‹ Catéchisme, ou, Introduction au symbole de la foi (volume 2)Chapitre 2 sur 130 · V.e DIALOGUE · texte numérisé non relu

V.e DIALOGUE

De C humanité de notre Sauveur Jésus-Christ.

Le Catéchumène. J e voudrois bien qu'il vous plût de commencer par la partie qui par l'ordre de la doctrine doit être traitée la première, savoir, comment il est possible que Dieu notre Sauveur soit Dieu*et homme tout ensemble.

Le Docteur. Vous savez bien que rien n'est impossible à Dieu , sinon seulement ce qui implique contradiction , comme être et non être ; et puisqu'en ceci il n'y a point de contradiction, nous n'avons point de sujet de douter de la puissance de Dieu. Nous confessons bien qu'il a pu assembler en un sujet deux choses aussi différentes, comme l'âme (qui est une substance spirituelle, telle que les anges) avec une chose aussi matérielle qu'est le corps humain. Pourquoi n'avouerons-nous pas aussi qu'il a pu joindre ensemble deux natures, la divine et l'humaine en une même personne? Et comme l'âme et le corps ne sont pas deux hommes, mais un seul; de même la nature divine et la nature humaine unies en une même personne , ne font qu'un seul Jésus-Christ. Nous avons un exemple de ceci bien palpable dans un arbre enté , dont une branche est d'une espèce , et une autre est d'une autre. Encore que ces branches soient de différentes natures, nous ne disons pas pour cela que ce

soient deux arbres , mais un seul , parce qu'elles n'ont qu'une seule racine , et un même tronc qui les nourrit toutes deux; de même, bien qu'en Jésus-Christ noire Sauveur il y ait deux natures , la divine et l'humaine; il n'y a pas pour cela deux Jésus-Christ, mais un seul , parce que la personne divine qui soutient les deux natures, est une.

Le Catéchumène. Je suis satisfait de cette raison de la toute-puissance de Dieu , et de cet exemple , lequel bien que tiré d'une chose matérielle , ne laisse pas à nous autres qui sommes grossiers et matériels , de nous faire assez bien comprendre la raison de ce mystère. Je voudrois donc qu'il vous plût maintenant de commencer à parler de la gloire qui est enfermée sous cette figure si humble de notre humanité.

Le Docteur. J'en suis fort content. Mais il faut auparavant que je vous remette en mémoire ces paroles que notre Sauveur dit aux disciples de saint Jean- Baptiste : Bienheureux celai qui ne se scandalisera point de moi; c'est-à-dire , bienheureux celui qui voyant la bassesse de mon humanité , la pauvreté et l'austérité de ma vie, et l'ignominie de ma mort, ne laissera pas pour cela de connoître la gloire de la divinité, qui sera enfermée sous le voile de cette humanité. Toutes ces choses scandalisèrent et firent errer les infidèles , et furent cause qu'ils ne connurent ni ne reçurent notre Sauveur, leur ayant semblé que toutes ces bassesses étoient indignes de cette majesté suprême. Mais afin que vous n'en soyez pas troublé aussi -bien qu'eux, je veux vous faire voir que tant

s'en

s'en faut qu/il y ait en ceci de l'ignominie , qu'au contraire il y a une très-grande gloire. Et lorsque votre esprit sera bien confirmé dans la connoissance de cette vérité, nous parlerons aussi de ce qui doit émouvoir la volonté , la porter à l'amour de ce Seigneur , et à l'admiration de ce mystère.

Je commencerai mon discours par la première de ces trois choses ; et vous ferai voir que ce n'a pas été une chose indigne du Fils de Dieu, qu'il se soit joint à notre humanité , mais bien au contraire qu'elle lui a été très-glorieuse. Pour mieux entendre ceci , souvenez-vous qu'en notre dernière conférence je vous ai prouvé par les autorités de l'Ecriture , la divinité de Jésus Christ notre Sauveur, et que je vous ai fait voir que les prophètes avoient mis en lui deux naissances (Mick* 5), l'une de toute éternité, dans laquelle il est né du Père , et l'autre temporelle , où il est né de la Mère ; et que c'est pour cela que nous le reconnoissons Dieu et homme, Dieu de toute éternité, et homme dans le temps. Je vous demande si à présent qu'il a plu à Dieu de joindre à soi dans une même personne cette humanité sacrée , par une si étroite union et par des liens si forts, qu'on peut dire avec vérité, que Dieu est homme , et que l'homme est Dieu , quelles richesses et quelles grâces il vous semble qui furent conférées à cette humanité, lorsqu'elle fut élevée au plus haut et au plus parfait être , et à la plus grande dignité v. C

et la plus haute gloire que la toute-puissance de Dieu peut donner?

Le Catéchumène. Il étoit certes bien juste que toutes les «races et toutes les excellences qui étoient dans les trésors divins , et que toute la gloire que l'esprit humain et angélique peut concevoir , fût communiquée à cette humanité élevée à un être si haut et si

parfait.

Le Docteur. Vous dites bien; aussi est-ce la façon d'agir de Notre-Seigneur , lorsqu'il emploie quelque personne pour exercer des offices ou des dignités , de lui donner très- parfaitement tout ce qui est nécessaire pour en faire les fonctions : et si on disoit autrement , ce seroit marquer du défaut dans les œuvres de Dieu. Ainsi lorsqu'il fit choix des prophètes , pour réprimer les péchés de son peuple , il les fit très-saints et exempts de péché. Jérémîe fut sanctifié avant sa naissance dans le ventre de sa mère {c. i ) ; et un séraphin fut envoyé à Isaïe , qui lui nettoya les lèvres avec un charbon de feu ardent , pris sur l'autel de Dieu. Il leur donna avec cela delà force et du courage , pour ne craindre ni la mort ni la haine, ou la persécution de ceux dont ils reprendroient les vices, de sorte que l'un deux eut la hardiesse de dire {Midi. c. 3 ) : /e suis rempli de la force de l'esprit du Seigneur 9 de jugement et de vertu , afin d'annoncer à la maison de Jacob ses iniquités et ses péchés, lit dans le nouveau Testament, quelles grâces ne furent point données aux apôtres pour prêcher l'Evangile , et pour planter la foi dans le monde? Qu'y a-t-il de plus ad-

inirable que cette descente du Saint-Esprit sur eux , en forme visible? et que de leur avoir donné la connoissance des langues , afin qu'ils le prêchassent dans toutes les langues du inonde? Voilà quelle est la conduite ordiuaire de Dieu, afin que ses œuvres soient très-parfaites , comme il est très-parfait.

Dieu ayant donc fait choix de cette sacrée humanité, pour l'effet que nous venons de dire, il étoit bien juste sans doute qu'il lui donnât tout ce qui étoit nécessaire pour une dignité si relevée. Si un roi se marioit avec une simple demoiselle , comme fit le grand roi Àssuérus avec Esther , il est bien certain qu'avec la dignité de reine , il lui donneroit tout ce qui appartient à cette dignité royale. Or, le Fils de Dieu ayant épousé cette sainte humanité avec une bien plus étroite union que n'est celle des personnes conjointes par le mariage , il y alloit de sa gloire de l'élever et de l'enrichir de toutes les grâces qui pouvoient contribuer à un si digne effet. Nous disons donc que les richesses , les trésors et la puissance furent si grands, que les dons , les grâces et la beauté qui furent conférées à cette épouse du Roi souverain , furent si abondantes, que si nous mettions d'un côté les beautés de tous les anges , de tous les chérubins et de tous les séraphins , et de tout ce que Dieu a créé, ou qu'il peut créer par son infinie puissance au ciel et sur la terre; et de l'autre côté , cette sacrée humanité toute seule , nous trouverions en elle seule de plus grandes richesses , sans comparaison , de plus grandes grâces , plus de dignité et plus de beauté qu'en tout le reste ensemble»

Je dis bien davantage , que toutes ces grâces et toutes ces beautés créées ne paroîtroient pas plus auprès de celle de la sacrée humanité , que les étoiles en la présence du soleil. Cette vérité ne pouvant recevoir de doute, vous voyez bien que non-seulement ce n'a pas été une ignominie , mais au contraire une trèsgrande gloire, que la divinité du Verbe se soit jointe à notre humanité, quoique très-vile et très-basse par la condition de sa nature; car c'est en ceci qu'elle a fait paroître la grandeur de sa puissance , élevant par sa grâce en un si haut point d'excellence ce qui étoit si bas par sa nature. Le saint roi et prophète avoit bien prévu ceci en esprit , et c'est ce qui lui avoit fait dire ( c. 92 ) : Le Seigneur a régné , il s'est revêtu de beauté , et s'est ceint de vertu. Et nous tirons nécessairement toutes ces conséquences après avoir prouvé ., comme nous avons fait, et bien établi la divinité du Messie.

Ajoutez encore à ceci , que si Notre-Seigneur en prenant notre humanité avoit cessé d'être celui qu'il étoit, ou s'il avoit acquis quelque chose de ce qu'il n'avoit pas , ou enfin s'il avoit en quelque manière que ce soit été contraint de faire ce qu'il a fait , nous pourrions dire qu'en ceci il y auroit quelque sorte d'ignominie; mais nous ne pouvons rien concevoir de semblable , parce qu'en se faisant lui-même ce qu'il ii'étoit pas , il n'a pas laissé d'être ce qu'il étoit , étant impossible que Dieu cesse d'être Dieu. Il n'a non plus rien acquis par là de nouveau , puisque dans cette substance très-haute et très-simple il ne peut arriver

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d'accident, comme il n'a pas aussi élé contraint a faire ce qu'il a fait , ce Seigneur suprême n'ayant rien audessus de lui qui le puisse contraindre : tellement que c'a été lui seul , qui , par les entrailles de son infinie miséricorde et de sa bonté , a voulu se revêtir des habits de notre humanité , pour nous procurer les biens et les avantages inestimables qui nous en sont venus. Je vous dis ceci seulement en passant, parce que je toucherai bientôt plus au long cette matière, lorsque je traiterai de la vie entière de notre Sauveur, pour faire voir combien cette humilité et cette humanité qu'il prit pour Famour de nous , fut remplie de dignité et de gloire.

Le Catéchumène. Je ne pense point qu'il y ait d'esprit au monde qui ne demeure convaincu par les lumières d'une vérité si bien établie. Il est bien vrai que les maîtres des Hébreux, qui m'ont autrefois enseigné , ou pour mieux dire , qui m'ont trompé , en niant la divinité du Messie , ne laissent pas d'avouer que sa dignité sera grande et admirable : tellement que par leurs gloses , sur ces paroles que Dieu a dites par Isaïe (Isa. 5s) i Voyez comme mon serviteur sera exalté, élevé et mis en lieu sublime; ils expliquent : il sera exalté par-dessus Abraham , élevé plus que Moïse , et mis en lieu sublime au-dessus des anges ; mais si ces misérables vouloient ouvrir tant soit peu les yeux , pour connoître la divinité de notre Sauveur , si manifestement témoignée dans toute l'Ecriture , ils croiroient facilement toutes les choses que vous venez de me dire , et que vous venez de me prouver si clairement.

Mais je voudrois bien savoir aussi , si vous l'aviez ^gréatyfe , quels ont été les fruits que cette grande œutre a produits; car sans doute ce ne doit pas être pour de petits desseins qu'un Dieu s'est fait homme.

Le Docteur. Celui qui pourra nombrer les étoiles du ciel , pourra aussi faire le compte des biens qui en mnt résultés. J'en parlerai bientôt ci-après, et pour le présent je me contenterai de vous en expliquer un seulement. Vous saurez donc" que la dernière perfection du christianisme et notre dernière félicité consiste en la charité, c'est-à-dire, en l'union de notre esprit avec Dieu par amour , nous faisant une même chose avec lui. Il y avoit en ceci deux grands et puissans obstacles; l'un étoit la hauteur de cette trèspure et très haute substance infiniment relevée pardessus toutes les choses créées ; l'autre la rudesse et la pesanteur de notre nature, tellement assujettie sous Je pouvoir des sens extérieurs , qu'elle ne peut concevoir que ce qu'ils lui présentent, ni aimer que ce qu'elle connoît par leur moyen. Comme donc la pesanteur et la rudesse de la plus grande partie des hommes étoient telles, qu'ils ne pouvoient se disposer sans beaucoup de difficulté à aimer un esprit si haut et si disproportionné à leur bassesse , parce que l'amour assemble et unit les cœurs de telle sorte que de deux il n'en fait qu'un , cette bonté et cette sagesse infinie chercha un remède à ceci , qui fut de s'accommoder à la capacité de sa créature , et de couvrir la splendeur de sa gloire , du voile de notre humanité; afin , comme dit saint Bernard , que l'homme rude et gros-

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sier, qui ne .se pou voit attacher qu'à l'amour des choses charnelles, trouvât la chair en cette humanité trèssacrée, et en toutes ses opérations de grands et de puissans motifs d'amour. C'est le moyen dont les médecins ont accoutumé d'user à l'égard de leurs malades , lorsqu'ils ont du dégoût pour les viandes salutaires; alors ils enveloppent les viandes profitables sous le couvert de celles qui sont plus à leur goût , et font par ce moyen que le malade prend ce qui lui est utile pour sa santé, Je crois que vous entendez bien l'application de cet exemple, sans que je me mette en peine de vous l'expliquer; je m'en remets donc à votre prudence.

Mais je veux vous en proposer un autre., qui m'apporte toutes les fois que j'y pense une consolation extrême. Suétone et Tacite entre les cruautés de Néron , en racontent une très-horrible. Ils disent que ce mauvais prince, durant les fêtes publiques de Rome, faisoit lâcher les chiens contre nos saints martyrs, afin qu'ils les missent en pièces à la vue du peuple. Mais les chiens ne voulant pas seulement s'en approcher , ce très-cruel prince usa de cette maudite invention , qui fut de faire dépouiller les martyrs , pour les faire revêtir de peaux de bêtes farouches , afin que les chiens accoutumés à cette chasse, eussent plus de courage et de fierté à les attaquer. Que dirons-nous ici, mon frère? que devons-nous ressentir? Notre Créateur est bien plus miséricordieux que Néron n'a été cruel, et bien plus inventif à trouver les moyens de nous faire du bien, que ce tyran n'a été à faire du mal; car si ce tyran a trouvé un moyen pour exciter la

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fureur et la rage des chiens contre les hommes , cette honte suprême a hien trouve de meilleures voies pour enflammer les cœurs des hommes en l'amour de Dieu; mais parce que leur ignorance grossière ne leur permeltoit pas de mettre leur amour en Dieu , pur et sans chair, il s'est revêtu lui-même de cette chair, afin que ceux qui ne savoient aimer que la chair, trouvassent en lui autant de motifs d'amour, qu'il avoit fait de pas pour l'amour d'eux en cette vie, revêtu de cette mêmechair. L'expérience nous fait tous les jours voir les effets de ce bien dans toutes les âmes dévotes , lesquelles voletant comme des abeilles sur toutes les fleurs des mystères de la vie et de la mort de notre Sauveur, depuis la crèche jusqu'à la croix, recueillent de ces mystères le miel d'une dévotion très-agréable, qui leur sert d'une nourriture de vie , et qui augmente de plus en plus leur amour envers ce Seigneur , qui endura tant de peines et de travaux pour elles. G'étoient ces inventions qu^Isaïe vouloit qu'on fît savoir à tout le monde , lorsqu'il disoit : Prêchez aux peuples les inventions que Dieu a trouvées pour notre remède, et souvenez-vous que son nom est trèshaut; comme s'il eût voulu dire , que de telles inventions et de telles œuvres étoient dignes d'une bonté et d'une miséricorde semblables à la sienne. Quand vous entendrez donc , mon frère , ce saint nom de Jésus , qui est le nom d'un homme , donnez-vous bien garde de concevoir seulement un homme , représentez-vous aussi un Dieu infiniment aimable, vêtu de notre humanité , et incorporé avec elle 9 afin que nous

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le pussions plus facilement connoître , aimer et imiter, qui sont les trois choses en quoi notre félicité consiste. C'est pourquoi toutes les fois que vous entendrez prononcer ce nom glorieux , ne vous contentez pas de baisser seulement la tête, baissez aussi , et humiliez encore davantage votre cœur et votre âme. Voilà l'un des fruits , entre plusieurs autres qu'a produits le mystère de la sainte Incarnation.

Le Catéchumène. Que Dieu récompense par sa grâce l'invention que vous avez trouvée pour me donner de si bons sentimens touchant le bienfait de l'Incarnation du Fils de Dieu ; car vous m'avez donné par ce moyen des yeux amoureux, avec lesquels je saurai dorénavant contempler cet aimable Seigneur. Mais puisque vous avez si bien et si solidement fondé la dignité et la gloire de la sacrée humanité, faites-moi voir aussi , je vous prie, comment nous pourrons trouver la même gloire dans la pauvreté , dans l'austérité , et dans l'humilité de sa vie; néanmoins ayant assez de matière pour penser aujourd'hui , et m'entretenir moimême sur les choses que vous m'avez enseignées , ce sujet sera, s'il vous plaît, réservé pour demain.

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