PARTIE II. CHAPITRE II
laquelle durait souvent plusieurs heures, étaient si abondantes, que les yeux lui en devinrent malades jusqu'à lui faire tomber tous les cils (Vita Patr., tom. 1, 1, 5.). 3. Nous devons prier en esprit et en vérité (c'est-àdire dévotement). — a. Sainte Leutgarde avait coutume de dire qu'il fallait pour prier avec une vraie dévotion, imiter le patriarche Abraham. Lorsqu'il voulut immoler son fils, il laissa au pied de la montagne, son âne, ses serviteurs et tout ce qui n'était pas nécessaire au sacrifice, et il dit : a Lorsque nous aurons prié, nous reviendrons à vous. » Imitant cet exemple, sainte Leutgarde laissait de côté toutes les occupations et les soins de la famille, afin de pouvoir se livrer, sans distraction, à la prière; et elle sentait alors son cœur tout enflammé de l'amour de Dieu. — La même sainte disait encore que, pour bien prier, il fallait aussi imiter les Israélites. Lorsqu'ils sortirent de l'Egypte, ils virent tous leurs ennemis périr au milieu des flots delà mer Rouge, parce qu'ils voulaient les empêcher d'offrir, dans le désert, des sacrifices au vrai Dieu. Voilà pourquoi nous avons de l'eau bénite à la porte de nos églises. Elle est destinée à noyer, pour ainsi dire, toute pensée vaine et inutile qui nous distrairait dans la prière.
b. Saint François d'Assise avait trouvé im moyen assuré de conserver, pendant la prière, son esprit libre de toute préoccupation extérieure. Il avait coutume de dire, chaque fois qu'il entrait dans une église : (f Restez à la porte, pensées terrestres et frivoles jusqu'à ce que je sorte pour revenir à vous » Puis il priait Dieu, comme s'il eût été seul sur la terre. Tout entier à des pensée)! surnaturelles, sa dévotion était si parfaite que, dans cet état, il ignorait ce que c'était que d'être
distrait. En sortant, il reprenait ses occupations accoutumées (S. Bonav., in cjus vit.).
c. Saint Ludger, évêque de Munster, était tellement pénétré du respect que l'on doit à la majesté de Dieu pendant la prière, que, récitant un jour les petites heures avec ses prêtres, il punit l'un d'eux, parce que, peudantla prière, il était allé s'occuper du feu du foyer, qui répandait de la fumée dans la chambre, tant le saint avait en horreur la distraction dans la prière.
Le trait suivant sert encore à nous prouver combien ce même saint s'estimait heureux de s'entretenir avec son Dieu. L'empereur Charlemagne fit un jour appeler chez lui le saint évêque, au moment même où il était en prière. Le saint fit entendre au messager que, d'après son sentiment, il n'était pas obligé d'aboi «donner le Roi du ciel et de la terre, pour faire plaisir à un roi de la terre, et il continua sa prière. Le monarque le fit mander une seconde, puis une troisième fois, mais l'homme de Dieu ne se rendit à sa demande que lorsqu'il eut achevé sa prière. S'adressant alors au roi, qui déjà commençait à s'impatienter et à lui reprocher son relard : a Gracieux seigneur, luidit-il, lorsque vous me fites imposer le pénible fardeau de la dignité épiscopale, vous me recommandâtes de préférer le Souverain des souverains à tout le reste des hommes, voire moi-même à votre propre personne; comme j'avais alors audience auprès du Roi du ciel, je... mais sans le laisser achever, le roi l'interrompit amicalement et lui dit : «C'est moi et non pas vous qui vous êtes oublié*. Voua vous montrez bien, en toutes choses, tel que J6 désirais vous voir. ». \JJer. Berc, Hiat de L'Egl. V. 8).