PARTIE I. CHAPITRE I
étaient arrivés au Havre, où ils furent emprisonnés par la sentinelle qui exigea leurs passe-ports; Ton reconnut ainsi qu'ils étaient prêtres. On leur proposa de prêter le serment , avec promesse de leur faire des positions brillantes s'ils y consentaient. Mais ils s'y refusèrent énergiquement : « C'est précisément parce que nous avons refusé de prêter le serment que nous allons en exil. » A ces mots, la populace furieuse se mit à crier : « Ce sont là des prêtres obstinés, qu'on en finisse avec eux ; » et aussitôt deux d'entre eux furent fusillés. Les deux autres furent traînés sur les bords du fleuve voisin, on les menaça de les noyer, s'ils s'opiniàtraient plus longtemps à refuser le serment. Mais eux, sans se laisser effrayer, se contentèrent de répondre : « Notre conscience nous le défend. » — A ces paroles, on les précipita dans le fleuve, mais ils ne tardèrent pas à surnager. « Jurez donc, leur criait-on de toutes parts, et nous vous retirerons. » A moitié noyés, ils s'écriaient encore : « Non, nous ne le pouvons, nous ne jurerons pas. » Cependant on les retira de l'eau, et on les pressa encore de jurer; mais ils répondirent, quoique mourants, et respirant à peine : «Nous ne jurerons jamais.» A la vue d'une fermeté aussi inébranlable, le peuple entra comme en démence; on apporta de longues fourches pour repousser ces béros de la foi au fond du fleuve, et on les retint avec les fourebes sous les eaux jusqu'à ce qu'ils rendissent l'âme.
ce. Dans la forteresse de File de Rbé étaient retenus prisonniers onze cents prêtres qui n'avaient pas voulu prêter le serment impie. Longues et cruelles furent les vexations qu'ils eurent à souffrir; mais leur constance fut encore supérieure aux tourments. La chaleur de
fêté les étouffait. En hiver, un froid non moins rigoureux glaçait leurs membres; leur couche n'était qu'un peu de mauvaise paille. Ils étaient dévorés jour et nuit par la vermine; leur nourriture ne se composait que de pain noir et grossier, de viande malsaine et dégoûtante, que l'on remplaçait souvent par quelques haricots vieux et durs, ou quelques morceaux de morue gâtée et corrompue. Aussi, la plupart d'entre eux, parmi lesquels se trouvaient plusieurs vieillards, tombèrent malades et moururent bientôt par troupes nombreuses (Héros du christianisme en France, par André Reiss et Nie. Weis.).
e. Lorsqu'en 1790, la persécution contre les chrétiens éclata à Péking, capitale de la Chine, une femme, nommée Colombe, se consacra tout entière au service des confesseurs du christianisme. Le missionnaire de Péking, qui, deux années plus tard, courut de trèsgrands dangers, fut reçu chez elle, malgré les périls auxquels elle exposait sa vie. Elle le retint pendant longtemps, lorsqu'en 4801, Colombe elle-même fut faite prisonnière avec une autre femme nommée Agathe, et conduite devant le tribunal correctionnel. Elles confessèrent résolument Jésus-Christ, expliquèrent l'origine du monde, et réfutèrent les ridicules pratiques des Chinois. — Leurs juges admirèrent leur constance et L'étendue de leurs connaissances, auxquelles ils donnèrent de grands éloges; mais ces moyens de flatterie n'eurent aucun résultat. On les mit alors à la torture, et il n'y eut presque pas un genre de martyre qu'on ne leur lit endurer pour les forcer de renoncer au christianisme, el les contraindre à dénoncer les autres chrétiens. On leur arrachait les ongles, leurs corps étaient