PARTIE I. CHAPITRE I
n'ayant pas voulu accéder aux désirs des païens, fut chargée de chaînes pesantes et conduite sur la place publique. Tous les spectateurs pleuraient de compassion à la vue de cette jeune vierge, mais elle marcha au devant de la mort avec un visage serein, et en chantant des psaumes. Le bourreau lui-même reculait saisi d'effroi et se refusait à moissonner celle que lui-même appelait une tendre fleur des champs. Mais cette intrépide héroïne l'encourageait en lui disant : « Ne laissez pas pins longtemps dans l'attente mon époux qui est au ciel; je veux aller à lui, je le veux. Voyez l'ardeur de mon désir, prenez compassion de moi. » Et, présentant sa tète au glaive, elle reçut avec joie le coup de la mort, l'année 304 de Jésus-Christ (Bollancl. 21 janv.).
I. Agricola, gouverneur de Sébaste en Arménie^ ayant reçu ordre de Licinius, qui était hostile aux chrétiens, de les persécuter, fit venir chez lui tous ceux qui croyaient en Jésus-Christ. Les premiers qiû comparurent furent quarante soldats distingués par leur conduite et par leur valeur. Interrogés s'ils étaient chrétiens, ils furent inébranlables à confesser leur foi, et déclarèrent qu'ils étaient prêts à tout, même à supporter la mort la plus douloureuse, plutôt que de renier leur croyance. Le gouverneur eut d'abord recours aux flatteries et aux promesses pour ébranler leur fermeté; mais comme ces moyens ne lui réussissaient pas, il les fit battre de verges, et, le corps meurtri de blessures, exposer tout nus sur la glace. Il fit placer à proximité un bain chaud où il leur serait loisible d'aller se réchauffer, s'ils venaient à faiblir dans leur résolution. Des soldats faisaient la garde autour de l'étang et à coté du bain. Lorsque les quarante confesseurs lurent dispo-
ses sur la place, ils firent à haute voix cette prière : « Nous voici quarante soldats entrés sur le champ de bataille, faites aussi, Seigneur, que les quarante obtiennent la couronne du triomphe. — Notre nombre s'élève à quarante, c'est là un nombre honorable, car vous l'avez rendu célèbre par votre jeûne de quarante jours. » Le garde avait sans cesse les yeux fixés sur eux, lorsque tout-à-coup il vit descendre du ciel un ange qui plaça une couronne sur la tète de trente-neuf. Un seulement n'en reçut point. Comment, se dit à luimême le garde, ils sont quarante; il n'y a donc pas de couronne pour le quarantième! Il venait à peine de prononcer ces paroles, lorsque l'un d'eux, sortant de la glace, se dirigea vers le bain. Dieu voulut néanmoins exaucer leur prière; le nombre quarante resta complet. Le garde, frappé de ce qui venait de se passer, se déclara chrétien, ôta ses vêtements et se joignit aux trenteneuf martyrs pour obtenir la quarantième couronne. Le lendemain, on mit les corps ctes martyrs sur un chariot pour les brûler dans un bûcher. Un d'eux, le plus jeune, respirait encore. Les bourreaux le laissèrent, dans L'espérance qu'on pourrait le faire changer, mais sa mère le prit entre ses bras et le plaça elle-même sur la voiture en lui disant: « Va, mon fils, va, achève cet heureux voyage avec tes compagnons, afin que tu ne sois pas privé plus longtemps de la vue de ton Dieu. » Il fut fidèle aux exhortations de sa mère, et tous les quarante furent consumés par les flammes (1) (Stolb. Relig.Gesch. Th. 2.).
(1) Comme nous troiivnn% dans les collections de Légendes et dans le Bréviaire, qovtfté d'exemples de ce genre, nous \ renvoyons pour plus de brièveté. — Voir, en outre, le troisième volume de cet ouvrage.