PARTIE II. CHAPITRE II
Dieu, et que les vertus et l'esprit chrétien qui doivent y fleurir, sont les caractères de son règne spirituel. — C'est dans ce sens crue le Sauveur , donnant le nom de royaume de Dieu aux sentiments de vertu et de charité chrétienne qui doivent régner dans le cœur de l'homme, il le compare à un levain qu'on mêle dans trois parts de farine pour qu'il se communique entièrement à toutes trois. On peut comparer à ces trois parts de farine, les trois principales facultés de l'homme, l'intelligence, le sentiment et la volonté , dans lesquelles le royaume de Dieu doit venir totalement s'établir. Par l'intelligence, l'homme parvient à la connaissance de la loi du royaume de Dieu ; par le sentiment ou par le cœur, il arrive à l'amour de cette loi, et par la volonté, il l'accomplit. Faire régner le royaume de Dieu dans le cœur, fonder sur les ruines de l'erreur et de l'égoïsme la souveraineté de la vérité et de l'amour, telle était la tâche principale des prophètes de l'ancien Testament, et dans le nouveau, celle du Sauveur et des apôtres ; c'est à elle aussi que se sont voués les successeurs des apôtres et les messagers zélés de la foi à travers tous les âges du christianisme. Car les vrais propagateurs du royaume de Dieu ne font pas comme les Pharisiens, lesquels ne se proposaient d'autre but que d'attirer à eux un grand nombre de prosélytes sans s'occuper beaucoup du renouvellement intérieur des nouveaux convertis. Les généreux successeurs des apôtres travaillaient et travaillent encore à étendre le royaume de Dieu, non-seulement au dehors mais encore au dedans, non-seulement à augmenterles membres de ce royaume (c'est-à-diiv de l'Eglise) d'une valeur purement numérique, mais ils s'efforçaient encore d'ajouter à leur prix et à leur valeur.
On peut appliquer ici la plupart des exemples que nous avons rapportés dans la demande précédente , en parlant du zèle qu'il faut avoir pour la glorification du nom de Dieu et la conversion des pécheurs. — Nous en ajouterons seulement quelques-uns qui se rapportent plus particulièrement à celle-ci :
a. Lorsque l'empereur Héraclius, revenant d'un voyage à Jérusalem, passa par Néapolis, l'ancienne Sichem, il alla demander l'hospitalité à un juif extraordinairement riche, nommé Benjamin, dont il reçut le plus magnifique accueil. Pendant le repas arrivèrent des délégués des chrétiens de Néapolis , qui se plaignirent amèrement des mauvais traitements de tout genre dont ils étaient l'objet de la part du juif Benjamin, qu'ils dépeignirent comme l'eimemi le plus acharné et le plus implacable du nom chrétien. — Benjamin, interrogé par l'empereur, ne nia point le fait, mais il déclara que, d'après les principes de sa religion, il se croyait obligé en conscience de persécuter îes successeurs du fondateur du christianisme, comme ses pères à Jérusalem en avaient persécuté le fondateur lui-même. A l'instant, l'empereur prononça son jugement, mais un jugement digne de la sagesse de Salomon. 11 lui accorda quelque temps pour se faire instruire des vérités fondamentales de la religion chrétienne dont il se croyait obligé de persécuter les membres. Un chrétien pieux et éclairé, converti lui-même du judaïsme à la foi en Jésus-Christ depuis peu d'années, fut chargé d'initier le juif Benjamin aux vérités du salut. — Dieu bénit son ouvrage; Benjamin ouvrit les yeux, se fit baptiser, devint un chrétien dans le vrai sens du mot, et resta toujours fidèle à la grâce qui l'avait secouru d'un©