PARTIE I. CHAPITRE II
cris. Quelques-uns des principaux Juifs, ne pouvant supporter d'aussi lugubres présages, le firent prendre et charger de coups. Mais, sans proférer une seule parole contre ceux qui le maltraitaient, il continuait à répéter ses lamentables accents. Les magistrats le conduisirent à Albin, gouverneur de la Judée, qui le fit battre de verges, sans qu'il fût possible de lui faire verser une larme, mais, à chaque coup, il répondait d'une voix lugubre : Malheur, malheur à Jérusalem.
Il continua ainsi sans interruption jusqu'au moment où les Romains, ayant mis le siège devant Jérusalem, il vit ses prédictions s'accomplir. Pendant tout ce temps, sa voix ni ne s'affaiblit ni ne devint rauque ; il ne cessa de crier que quand il cessa de vivre. Un jour que, faisant le tour des remparts de la ville assiégée, il se mit à crier avec plus de force qu'à Fordinaire : Malheur à la ville ! malheur au peuple ! malheur au temple! il ajouta : Malheur à moi ! lorsqu'au même instant, un« pierre lancée p^r une machine le renversa et retendit raid»' mort (1).
Ce n'étaient pas les seuls avertissements que le ciel donnait à ce malheureux peuple. Josèphe et Tacite en rapportent plusieurs autres (2). D'abord un météore sinistre, sous la forme d'une épée flamboyante, parut pendant un an au-dessus de la ville. Le peuple s 'étant mblé pour la fête des Azymes, tout-à-coup, vers la neuvième heure, une lumière si éclatante environna l'autel et le temple, qu'il semblait qu'on fût en plein midi. A la même solennité, la porte orientale du temple,
(1) Josèphe, Bell. Jml. 1. 7. c. 12.
(2) Tacite, Hist.l. 15. c. 13.
qui était d'une grandeur démesurée et si pesante que vingt hommes pouvaient à peine l'ouvrir et la fermer, s'ouvrit d'elle-même vers la sixième heure de la nuit. Enfin, peu de jours après la même fête, il arriva un prodige si étrange, qu'il surpasse toute croyance, et que certainement, dit Josèphe, il semblerait une fable s'il n'était attesté par des témoins oculaires, et si les calamités qui le suivirent n'avaient confirmé de tels présages. Avant le couché du soleil, on vit, dans tout le pays, des chariots courant dans les airs, et des bataillons armés traversant les nues et campant autour de la ville.
Au milieu de ces événements surprenants, le gouverneur de Syrie, Cestius Gallus, vint camper sous les murs de Jérusalem. Il l'aurait prise sans peine, si [«lusieurs des siens n'avaient été corrompus par Florus ou bien s'il en avait poussé plus vivement le siège. Dieu ne voulait point, dit Josèphe, que Jérusalem lut prise avec tant de facilité. Cestius se retira inopinément. Les Juifs le suivirent de près, harcelant sans cesse - a arrière garde. S'étant engagé dans des défilés, il y perdit quatre mille hommes, trois cent quatre-v. 3 chevaux, avec son bagage et ses machines de guerre.
Les chrétiens de Jérusalem profitèrent de ce moment pour se retirer ailleurs. Jésus-Christ avait dit à ses disciples : « Quand vous verrez l'abomination de la désolation que Daniel a prophétisée, (que celui qui lit entende); quand vous la verrez établie dans le lieu saint, ou, comme il est dit dans saint M.nv, dan- le lieu où elle ne doil pai que ceux qui • t
dans la Judée s'enfuient dans les monta Saint
Luc raconte la même chose en d'autres termes : « Quand