Les maux temporels sont souvent très-utilesau salut
• PARTIE n. CIIAriTRE II. 4S7
a. Saint Ignace a fait lui-même l'expérience de cette vérité. — Lors du siège de la ville de Pampelune en Espagne , un boulet de canon fit à la jambe de ce valeureux guerrier une blessure si grave, que les médecins desespérèrent presque de sa guérison. Cet événement tourna au salut de son âme. Pendant son indisposition qui dura longtemps , ayant demandé des ' romans à lire, le basard ou plutôt la Providence voulut qu'il ne s'en trouvât pas un seul dans le château de Loyola. On lui donna en place une Vie de Jésus-Christ et la Fleur des Saints. Quelque ennuyeuses que lui parussent ces lectures, il finit par y prendre goût. Bientôt la pensée de l'amour incomparable d'un Dieu, et les méditations sur les vertus des saints, lui firent verser des larmes. Il vit avec effroi la grandeur de ses égarements, il pleura d'avoir couru avec tant d'empressement après les vanités du siècle et d'avoir négligé le salut de son âme. Ignace s'était mis au lit, pécheur froid et indifférent, il en sortit bientôt pénitent austère pour devenir un des plus illustres serviteurs de Dieu. (Sa rie).
b. Saint Servulus était paralytique dès son enfance, et ne pouvait faire aucun mouvement, ni des pieds ni des jambes, encore moins rester assis ou couché sans éprouver de grandes douleurs. Dans cet état, il remerciait le Seigneur son Dieu de lui avoir donné l'occasion de faire son salut. Il bénissait les conseils de la Providence et chantait à certaines heures déterminées du jour des cantiques de louanges et des psaumes à la gloire de Dieu (S. Greg. M. Dial. i. 5.).
c Saint François Xavier qui prêchait l'Evangile dans les Indes, ayant érigé des -croix sur presque tous les
chemins, un païen vint à passer devant Tune d'elles, qui lui tomba sur une épaule et lui fit une grave blessure. C'était là sans doute un fait purement fortuit et qui ne tenait nullement du prodige, car un violent orage qui régnait en ce moment avait creusé la terre où la croix se trouvait enfoncée, et le plus léger vent aurait suffi pour l'abattre. Cependant le païen prit la chute de cette croix et la blessure qu il venait de recevoir comme un avertissement à embrasser le christianisme ; ce qu'il fit en effet dès qu'il fut guéri de son indisposition. — C'est ainsi que souvent des malheurs inattendus fondent sur des chrétiens lâches et morts entièrement à la vie de la grâce. Heureux quand ils y voient un avertissement qui les presse à devenir des chrétiens plus fervents (fferbs't. Exempb. u. 284.).
d. Le baron de Géramb s'étant attiré la haine des Français par ses liaisons avec la maison impériale de l'Autriche, il fut pris et conduit à Vincennes, où il fut tenu prisonnier jusqu'à ce que le triomphe des alliés vint lui rendre la liberté. Sa captivité le fit rentrer en lui-même et embrasser la carrière sacerdotale, qu'il parcourut plus tard en menant une vie exemplaire; car dès qu'il eut recouvré la liberté, il dit adieu au monde et entra dans Tordre des trappistes. Voici ce qu'il écrit lui-même à ce sujet : « Je suis devenu trappiste, parce que ma longue captivité dans la tour du château de Vincennes, et mes barreaux de fer. m'ont appris mieux que tous les livres, que tous les amis s'enfuient et se retirent quand nous sommes dans le besoin <•! qu'une fortune ennemie menace de nous anéantir ; j'y ai appris que nous n'ayons qu'un véritable ami, nulle Sauveur, qui jamais ne nous abandonne.