‹ Catéchisme historiqueChapitre 128 sur 275 · PARTIE I. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE II

étaient proches et qui bientôt en furent comblés. Titus faisant une ronde vint à s'en apercevoir; frissonnant de la puanteur qui s'exhalait de ces monceaux de cadavres, il gémit, et, les yeux élevés vers le ciel, il prit Dieu à témoin que ce n'était point à lui qu'il fallait imputer de pareilles horreurs.

Quant aux factieux, ils continuaient leur train de vie. Ils entraient dans les maisons, non plus seulement pour piller les vivants, mais les morts, et, après les avoir dépouillés, ils s'en allaient en riant. Ils essayaient la pointe de leurs épées sur ces cadavres et quelquefois mèmesur ceux qui respiraient encore; mais si quelqu'un les priait de l'achever, ils se moquaient de lui. Rien ne semblait capable de toucher ces monstres. Il arriva cependant une chose qui leur fit horreur.

Une femme noble et riche d'au-delà du Jourdain so trouvait aussi à Jérusalem. Les séditieux lui prirent toutes ses richesses, et enfin même ce qu'elle avait caché de vivres. Outrée de douleur, elle les chargeait d'injures et de malédictions, faisant son possible pour les obliger à la tuer; mais aucun ne lui fit grâce. Enfin, n'en pouvant plus de faim et de désespoir, elle prit l'enfant qu'elle avait à la mamelle, et, le regardant avec des yeux égarés, lui dit: « Malheureux enfant! à quoi te i verais-je? à mourir de faim? à être esclave des Romains, ou à tomber entre les mains de ces factieux ? Deviens plutôt ma nourriture, deviens une furie pour ces tyrans, deviens l'objet d'un récit à jamais funeste et le seul malheur qui puisse s'ajouter encore au malheur des Juifs! » Elle dit, égorge son enfant, le fait rôtir, en mange la moitié et i ache '■• reste.

UicnLties sicaircs accourent, attirés par l'odeur de

ce mets exécrable ; ils menacent la femme de la tuer si cllf se refuse à le leur montrer. » Je vous ai gardé une bonne part, » dit-elle, et leur découvrit ce qui restait de son enfant. Us furent saisis d'horreur, et, regardant fixement, ils demeuraient immobiles et hors d'euxmêmes. — « C'est mon enfant, continua-t-elle; c'est moi qui ai fait ce que vous voyez : mangez-en, car j'en ai mangé, moi! Ne soyez pas plus tendresqu'une femme, plus compatissante qu'une mère. Que si vous avez la conscience trop timorée et que vous repoussiez la victime que je vous offre, eh bien! j'en ai mangé une moitié, j'aurai encore l'autre. »

Eux, pour toute réponse, s'enfuirent épouvantés.

Le nom de cette mère désespérée était Marie! et le nom de cet homme qui n'avait cessé de crier durant sept ans : Malheur à Jérusalem : malheur au temple, le nom de cet homme était Jésus! Jésus et Marie, noms de grâces, de miséricorde, de consolation, de salut pour les chrétiens ; noms de terreur, de calamités, de désolation pour les Juifs. Il y a en cela un grand mystère.

Cependant Titus, après de sanglants combats, avait emporté la dernière enceinte de la ville. Il s'approcha enfin du temple, fit une dernière mais inutile sommation aux Juifs. Après avoir vainement essayé d'ébranler les portes de la seconde enceinte, il fut obligé d'y mettre le feu, prenant tous ses soins pour ne pas endommager la partie intérieure de ce monument qui était la plus magnifique. Mais un soldat, poussé, dit Joseph.-, comme par une force surnaturelle, prit un tison ardent, et lf jeta par une fenêtre dans des chambres coi '.'",-. Aiissitôl il s'y alluma un horrible incendie. Avec le temple périt une multitude de toutes

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