‹ Catéchisme, ou, Introduction au symbole de la foiChapitre 17 sur 49 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

De l'élément de l'eau.

JJe l'élément de l'air, il faut descendre à celui de l'eau , qui est son plus proche voisin. Au commencement du monde il couvroit toute la terre, comme celui de l'air le couvroit lui-même; mais parce que s'ils fussent demeurés en cet état , la terre eût été inhabitable , le Créateur qui faisoit tout ce monde pour le service de l'homme , et l'homme pour le sien , commanda aux eaux de s'assembler en un seul lieu, qui fut la mer océane; et à la terre, qu'elle fût découverte pour notre habitation; cela fut fait, et l'eau fut tirée de son lieu naturel , qui étoit la surface de la terre , et rassemblée en un autre lieu.

Il y a bien des choses à considérer en cet élément , qui nous doivent obliger à louer la grandeur et la bonté de celui qui l'a créé; car premièrement nous devons admirer sa vaste étendue , sa fécondité , ses seins , ses ports et ses marées , et enfin tous les autres avantages qu'il nous apporte. Avant nous le Psalmiste a glorifié le Créateur , à cause de l'étendue et de la fécondité des eaux, lorsqu'il a dit (Psal. io3) : Cette mer si grande et si vaste , dans laquelle il y a un si grand nombre de poissons qu'on ne les sauroit compter , et tant d'animaux grands et petits ; ces grands et vastes espaces ont sans doute été donnés à la mer, afin

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que toutes les nations pussent jouir des avantages et des commodités qu'elle apporte. Ces commodités d'une pari , sont la navigation , laquelle , comme nous avons dit , donne aux hommes la liberté et la facilité du commerce; et de l'autre , les vivres qu'elle leur fournit libéralement et abondamment par cette infinité de poissons qu'elle produit. C'a donc été pour cette raison que le Créateur a voulu qu'elle eut plusieurs bras et plusieurs golfes , afin qu'ils s'entremêlassent dans les terres fermes , et entrassent , pour ainsi dire, par nos portes, nous invitant à jouir de ses richesses et à nous nourrir de ses vivres. Par ce bel ordre a été faite la mer méditerrannée , la mer rouge , la mer du Pont- Euxim, le golfe persique et plusieurs autres qui sont comme des bras de ce grand corps , des commodités duquel Dieu a voulu que tous les hommes jouissent. Et il faut remarquer que toutes ces mers ont eu leurs ports et leurs rades , afin que les navires y pussent être en sûreté , sans demeurer exposés à la fureur des vents et des tempêtes. La providence de notre grand Dieu et sa toute-puissance ne paroissent pas moins dans cette grande multitude d'îles , qui sont départies par toutes les mers : saint Ambroise les appelle des bagues et des pierres précieuses , qui parent et ornent ce beau et grand corps , et qui sont autant de preuves de la toutepuissance et de la sagesse du Créateur. La providence paroît en ce qu'il semble que ce sont autant d'hôtelleries , pour ainsi dire , préparées pour les voyageurs , dans lesquelles ils peuvent se rafraîchir, se délasser, radouber leurs vaisseaux , s'assembler et se retirer ,

soit pour éviter les tempêtes, ou pour se garantir des pirates qui courent la mer. N'admirerons-nous point aussi dans la môme providence le soin qu'elle prend de conserver de certaines petites îles au milieu de ces grands gouffres et abîmes d'eau , et de ces superbes ondes qui semblent devoir submerger toute la terre , sans que néanmoins elles puissent rien usurper , ni rien entreprendre sur de si petites parties de son corps. C'est de cette merveille que Dieu s'explique , lorsque parlant au saint homme Job , il lui dit : Qui est-ce qui a mis des portes et des barrières à la mer , et qui les lui a fermées , lorsqu'elle se lançoit avec tant d'impétuosité, quil sembloit quelle voulut sortir de son propre centre? C'est moi qui l'ai retenue par les bornes que je lui ai plantées; et qui lui ai dit : Tu viendras jusqu'ici et ne passeras pas plus avant , et ici tu abattras l'orgueil et arrêteras la fougue de tes vagues {Job. .">8). Et certainement il y a sujet d'admirer, voyant l'impétuosité et la violence avec laquelle tous les élémens se portent à leur centre, que néanmoins Dieu par la force d'une seule de ses paroles ait retiré depuis tant de milliers d'années la mer de son centre naturel, qui est toute la surface du corps de la terre , sans qu'elle ait usurpé sur elle un seul pas au delà de l'espace qu'il lui avoit marqué. De cela il prend sujet de confondre la désobéissance et la témérité des hommes , en la comparant au respect et à l'obéissance que lui rendent les créatures insensibles; et il leur dit par la bouche du prophète Jérémie : Quoi donc , vous ne me craindrez pas et vous ne trem-

blcrez pas devant ma face, mol qui al eu la puissance de faire que Le sabfon servît de barrières à la mer et qui lui ai fait un commandement quelle ne violera jamais ! Ses ondes s'émouvront ; mais elles ne prévaudront point-, elles s'enfleront , mais elles ne passeront jamais plus avant. { Hier. 5. )

Dans la navigation qui se fait depuis le Portugal jusqu'aux Indos orientales, qui est de cinq mille lieues, au milieu de la grande mer océane il y a une île inhabitée, qu'on appelle Sainte-Hélène , pourvue de quantité d'eaux douces, de poissons, de gibiers, et de fruits que la terre produit d'elle-même , sans aucun travail ni industrie humaine. Les voyageurs ont la commodité de s'y rafraîchir, de pêcher, de chasser et d'y faire leur provision d'eau douce : et ne semble-t-il pas que ce soit une hôtellerie que Dieu a établie exprès pour cela ? car en effet , elle ne sert à autre chose , et celui qui l'a créée ne l'a pas fait inutilement. Ce qu'il y a de plus merveilleux en cela , c'est de voir comment cette petite pièce de terre qui forme celte île , s'élève depuis le fond de ces profonds abîmes jusqu'à la hauteur des eaux , sans que tant de coups de mer l'aient entamée en la moindre partie , et que n'étant pas plus grande h proportion de la mer qu'une coquille de noix, elle ne laisse pas de se maintenir toute entière et sans recev oir aucun dommage de tant de vagues et de tempêtes dont elle est presque incessamment battue. Après cela qui n'admirera point cette providence et cette toute -puissance du Créateur, qui peut donner 4e si forts et de si solides fondemens à tout ce qui lui

plaît ? Voilà quel est le frein que Dieu a mis à ce grand corps de la mer, afin qu'il ne submerge point la terre ; et qui fait , lorsqu'il s'emporte plus impétueusement contre ses rivages , qu'il semble avoir peur de toucher aux bornes qui lui sont prescrites; sur lesquelles voyant la loi que le doigt de Dieu lui a gravée, il retourne en arrière comme un cheval revêche et furieux, qui est contraint de céder à la bride qui le gouverne et qui malgré lui le fait rebrousser sur ses pas.

Si la mer d'un côté sépare et divise les terres en les traversant par le milieu, elle les unit aussi et les entretient en concorde et en amitié , par le trafic commun qu'elle leur donne le moyen d'exercer. Car le Créateur désirant que toutes les nations vécussent en paix et en société , il n'a pas voulu qu'une seule fût absolument pourvue de tout ce qui lui étoit nécessaire pour l'usage de la vie humaine ; afin que le besoin mutuel entretînt l'union entre tous les hommes. De sorte que la mer située au milieu des terres, nous représente une foire ou un marché universel , où se trouvent tous les vendeurs et acheteurs , avec toutes les denrées nécessaires à la subsistance du genre humain. Car les chemins qui se font par terre sont fort pénibles, et fort difficiles; et il n'est pas possible de transporter par ce moyen tout ce qui est nécessaire d'un pays à l'autre; le Créateur â sans doute ouvert aux hommes cette voie, par laquelle vont et viennent commodément tant de vaisseaux, dont le moindre peut charger des fardeaux beaucoup plus grands que l'on ne sauroit faire sur plusieurs bêtes et voitures ; et

tout cela afin que rien ne manquât à l'homme ingrat et mëconnoissant. La mer nous fournit ces commodités et plusieurs autres encore ; « et c'est elle , comme » dit saint Ambroise (Llb.i. Hexam. cap. 5), qui est » l'hôtesse des rivières, l'origine des pluies, la dé- » charge des inondations, la voie des traites et des » provisions; celle qui approche les peuples éloignés , 1 qui nous met à couvert des périls de la guerre , qui » arrête la fureur des barbares , qui remédie aux sté- » rilités de la terre. »

Nous avons à considérer une autre chose en la mer, qui comme l'un des principaux ouvrages du Créateur, ne nous représente pas moins sa clémence , qu'elle fait quelquefois son indignation et sa colère. Car que peuton voir de plus doux ou de plus tranquille que la mer, lorsqu'elle n'est point irritée par les vents ; ou lorsqu'étant flattée par les plus tempérés , elle s'agite doucement et envoie ses ondes sur le rivage avec ordre et avec mesure , qui se suivent avec un agréable murmure , et qui s'élèvent , pour ainsi dire , les unes sur le dos des autres, jusqu'à ce qu'elles viennent à se briser sur les bords ? Mais lorsqu'étant combattue par des vents impétueux , elle élève ses vagues épouvantables jusqu'aux nues, et que plus elle les pousse en haut , plus elle découvre le sein effroyable de ses abîmes ; lorsque les pauvres voyageurs étant ainsi agités de haut en bas , et leurs navires battus à grands coups de mer, ils demeurent exposés à Fincertitude de la vie ou de la mort; n'est-ce pas alors qu'elle nous exprime fort clairement la grandeur du courroux de Dieu

et de son pouvoir, qui peut élever et calmer quand il lui plaît de si grands orages? C'est aussi ce que le Prophète met au nombre des grandeurs de Dieu , lorsqu'il dit : C'est vous. Seigneur, qui exercez votre empire sur la mer , et qui pouvez apaiser la fureur de ses ondes ; les deux et la terre sont à vous; c'est vous qui avez créé sa rondeur , avec tout ce quelle contient; cest vous qui avez fait la mer, et le vent du, midi qui l'émeut et l'agite, est C ouvrage de vos mains. (Psal. 73 ).

Mais dans la mer il y a un autre avantage et une autre commodité si grande , que mon esprit et ma plume n'osent presque entreprendre de les raconter; car quelles paroles pourront suffire, je ne dis pas pour expliquer , mais je dis seulement pour nombrer et nommer , s'ils avoient des noms , les divers genres de poissons qu'il y a dans cet élément? Quelle intelligence, quelle sagesse a été celle qui a su inventer, je ne dis pas tant d'espèces , mais une si grande diversité de formes de poissons , tant de difFérens corps , les uns très-petits , les autres d'une grandeur incroyable ; et entre ces deux extrêmes , une infinité d'autres tous difFérens , les uns plus petits , les autres moindres? Car c'est lui qui a créé la baleine, aussi -bien que la grenouille ; et il n'a pas eu plus de peine à former ce poisson d'une grandeur si monstrueuse , que cet autre petit animal. Il y a de certains ouvriers qui découpent sur du papier , ou qui forment en broderie sur le drap une infinité de figures et de chimères , selon qu'elles leur viennent en l'esprit , parce que la soie

et le papier obéissent h la volonté de l'ouvrier. Mais que dirons- nous donc de cet ouvrier si subtil et si ingénieux , qui a su dessiner et tracer une si grande diversité de figures , telles que nous les apercevons dans les poissons de la mer, auxquels il a su attribuer des qualités si différentes ? Celui qui forme les dessins sur la soie , ne fait autre chose que dresser une ligure, sans lui rien donner au delà de ce qu'elle représente; mais ce souverain ouvrier a su donner à sa figure , l'âme , la vie , les sens , les mouvemens , les adresses pour chercher sa nourriture , et des armes offensives et défensives pour sa conservation , et par-dessus tout cela une fécondité si grande pour maintenir son espèce , que nous ne le croirions jamais , si l'expérience ne nous le faisoit voir; et de fait, qui est-ce qui pourroit nombrer les œufs d'un poisson , quel qu'il soit ? Et néanmoins de chacun de ces petits œufs il naît un poisson qui devient avec le temps aussi grand que celui d'où est sorti l'œuf; l'eau toute seule , sans autre secours , le reçoit comme une mère favorable , lorsqu'il est éclos par la vertu et la puissance du Créateur; elle le nourrit dans son sein et l'élève jusqu'à sa perfection : peut- on s'imaginer quelque chose de plus admirable? La providence divine ayant créé tous ces poissons pour la nourriture de l'homme, et les pécheurs ne voyant pas les poissons dans l'eau, comme les chasseurs voient le gibier sur la terre, ou dans l'air, elle a voulu multiplier en si grande abondance la fécondité des poissons , que la mer en fut toute fournie , afin qu'en quel- , que lieu que Ton jetât le rets, il y eût moyen de

prendre quelque chose. A la vérité les diverses sortes d'àniinaux qui existent sur la terre sont presque innombrables ; mais il n'y a pas de comparaison en cela , avec ceux qui sont dans la mer , quoiqu'il semble que cet élément ne fût pas disposé , ni pour recevoir des habitans , ni pour leur donner des vivres et des alimens , comme fait la terre à ceux qu'elle contient.

Que dirai -je encore des différentes sortes d'animaux que la mer produit , et des diverses figures qui rendent ses poissons semblables aux animaux de la terre ? car il y en a qui ressemblent à des chevaux , d'autres à des chiens, d'autres à des loups, et d'autres à des moutons : et afin que l'imitation fût générale en toutes choses , il y en a même qui ont notre figure , que l'on appelle pour cela des hommes marins. Que dirai-je des coquilles d'où l'on tire la pourpre, qui sert aux plus grands ornemens des rois? Que dirai-je des autres coquillages , et des différentes manières de tours , grands et petits , dont ils sont façonnés en mille sortes , les uns plus blancs que la neige , les autres ornés et tachetés d'une infinité de couleurs ? 0 sagesse admirable et incompréhensible du Créateur ! Combien , Seigneur, sont magnifiques tous vos ouvrages ! ils sont tous faits avec une sagesse extrême ; et non-seulement la terre , mais aussi la mer est remplie de vos merveilles.

Je ne puis passer sous silence la force et la vertu que Dieu a mises en quelques-uns des poissons : il y en a un entr'autres qu'on appelle Rémora , lequel bien que des plus petits , peut arrêter tout court un grand

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vaisseau, quoique le vent le pousse à pleines voiles? Quelle doit être la puissance de ce souverain Seigneur, qui avec un si petit instrument peut faire un si grand effet ? La sardine est encore plus petite , et néanmoins elle nourrit la mer et la terre; car c'est la viande ordinaire des plus grands poissons; et elle l'est aussi de la plupart des hommes : aussi dit-on communément qu'elle va plus par terre que par mer, allant et venant d'un lieu à l'autre , pour servir à notre nourriture.

Admirons par-dessus tout le goût et la délicatesse que Dieu a mise dans les poissons , qui est certainement plus grande que dans les chairs : aussi anciennemont servoient-ils principalement pour les délices des tables les plus délicates. Ce qui donna sujet à saint Àmbroise de faire ces exclamations : ah malheur ! les délices ont été créées avant l'homme; l'abondance, mère de la vt)lupté, avant la nature même : et la tentation de l'homme a précédé la création de l'homme. Il est vrai que le Créateur n'avoit pas fait cela pour tenter l'homme ; mais pour le nourrir et le régaler , témoignant en cela qu'il le vouloit traiter comme un fils cher et bien-aimé; afin que la délicatesse de ces mets, l'excitât à aimer et louer celui qui lui auroil préparé une table si délicieuse. Mais la plupart des hommes sont si ingrats , que bien que les créatures les invitent à glorifier celui qui leur prodigue tous ces biens; enivrés et assoupis dans cette possession, ils s'arrêtent là , sans penser seulement à en rendre grâces , ni à dire en eux-mêmes , Dieu qui a fait tout ceci pour moi , me devoit-il quelque chose ?

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