PARTIE II. CHAPITRE II
menant une vie très-austère,, fut néanmoins tourmenté dans sa retraite par de violentes tentations contre la pureté; son imagination, comme il récrit lui-même, lui rappelait les images du temps passé, et lui représentait les délices de Rome ; il s'efforçait d'étouffer ces pensées qui le poursuivaient de temps en temps, par des idées puisées dans la religion ; souvent il se prosternait en esprit aux pieds de Jésus-Christ, et les arrosait des larmes qui coulaient de ses yeux. Il lui arriva de passer des jours et des nuits entières à implorer sa miséricorde, et à se frapper la poitrine jusqu'à ce que Dieu eût calmé la tempête de ses passions et lui eût rendu le repos après lequel il soupirait. — Quelquefois il lui arrivait de rougir devant sa propre cellule, comme si elle eût su qu'il s'était enfui dans une sombre vallée ou dans un rocher désert à cause de ses passions impures, pour y châtier son corps et se vouer à la prière. Puis le calme renaissait dans son cœur et il lui semblait qu'il unissait ses cantiques de louange aux chœurs des anges. Il redoublait alors ses macérations et ses jeûnes auxquels il ajoutait des occupations d'esprit très-astreignantes. Afin de dompter les mouvements impétueux de sa nature par des travaux intellectuels, il se mit à l'étude de la langue hébraïque que lui enseignait un juif retiré dans le désert et qui avait embrassé le christianisme. Souvent aussi il pensait au dernier jugement, et à chaque instant il s'imaginait entendre la trompette qui lui criait : « Jérôme, viens au jugement! » (S. Hier. ep. 22 ad Eustoch.).
c. Saint Antoine l'ermite, interrogé par ses élèves qui lui demandaient quelles étaient les armes dont il fallait se servir dans les tentations : « Croyez-moi, mes
frères, leur répondit ce vieillard expérimenté, Satan tremble devant les veilles nocturnes des âmes pieuses ; il redoute le jeûne, la prière, la pauvreté volontaire, la commisération chrétienne, la vraie humilité ; mais par-dessus tout l'amour ardent de Jésus-Christ, — et le signe de la croix est déjà à lui seul assez puissant pour le désarmer et le mettre en fuite» (S. Athanas. Vita S. Anton.).
d. Un jour un ermite demandait à un vieillard : a Que me faudra-t-il faire, mon père, quand je serai tourmenté par des pensées impures? » — Le vieillard lui fit cette réponse : « Vous penserez à la mort et aux peines éternelles réservées aux pécheurs dans l'autre vie. Cette prière opérera comme une médecine amère et vous fera perdre le plaisir que vous goûtez dans des pensées impures » {Vie des Pères du désert).
e. Saint Bernardin écrivait cette belle pensée : « Réfléchissez bien, combien est faible l'ennemi de votre âme, puisqu'il ne peut vous vaincre sans que vous le vouliez. A la vérité, il peut faire naître en vous des tentations, mais il dépend de vous de donner ou de refuser votre consentement; il est en votre pouvoir de vous assujettir tellement votre ennemi, qu'il soit forcé par ses tentations, à augmenter le nombre de vos mérites » (S. Bern. S. 5. in quadrag.).
/'. Le même saint raconte qu'un jour, quatre d'entre les plus vertueux des frères de son ordre se concertaient sur les moyens à prendre pour résister aux tentations de l'impureté. — Le premier posait cette question : a Que faites- vous, mes frères, quand vous êtes tourmentés par des tentations contre la chasteté? » Le second répondit qu'il réfléchissait sur l'énormité de ce