‹ Catéchisme historiqueChapitre 43 sur 275 · PARTIE I. CHAriTRE II · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAriTRE II

que nous ne disions ni ne fassions rien qui soit indigne de Dieu, notre Père. {Lohn. Bibl. I. 066).

k. Le saint abbé Romuald exerçait par sa seule présence un si grand ascendant sur les esprits, que Reinert, duc de Florence, avait coutume de dire qu'il craignait plus les regards du saint que la présence de l'empereur romain assis sur son trône. Personne n'aurait osé dire en sa présence une parole seulement inconvenante, et lorsqu'il rencontrait par basard quelque pécbeur grossier, son regard le terrifiait au point que la rougeur lui montait au front. — Si telle était la puissance du regard d'un saint bomme, combien la pensée que l'œil de Dieu est continuellement fixé sur nous ne devraitelle pas agir avec force sur notre âme et nous inspirer l'horreur du péché. (S chus, Handb. I. 60).

2° La pensée que Dieu sait tout et qu'il est partout doit nous exciter au bien.

a. La pensée que l'œil de Dieu voit tout ce que l'homme fait en secret, excitait et portait le vieillard Tobie, ce héros de l'amour du prochain, à ensevelir les morts pendant la nuit (Tob. 2). — La sainte Vierge Marie, le charpentier Joseph, les pieux bergers de Bethléem , le vieillard Siméon et Anne , se contentaient de servir le Seigneur dans le silence et l'éloignemcnt, tandis que les pharisiens aspiraient à être loués des hommes et se plaisaient à étaler aux yeux du public leur apparente vertu.

b. Saint Nicolas avait entendu dire qu'un noble nommé iv-tura, lequel était tombé dans une grande pauvreté, avait résolu, afin de subvenir à sa misère, de

livrer pour de l'argent ses trois filles au crime et à la débauche. Par une nuit obscure, il se rendit auprès de la maison de ces nécessiteuses et jeta par la fenêtre un sac rempli de pièces d'or destinées à faire une position honorable à la plus âgée des trois filles. — Il en fit autant la seconde et la troisième nuit, mais il fut aperçu par le père qui voulait absolument savoir quel était ce bienfaiteur inconnu. Néanmoins Nicolas ne voulut pas qu'il le fit connaître, mais il se jeta à ses genoux et le pria instamment de ne parler à personne de ce qu'il avait fait. — Ce généreux disciple de Jésus se ressouvenait de ces paroles {Matth. 6) : « Quand vous faites l'aumône, que votre main gauche ignore ce que donne votre droite. Ainsi votre aumône restera cachée, et votre Père, dont le regard pénètre dans les plus profondes ténèbres, vous en récompensera un jour publiquement. »

c. Sainte Elisabeth, princesse de Hongrie et comtesse de Thuringe, passait souvent une grande partie de la nuit en prière, et, de jour, visitait la demeure des pauvres ou des malades aussi secrètement que possible; partout où elle le pouvait, elle portait ses secours et ses consolations, sans vanité ni ostentation. Il n'était pas rare qu'elle s'enfermât seule dans sa chambre pour filer de la laine pour les pauvres et pour leur préparer des vêtements.

d. Il est dit de sainte Hedwige, duchesse de Pologne et de Silésie, qu'elle se faisait souvent préparer un Ut somptueux et délicat, et qu'elle prenait son repos sur une planche ou sur une misérable paillasse. Souvent il lui arrivait <lc laver en secret les pieds des lépreux et de baiser leurs blessures.

e. a Nous devons nous comporter toujours, dit Sô-

PABTIE I. CHAPITRE II. 91

nèque, comme si nous avions des témoins de chacune de nos actions, penser comme si Ton pouvait lire dans le fond de notre cœur. A qu@i sert-il que les hommes ignorent ce que nous faisons? Rien n'est caché aux yeux de Dieu; il est proche de notre esprit, et habite au milieu de nos pensées. » (Senec. Ep. 83).

/. On ht dans les œuvres de saint Chrysostôme: a Si nous dirigions sans cesse notre esprit vers Dieu, et que nous l'eussions continuellement à la pensée, tout nous deviendrait facile, nous paraîtrait supportable, et nous nous sentirions toujours assez de force pour entreprendre quoi que ce fût. » (Chrys. Hom. 26).

S. La pensée que Lieu sait tout et est partout doit nous consoler dans les souffrances et les tribulations.

a. Lorsque Jacob quitta la maison de son père pour entreprendre son voyage en Mésopotamie, il aurait dû sans doute être dans l'inquiétude, puisque c'était là le premier voyage qu'il faisait; cependant, devant un jour passer la nuit en plein air, Dieu le consola par la vision de l'échelle qui montait jusqu'au ciel, et lui dit entre autres choses: « Je serai ton protecteur partout où tu porteras tes pas, et te ramènerai dans ta patrie. » — Job, dans ses souffrances, se vit abandonné par sa femme, et accusé par ses amis de pécher secrètement; mais la pensée que Dieu lisait dans le fond de son cœur le consolait ; car il disait : a Mon témoin est dans le ciel, et celui qui connaît le fond de mon cœur habite en ces lieux sublimes. » (Job. 46, 20). — Lorsque la pieuse Susanne se vit condamnée à mort, elle récita à haute voix cette prière: a Dieu éternel, qui pénétrez

ce qui est le plus caché, et qui connaissez toutes choses avant même qu'elles fussent faites, vous savez qu'ils ont porté contre moi un faux témoignage, et cependant je meurs sans avoir rien fait de ce qu'ils ont inventé si malicieusement contre moi. » (Dan. 13. 42-3).

Confiant en la présence de Dieu, Moïse abandonna l'Egypte, c'est pourquoi saint Paul écrit à son sujet {Red. 11, 27): a C'est par la foi qu'il quitta l'Egypte, sans craindre la fureur du roi, car il demeura ferme et constant comme s'il eût vu l'Invisible. »

La pensée que Dieu connaissait son innocence, consolait David, condamné à errer de pays en pays comme un proscrit et un criminel. — Contraint, dans la suite, d'avouer qu'il était environné de maux innombrables, 11 ne laissait pas néanmoins de se confier au Seigneur, et de s'écrier: « Le Seigneur est proche de ceux dont le cœur est affligé, et il sauvera les humbles d'esprit. » (Ps. 39. 13, 33. 19, et 22. 4). Ailleurs il dit: a Et, quand je marcherais au milieu des ténèbres de la mort (c'est-à-dire, quand même je perdrais la lumière des yeux, et que je ne verrais plus aucun de mes amis autour de moi), je ne craindrais rien cependant, parce que vous m'assistez de votre secours. » — Les apôtres, lorsqu'on les poursuivait comme des malfait eurs, se consolaient aussi par la pensée que Dieu connaît toutes choses; au milieu de leurs souffrances, ils se rappelaient sans cesse ce que Dieu leur avait dit avant de monter au ciel (Matt. 28): « Voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles. » — Quand on accusait les premiers chrétiens de tous les crimes imaginables, ils se rassuraient par la pensée que Dieu connaissait leur innocence.

Page 1