‹ Catéchisme historiqueChapitre 231 sur 275 · PARTIE II. CHAPITRE II. A · texte numérisé non relu

PARTIE II. CHAPITRE II. A

petite sœur, » et il retourna croupir derrière le fourneau.

» Une demi-heure après le père arriva, et jetant sur sa femme un regard qui trahissait un profond abattement : « Nous sommes vraiment bien malheureux, Thérèse, s'écria-t-il, toute la matinée je suis à attendre au chemin de fer et je n'ai pas encore gagné un kreuzer. Je voudrais mourir ! Je ne sais plus que faire ! » — Et Tentant répéta de nouveau : « Mon père, j'ai cruellement faim ! N'as-tu pas apporté du pain ! » A ces paroles, le père jeta sur lui un regard si terrifiant que l'enfant effrayé se hâta d'ajouter : « Mon père, je ne veux plus le faire! »

» A la vue de sa petite fille couverte d'une pâleur mortelle et sur le point de rendre le dernier soupir, il allait lui-même rendre l'âme, car son cœur était en proie à une douleur désormais insupportable. C'était en vain qu'il cherchait un moyen d'échapper à la misère. — Enfin il ajouta : Je ne sais plus d'autre moyen que de vendre notre charrette au premier encan. — C'était le seul instrument dont cet ouvrier se servait pour gagner sa vie.

» Chaque vendredi, sur la place publique d'Anvers, a lieu un encan où chacun est libre d'apporter ce qu'il veut. Il remit sa charrette au crieur public et attendit patiemment que son tour arrivât. Au même instant, deux riches dames passant sur le marché, l'une d'elles dit à sa voisine : « Voyez comme cet homme-là paraît triste et abattu! » Puis, restant debout non loin de lui, elles L'entendirent raconter à un inconnu le motif qui le forçait à cette extrémité ; et ainsi elles apprirent sa position déplorable. — Après s'être concertées sur

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ce qu'elles allaient faire, elles décidèrent qu'elles achèteraient la charrette, qui leur échut pour 25 fr.

» Cette singulière aventure jeta tout le monde dans lYtonnement, on ne put s'empêcher de rire en voyant deux femmes si distinguées acheter une charrette. Elles payèrent sur-le-champ et prièrent le propriétaire de la leur emmener, l'assurant qu'il serait payé à part. — Il s'y refusa d'abord, alléguant une affaire pressante. Il voulait en effet aller vite acheter quelques vivres pour sa famille affamée. — Mais les deux dames s'étant informées où il demeurait, elles déclarèrent qu'il ne ferait point de détour, attendu que c'était précisément dans cette direction qu'il fallait emmener la charrette. Tl accepta enfin. Mais il dut encore s'arrêter souvent pendant sa route, en attendant que les deux dames eussent acheté des pommes de terre, du pain, du bois et un pot de riz qu'elles déposèrent sur la charrette.

» Lorsqu'ils furent arrivés près de la demeure de leur créancier, celui-ci, croyant qu'il serait obligé d'aller encore plus loin, ôta son chapeau et dit aux deux dames : « Permettez que j'entre ici seulement quelques instants; » mais elles le suivirent dans la chambre où elles purent alors être témoins de la misère affreuse qui y régnait.

» La mère était étendue sur le plancher, on l'eût dit morte ; quant au petit garçon, il criait de toutes ses forces : « Mère, donne-moi à manger, donne-moi à manger! » L'homme, croyant sa femme morte, commença par pousser des cris lamentables, mais l'une des dames lui donna de l'argent et l'envoya chercher du vin. Ils en versèrent dans la bouche de

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