un instrument. Deux fois, ma colère m'occasionna la fièvre bilieuse, ce qui me causa de grandes dépenses, outre que je ne gagnais absolument rien. Mais, depuis lors, je suis devenu beaucoup plus calme ; il me semble que le nuage qui obscurcissait mes yeux s'est évanoui, que mon corps s'est fortifié, et que mes bras ont acquis une vigueur toute nouvelle. Ordinairement, à trois heures du samedi, tout mon travail est achevé, et, cependant, les commandes vont en augmentant. Autrefois, on ne m'appelait que le cordonnier emporté ou le grognard sempiternel, et plus d'une servante, craignant les fureurs de mon caractère, portait ailleurs le travail de son maître, bien que je fusse plus rapproché. Aujourd'hui, j'ai perdu ce sobriquet, et, partout, je ne vois plus que des figures riantes, parce que je me montre à tous sous cet aspect. — Mais, mon cher voisin, reprit le marchand, ne vous formalisez pas si je vous demande où en sont vos affaires ? Jadis, il n'était question, chez vous, que de disputes et de querelles ? — Ah ! oui, reprit le cordonnier, la rougeur sur le front ; mais il en est tout autrement aujourd'hui. Je croyais alors volontiers que ma femme avait toujours lort^ et que

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