‹ Catéchisme, ou, Introduction au symbole de la foiChapitre 18 sur 49 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Du quatrième élément qui est la terre.

-Descendons maintenant à notre mère commune , qui est la terre , de laquelle nos corps sont tirés , et des biens de laquelle nous sommes nourris; mais ce sera sans nous éloigner beaucoup de la mer, car c'est elle qui par les voies secrètes et par les canaux que Dieu a disposés , s'unit et se lie avec la terre , d'où nous retirons plusieurs grands avantages. L'un des principaux est , qu'il a rendu son corps solide , affermissant et épaississant par son humidité , ses parties , afin qu'elle nous puisse soutenir : autrement étant sèche comme elle est au dernier degré, toutes ses parties seroient tellement désunies et subtiles , que la chaux pulvérisée ne le seroit pas davantage; et ainsi elle ne sauroit nous porter.

Entre tous les élémens celui-ci est à la vérité le plus bas et le moins actif : et toutefois assisté du ciel et des autres élémens , il nous sert plus utilement que tous les autres. Et c'est un exemple qui nous convie à faire effort sur la foiblesse de notre nature , qui bien que de soi inférieure à celle des anges , néanmoins assistée des faveurs de la grâce , peut s'élever au-dessus d'eux. Son assiette et sa place naturelle est le centre et le milieu du monde , où elle est environnée de toutes parts d'eau et d'air, sans pour cela pencher plus

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d'un côté que d'autre : parce qu'ainsi que le Créateur a pu mettre dans la pierre d'aimant cette merveilleuse propriété de regarder toujours le nord , et de ne trouver de repos qu'en lui seul , il a pu aussi donner à la terre cette inclination naturelle , de tenir pour centre et pour situation naturelle le point qui est précisément au milieu du monde , et la propriété de se tourner toujours de ce côté -là , sans se mouvoir ni d'un côté ni d'autre : ce qui est en effet la même merveille , que si au milieu d'une salle il y avoit une boule suspendue en l'air, où elle se soutînt de son propre poids; ce que plusieurs philosophes n'ont encore pu concevoir. C'est de cette merveille dont a parlé le Prophète lorsqu'il a dit : Vous avez , Seigneur, fondé la terre sur son propre poids, et jamais elle ne changera de place, ni ne panchera d'un côté ni d'autre. C'est vous qui avez aussi ordonné que la mer la couvrît comme une robe, et qu'elle en fut environnée et revêtue (Psal. io3).

Le même Psalmistedit ailleurs que ce même lieu fut destiné par la providence pour l'habitation des hommes. Le ciel des deux, dit-il, est pour le Seigneur , mais il a donné la terre aux hommes [Psal. 1 15) , aussi est-ce elle qui, obéissant à l'ordonnance du Créateur, nous reçoit comme une tendre et charitable mère, lorsque nous venons au monde, qui nous nourrit étant nés , qui nous porte tandis que nous vivons , et qui reçoit nos corps dans son sein après notre mort pour les garder comme en dépôt jusqu'au jour de la résurrection générale. Ce grand élément nous est ' i. H

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beaucoup plus favorable que les autres ; car nous voyons que des eaux viennent les débordemens des rivières , qui font un notable dommage aux terres voisines ; l'air s'épaissisant en nuées , excite des grêles et des tourbillons qui ruinent les moissons et les travaux des laboureurs; mais la terre étant destinée pour le service de l'homme , quelles sortes de fruits ne nous donne-t-elle point? de quelles odeurs, de quelles saveurs, de quelles couleurs ne réjouit -elle point nos sens? Qui pourroit parler dignement de sa fertilité et de ses richesses , surtout si nous considérons quelle quantité de difFérens métaux on a tiré de ses entrailles pendant quatre mille ans avant la venue de Jésus-Christ, combien il en a encore été tiré depuis, et combien il s'en tirera jusqu'à la fin du monde, les hommes allant fouiller jusqu'au fond des enfers , comme dit un poète , et poursuivant l'or et l'argent , quoique caché jusqu'aux plus profondes entrailles de la terre? Que dirai-je aussi de la diversité des pierres précieuses qu'elle nous fournit, dont la valeur et les propriétés sont si admirables, et qui sont toutes enfermées dans son sein ?

Mais entre tous les biens que nous recevons de sa libéralité , celui des fontaines et des ruisseaux qui coulent de ses veines , est des plus considérables ; c'est par là qu'elle est rafraîchie et humectée; et comme le Créateur a départi dans notre corps les veines pour le rafraîchir et pour l'entretenir, aussi a-t-il ordonné que ce grand corps de la terre eût ses veines , qui sont, comme j'ai dit, ses rivières, lesquelles s'épanchant

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dans toutes ses parties , la rafraîchissent et l'humectent, et ne contribuent pas peu à notre nourriture par le grand nombre de poissons qu'elles produisent, et par l'humeur dont elles animent nos semences.

Cje n'est pas à cela que la divine Providence a borné ses soins; car ayant vu qu'en beaucoup de lieux il n'y auroit ni fontaines, ni ruisseaux, ni rivières, elle a voulu que toute la terre fût abreuvée d'eaux, afin que les hommes venant à creuser dedans, ils pussent par le moyen des puits , suppléer au manquement des fontaines. Mais qui ne sera point surpris d'admiration, considérant la naissance de ces rivières et de ces fontaines ? en de certains endroits fort éloignés de la mer, nous voyons sorlir de dessous une roche vive un jet d'eau plus gros que le bras et quelquefois plus gros que tout le corps. D'où diroit-on que cette eau provient? elle coule également l'hiver et l'été. Quel est cet abîme si abondant qui la peut toujours entretenir et qui depuis tant de milliers d'années ne s'est jamais tari ? Si vous me dites qu'elle se forme de l'air enfermé dans les concavités de la terre (étant certain , comme il est, que de dix parties d'air il ne s'en fait pas une d'eau) , quelle quantité d'air faudra -t-il pour fournir incessamment à l'entretien des fleuves du Nil , du Danube ou de l'Ëuphrate? Je ne nie pas que beaucoup d'autres petites rivières joignant leurs eaux à celles de ces fleuves ne contribuent beaucoup à les enfler, mais ils ne laissent pas d'être déjà fort grands dès leur source. Le Prophète a glorifié le Créateur de ce qu'il tire les vents de ses trésors ; mais combien doit-il être davan-

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tage loué et glorifié d'avoir créé dans la terre ces grands réservoirs d'eaux vives, qui ne tarissent jamais? Quelle est la matière d'où se forme tant d'eau , et quelle est la cause efficiente qui a produit cette matière ? car toutes les opinions des philosophes sont jusqu'ici différentes sur ce sujet , et ce qu'ils en disent est fort peu satisfaisant. Mais le moyen de contenter nos esprits , c'est d'admirer en cela la providence de celui qui l'a pu et su faire, et de lui rendre grâces d'un si grand bienfait. Il faut sans doute que celui qui n'entrera pas dans ce sentiment soit bien grossier et bien insensible, puisqu'un Maure fort brutal et fort stupide passant un jour avec son maître la rivière qui est entre Castro et Cordoue , et voyant qu'elle couroit sans s'arrêter , se tourna tout étonné vers son maître , et en son langage grossier se mit à lui dire : Courir, courir, sans jamais se remplir; courir sans jamais cesser, ô que Dieu est grand ! Sans mentir, ce Maure stupide nous doit donner de la confusion, et il nous oblige par son exemple à louer le Créateur pour un si grand et si signalé bienfait ; mais cet ange de l'Apocalypse nous y oblige bien davantage , qui , selon saint Jean , volant au milieu du ciel , crioit à haute voix aux habitansdelaterre : Craignez le Seigneur et le louez, parce que l'heure de son jugement s'approche; adorez celui qui a fait le ciel, la terre et la mer, et tout ce quils contiennent , et les fontaines d'eaux (Apoc. i4). En quoi il faut remarquer, que passant sous silence toutes les merveilles que nous voyons dans les autres élémens , il ne fait mention que des fontaines en particulier, comme de ce qu'il y a de plus admirable.

Que dirai-je encore des eaux médicinales , qui sortent du sein de la terre , pour la guérison de plusieurs maladies? Car nous expérimentons chaque jour leurs diverses propriétés; les unes relâchent les membres rotdis , ce qui sert à l'usage des estropiés; les autres au contraire fortifient ceux qui sont afïoiblis et relâchés ; les unes dessèchent l'abondance du flegme ; les autres soulagent la mélancolie. Quelques-unes sont propres pour la goutte , les autres pour la pierre; d'autres guérissent des plaies invétérées. Telle est la puissance du Créateur, d'avoir pu dans un simple remède inspirer tant de merveilleuses propriétés : et tout cela pour le salut de l'homme ingrat , qui reçoit le bienfait , et pense si peu à rendre grâces à celui de qui il le reçoit.

Mais ce que nous devons admirer par-dessus tout , c'est la grande vertu que ce divin gouverneur a pu inspirer à la terre par une seule de ses paroles , dès le commencement de la création; car depuis ce tempslà jamais elle n'a manqué de nous fournir abondamment du blé , du vin , de l'huile , des fruits , des légumes , non plus que des herbages pour la nourriture des animaux créés pour le service de l'homme. Les hommes passent légèrement par-dessus tant de merveilles , sans considérer ni l'admirable fertilité que le Créateur a donnée à la terre , ni la vertu qu'il a mise dans un petit grain de blé , ni dans toutes les autres semences , parce que l'objet ordinaire de tant de merveilles qui se présentent chaque jour à nos yeux, empêche que nous n'en soyons touchés.

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