PARTIE I. CHAPITRE I
la suite on laissait, à ceux qu'on y suspendait, une main libre, afin qu'ils pussent donner le signal qu'on leur marquait pour indiquer qu'ils renonçaient au christia-' nisme. L'on remplissait souvent la fosse d'immondices qui exhalaient une infection insupportable. Plus d'un martyr endura ce supplice dont les tourments atroces ne duraient pas moins de quatorze jours et de quatorze nuits. Le premier qu'on martyrisa de ce supplice fut un jésuite japonais, nommé Nicolas Keynan (Rohrbacher, t. XXVI. Addition du traducteur.).
Le tourment de l'eau était encore bien plus barbare. Le chrétien condamné à le subir était étendu en terre, les bras et les jambes fixés solidement par des liens, puis on lui plaçait un entonnoir dans la bouche et on lui infusait quelques gouttes d'eau, jusqu'à ce que son ventre s'enflât démesurément. On plaçait ensuite une large planche dessus, sur laquelle montaient les bourreaux et sautaient jusqu'à ce que le patient rendit l'eau qui sortait accompagnée de torrents de sang. La plupart des martyrs ne résistaient que quatre fois à ce tourment, après quoi ils expiraient.
Malgré tant de cruauté exercée envers les chrétiens du Japon, ceux-ci supportaient tout avec résignation ; aucun d'eux n'était tenté de renier sa foi. De faibles vieillards, déjeunes enfants de dix ans des deux sexes, des dames délicates habituées à une vie douce et agréable, couraient avec joie à une pareille mort. — Lorsque le roi d'Arima, le premier d'entre les princes du Japon qui ouvrirent la persécution, condamna quelques-uns i cour ;ï être brûlés avec leurs familles, on vif arriver, le jour de l'exécution, de quinze à vingt mille chrétiens des environs pour assister au triomphe
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de ces martyrs. Leur foule effraya d'abord le tyran, quoiqu'ils fussent sans armes. Ils se mirent en procession et commencèrent à chanter des cantiques.
b. Parmi les condamnés, se trouvait une mère avec ses deux enfants, dont un garçon âgé seulement de onze ans, et une fille dans sa seizième année. On les attacha tous trois à un poteau, mais de telle sorte qu'ils pussent facilement se débarrasser en cas qu'ils vinssent à perdre courage. Autour de chacun, à une distance de trois pieds, était allumé un feu que les bourreaux devaient éteindre aussitôt qu'ils s'apercevraient que l'un d'eux désirerait être délivré et voudrait adorer les dieux. Mais ni la mère, ni les enfants ne se laissèrent ébranler, seulement le garçon se détacha de son poteau, ce qui fit pousser de grands cris aux chrétiens qui pensaient que la rigueur des tourments le faisait apostasier. Mais quel ne fut pas leur étonnement lorsqu'ils le virent, s'échappant hors des flammes qui l'entouraient, passer encore à travers celles qui s'élevaient autour de sa mère, pour aller se dresser à côté d'elle et lui faire ses caresses. Celle-ci, frappée de ce spectacle, jette sur son petit enfant un regard d'encouragement et d'une sainte allégresse : quelques instants s'écoulèrent encore et ils disparurent de cette terre. Ce fut la fille qui souffrit le plus longtemps; à la fin elle se débarrassa de son pieu, se pencha vers la terre et ramassa quelques charbons embrasés qu'elle se plaça sur la tête en guise de couronne, puis elle se leva et ne cessa plus de tenir ses regards fixés vers le ciel. Enfin elle tomba morte sur la braise qui l'étouffait. Les fidèles présents a ci tragique s'empressèrent de re-
cueillir les corps des trois saints, sans que les gardes