PARTIE I. CHAPITRE I
couverts de blessures; mais au milieu de tant de cruautés, ils montraient toujours la même résignation chrétienne. Nulle plainte, nulle parole de murmure ne se faisait entendre. — Constance vraiment surnaturelle! Colorhbe avait aussi un fils nommé Philippe, qui fut fait prisonnier pour le nom de Jésus-Christ, mais qui était enfermé dans une autre prison; quelques paroles que la rigueur des tourments lui laissèrent échapper firent craindre pour sa persévérance. Un jour que la mère était conduite en présence du juge, elle rencontra son fils dont la faiblesse était parvenue à ses oreilles. Inquiète sur son sort, elle lui cria de toutes ses forces : « Mon fils, ne savez-vous pas que Jésus- Christ descend sur votre tète pour vous éclairer, . puisque vous êtes encore aveugle? » Le jeune homme, touché par ces paroles, sentit bientôt renaître son courage; peu de temps après, il mourait en martyr courageux et intrépide. La mère et la compagne de ses souffrances furent aussi condamnées à mort ; mais, pour elles ce fut une nouvelle qui les remplit de joie. La veille de leur exécution, elles montraient une joie et une sérénité dame telles qu'elles n'en goûtèrent jamais de plus grandes dans toute leur vie. Dans les premiers jours de juin, elles furent placées sur une charrette avec huit autres femmes chrétiennes, et conduites sur le lieu du supplice. Pendant le convoi, elles ne cessèrent de prier à haute voix. Quelques instants avant l'exécution, Colombe se tourna vers l'officier, et lui dit : « D'après les lois du pays, les condamnés, avant l'exécution, sont dépouillés de leurs vêtements; mais en agir ainsi avec des femmes serait chose inconvenante; allez donc trouver le chef des mandarins, et j)i endette de conserver i 3
nos vêtements. » Cette grâce leur fat accordée, ce qui leur causa une joie extrême. Colombe fit ensuite le signe de la croix, et présenta la première sa tète au bourreau (Ilerbst's, Excmpelb. I. 434).
f. Le 6 janvier 1833, une effroyable persécution éclata en Cocbincbine contre les Chrétiens : on mit tout en pratique pour les faire apostasier. Un mandarin inventa un tourment horrible et tout nouveau : c'était de faire porter la cangue. Au lieu d'en imposer à chacun, il en fit faire une de la longueur d'une échelle, qu'il fit porter au cou de sept à huit personnes de différente taille, afin qu'elle leur occasionnât un martyre continuel. Il fit, en outre, mettre devant eux des croix, des images et autres objets du culte catholique, que les chrétiens devaient fouler aux pieds en signe de leur apostasie. Quand ils s'y refusaient, les soldats devaient tirer la grande cangue, ce qui leur faisait souffrir d'indicibles tourments. Les chrétiens, pour ne pas marcher sur ces signes de leur religion, opposaient de la résistance, mais on les entraînait par force, et les infidèles poussaient des cris de joie lorsqu'ils les voyaient verser des larmes et accablés de douleurs. — Les persécuteurs inventèrent aussi un moyen pour découvrir les chrétiens. Sur toutes les routes du pays, se trouvent des employés, chargés de demander le passeport aux voyageurs.— Afin d'arriver à la découverte des chrétiens, on planta des crucifix non loin de la porte d'entrée de chaque station; lorsque les chrétiens paraissaient devant les employés, et qu'ils apercevaient les signes religieux, ils faisaient un détour pour ne pas être forcés de mar* cher dessus. On les faisait prisonniers, et on les livrait au martyre. De là vient que les chrétiens de ces contrées