PARTIE II. CHAPITRE II
parlât allemand, vous diriez que l'Allemagne est sa patrie; s'il parlait espagnol, vous diriez qu'il vient d'Espagne; s'il parlait anglais, vous diriez qu'il vient d'Angleterre, et vous le regarderiez comme un étranger qui tôt ou tard doit retourner dans sa patrie. Eh bien, enfants blasphémateurs, me comprenez-vous ? Vous êtes dans un pays chrétien et catholique, et vous n'en parlez pas la langue; je comprends, au contraire, que vous parlez celle de l'enfer. Je dirai donc aussi que vous ctes des étrangers, que l'enfer est votre patrie, et qu'un jour vous irez rejoindre ceux qui parlent comme vous » (G-uiïlois, 2e part.).
e. Une mère voyageait un jour avec sa fille âgée de quatre ans, enfant pieuse et craignant Dieu, et qui avait déjà de grandes connaissances sur Dieu et la religion. Un jour elles mangeaient à la table commune de l'aubergiste. A la partie supérieure étaient assis deux jeunes messieurs, qui proféraient avec ime effronterie et une grossièreté sans égale les plus horribles imprécations. La pieuse enfant commençant bientôt par s'inquiéter, jeta ses regards autour d'elle, afin de voir si personne n'aurait le courage de prendre la parole pour défendre son Dieu; mais tout le monde gardait le silence, bien que, sans doute, il se trouvât dans la société des personnes à qui un tel langage déplaisait. Enfin, ne pouvant plus se contenir, elle se leva, et, s'approchant d'eux, elle leur tint ce langage plein d'une douce sévérité : Cela n'est pas bien, on ne parle pas ainsi du bon Dieu. La rougeur monta au front des deux blasphémateurs, ce qui depuis longtemps ne leur était arrivé. Un vieillard qui se trouvait présent, prenant alors la parole, lui dit : « Oui, ma chère entant, tu *• raison, ce
n'est pas ainsi que Ton parle du bon Dieu » (Nach Kalender fur Zeit u. Ewigk).
f. Un pieux ecclésiastique voyageait souvent avec un cocher qui ne cessait de proférer des jurements. Plusieurs fois le prêtre l'avertit de ne pas ainsi profaner des noms que les chrétiens ne prononcent jamais qu'avec respect; mais c'était en vain. Un jour, sur le point de monter en voiture, il lui dit : a Si aujourd'hui vous ne jurez pas, je vous donnerai une pièce de vingt sous quand nous serons arrivés à la maison. » Cette fois le cocher ne jura point, car, pensait-il en luimême, la pièce vaut mieux que mes jurements. Lorsqu'ils furent de retour, le prêtre tint parole, mais il ajouta d'un ton sévère : « Vois-tu cette monnaie, c'est ton Dieu, tu as plus fait pour moi à cause d'elle que tu ne fais par amour pour Dieu. Tu peux tout pour de l'argent; pour ton Dieu, rien. Réfléchis où va te conduire une semblable vie. » — Dès ce jour, on n'entendit plus jamais blasphémer le cocher (Nach. Lefonsfi'àcteauf Siiia'i),
g. Plusieurs individus se trouvaient un jour réunis dans une auberge, où ils blasphémaient et déshonoraient le nom de Dieu par l'impiété de leurs discours. L'un d'eux surtout paraissait surpasser tous les autres par son audace et sa pétulance : l'aubergiste, qui était un vrai chrétien, s'approcha de la muraille et prit le crucifix qui y était suspendu pour l'emporter hors de la chambre. Saisis d'étonnement, ces impies se turent, et l'un d'eux demanda à l'aubergiste pourquoi il enlevait le crucilix: parce que, répondit-il avec énergie, il ne convient pas que celui-ci vous entend*. — Les hôtes stupéfaits se hâtèrent de vider leurs verres et se retirèrent en silence.