CHAPITRE X
De la fertilité de la terre; de ses plantes , et de ses fruits.
Ayant parlé de la terre , il est à propos de parler ensuite de sa fertilité et de ses fruits. Ce sera un commencement du traité que nous avons dessein de faire des choses qui ont vie ; parce que celles dont nous avons jusques ici fait mention n'en ont pas , comme les cieux , les étoiles , les élémens et les autres mixtes imparfaits. Et parce que les choses qui ont vie sont plus parfaites que celles qui ne l'ont pas , il est certain qu'on voit aussi mieux en elles la sagesse et la providence du Créateur, et que plus la vie est parfaite, plus aussi elle témoigne clairement l'excellence de l'ouvrier qui l'a donnée, comme nous verrons dans la suite de cet ouvrage. Car il ne faut pas douter, que plus les choses sont parfaites , plus Dieu en a de soin , et qu'ainsi elles ne nous manifestent plus évidemment la grandeur de sa providence. Or, afin que nous ne puissions ignorer que c'est à sa seule bonté que nous sommes redevables de ce bien général des fruits de la terre, il les créa le* troisième jour, c'est-à-dire, avant la création du soleil , de la lune, et des autres planètes , par la vertu desquelles les plantes sont maintenant produites , et avant qu'il y eût aucune des semences d'où elles naissent : de sorte que par la seule
vertu de sa toute-puissante parole, il suppléa a la cause matérielle et efficiente de toutes les plantes et de tous les arbres de la terre. Toute cette diversité d'espèces innombrables ne lui coûta que ces seules paroles : Que la terre produise l'herbe verdoyante , qui porte dans soi sa semence , et des arbres fruitiers , selon leurs espèces (Gènes. 1 ). Ce commandement ne fut pas silôt prononcé , que la terre produisit à l'heure même et se revêtit de verdure, reçut la vertu de fructifier, et s'embellit de l'émail de diverses fleurs. Mais qui est-ce qui pourra exprimer la beauté des campagnes qui fournissent tant de douces odeurs , et de toutes sortes de plaisirs à ceux qui la cultivent? Que pourrons- nous dire, qui soit approchant de cette beauté? Nous pouvons tirer un grand témoignage de son excellence par la comparaison que fait le grand Patriarche dans l'Ecriture , de l'odeur des champs fertiles avec la grâce et la bénédiction des saints : L'odeur de mon fils , dit-il , est comme celle d'un champ rempli de fleurs et de fruits (Gènes. 27). Qui pourra exprimer la senteur des violettes , la blancheur des lis , l'incarnat des roses, et la grâce des prairies peintes d'une infinie diversité de fleurs différentes ? Les unes sont de couleur d'or , les autres de pourpre , les autres marbrées et mêlées de diverses peintures ; et en tout cela vous seriez bien embarrassé de dire ce qui vous agrée davantage , ou le coloris de la fleur, ou la grâce de la figure , ou la rareté de son odeur. Si les yeux sont récréés et satisfaits par un spectacle si délicieux , l'odorat ne l'est pas moins par l'odeur qui s'en répand dans
l'air : et cette beauté est si rare et si parfaite , que le Créateur même a voulu se l'appliquer, lorsqu'il a dit: La beauté des champs est en moi. Et en effet quel autre ouvrier, pour excellent qu'il fût , auroit été capable de créer une si grande diversité de belles choses? Jetez un peu les yeux sur un lis , et considérez la blancheur de cette fleur, voyez comment elle s'élève en haut sur son pied tout revêtu de ses feuilles; lorsqu'il est parvenu à sa hauteur, il forme en haut une espèce de coupe , qui contient quelques grains, qui semblent être d'or, tellement munis et gardés par les feuilles de la fleur , que rien n'est capable de leur nuire. Que si l'on veut cueillir cette fleur, et tirer les feuilles de la tige, quel ouvrier pourra la refaire et imiter sa beauté? Aussi le Créateur l'a tellement louée de sa propre bouche , qu'il a dit : Que Salomon même au plus haut point de sa gloire, na pas été si richement vêtu que l'une de ces belles fleurs. Si nous avons sujet de nous étonner que la terre ait sitôt produit ses richesses , combien en aurons-nous davantage , si nous venons à considérer que les semences répandues sur la terre ne nous donneroient point de fruit, si premièrement elles ne mouroient î de sorte que plus elles perdent ce qu'elles sont, plus elles fructifient. Saint Ambroise s'étend avec plaisir sur ce sujet , et semble nous dépeindre, plutôt que de nous raconter par des paroles , la façon de laquelle un grain de blé se pousse hors de terre , pour nous faire contempler et trouver Dieu en toutes choses , par un si petit exemple. Il dit que « la terre reçoit ? premièrement ce grain , puis étant couvert , elle Iç
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» serre comme une bonne mère dans son sein , où il » vient à se dissoudre , puis il se convertit en herbe. » Cette herbe étant crue , produit un épi avec ses pe- » tits étuis , dans lesquels le grain se forme ; et par ce 9 moyen il se garantit , et de la rigueur du froid , et de » l'ardeur du chaud , et de la violence des vents , et » de l'excessive humidité des pluies, qui ne font au- » cun dommage au fruit nouvellement né. Mais il ne » se défend pas seulement avec son petit étui des oi- » seaux qui le veulent becqueter; il le fait beaucoup » mieux avec ses petites barbes qui sont comme au- » tant de piques dressées contre leurs attaques. Et » parce que le tuyau qui est fort menu , ne pourroit » pas soutenir le poids de l'épi , il se renforce par les » diverses peaux et feuilles dont il est revêtu , et beau- » coup plus encore par le moyen des nœuds , qui sont » départis par certains espaces : la même chose ne se » trouve pas dans les avoines , qui n'élevant pas fort » haut leurs épis , n'ont pas aussi besoin de ce renfor- » cernent. Car comme ce très-sage ouvrier ne laisse » pas manquer les choses nécessaires, il n'en fait point » aussi de superflues. » Tout ce discours est de saint Ambroise.
Or sous ce nom d'herbes, il ne faut pas entendre seulement les moissons, dont nous venons de parler, mais aussi plusieurs différentes espèces de légumes créés pour subvenir en partie à notre nourriture. Les unes se conservent sèches toute Tannée; les autres se mangent aussitôt qu'elles sont sorties. Il y en a qui viennent sous terre ; d'autres s'élèvent au-dessus , et en ce
genre il faut comprendre celles qui ont des pépins ou des graines , lesquelles servent après de semences pour en produire d'autres. En quoi il y a certainement grand sujet d'admirer la providence de ce souverain dispensateur de toutes choses, lequel ayant créé des fruits récens et propres à manger l'été , nous a pourvus aussi de légumes pour la même raison; de sorte que non content de tant d'animaux , de tant de chairs , de poissons , d'oiseaux , d'arbres fruitiers et de moissons abondantes qu'il nous a donnés , il a voulu encore augmenter notre provision par le moyen des légumes , afin que rien ne manquât au goût , non plus qu'à l'aliment nécessaire aux hommes. Jl faut encore remarquer que Dieu faisant la provision des hommes, n'a pas oublié celle des animaux, pour l'amour des hommes. C'est ce que le Prophète a si bien observé , lorsqu'il a dit : Que le Seigneur avolt 'produit dans les montagnes le foin et C herbe pour le service des hommes. Car, quoiqu'il dise des hommes , on sait bien que ce n'est pas pour leur usage , mais pour celui des animaux , lesquels ont été créés comme des valets , pour le service des hommes. Par ce que nous venons de dire, on peut juger qu'il ne faut pas seulement appeler barbares les hommes qui vont tous nus et comme sauvages sous la ligne équinoxiale , mais aussi beaucoup d'autres , qui vont tous les jours vêtus de soie et de velours : ce que j'expliquerai par cet exemple. Si un cavalier faisant voyage , venoit par hasard à s'arrêter chez quelque riche laboureur, qui sans le connoître ni lui avoir aucune obligation , le reçût et
traitât avec toute la courtoisie et la bonne chère qu'il lui seroit possible, lui servant sur sa table les meilleurs vivres qu'il auroit en sa maison ; si ce cavalier , après avoir reçu ce bon traitement , s'en alloit sans prendre congé de son hôte et sans le remercier, ni lui dire aucune parole de civilité , qu'est-ce que nous dirions de cet homme ? Nous dirions sans doute que c'est un barbare , un glorieux, un brutal, et à peine lui voudrjez-vous donner le nom d'homme. Que dirons-nous à plus forte raison d'une infinité d'hommes riches et puissans , qui se mettant tous les jours à table , et la voyant couverte de plusieurs vivres très-exquis que Dieu a créés , non pas pour soi ni pour les anges , mais pour le seul goût et pour l'aliment de l'homme , ne rendent ni grâces à celui qui les a si bien reçus et si bien traités dans sa grande maison de ce monde , sans leur avoir aucune obligation; ni ne songent pas seulement , voyant cette grande table si bien garnie de ses biens , à celui qui en est l'auteur et le dispensateur ? Qui pourra me nier après cela , que ces gens-là , qui vivent dans un si profond oubli , ne soient pas plus que barbares? Tel étoit ce riche avare de l'Evangile, qui faisant tous les jours grande chère, ne se souvenoit ni de Dieu , ni du pauvre Lazare qu'il avoit devant ses yeux,
Mais une infinité d'herbes médicinales, dont se servent aujourd'hui les médecins, ne furent pas moins créées pour le salut de l'homme : les unes ont la vertu de purger la bile , les autres la pituite , d'autres la mé-
lancolie. Il y en a qui purifient le sang , d'autres qui guérissent les plaies , d'autres échauffent l'estomac , d'autres tempèrent la chaleur du foie. Il s'en trouve qui étant distillées éclaircissent la vue , et d'autres enfin qui servent à la guérison d'une infinité d'autres maladies. 0 combien grande et admirable est la providence du Créateur, qui a su mettre tant de propriétés en ces simples ! Pour en admirer de plus près les effets , prenons , par exemple , la racine de rhubarbe : c'est elle qui ala vertu de purger la bile; aussi voyons-nous qu'ayant pris une potion , sa vertu passe incontinent au foie , qui est la source de toutes les veines dispersées par le corps ; et comme il contient en soi la masse des quatre humeurs , la vertu de cette racine attire particulièrement à soi l'humeur bilieuse 9 sans s'attacher aux autres , laquelle , obéissant à cette vertu qui la chasse au dehors , le corps qui en est déchargé reprend sa santé; de sorte que comme l'aimant a la propriété d'attirer à lui le fer seul , quoiqu'il ait tout auprès plusieurs autres métaux , aussi cette racine a la propriété d'attirer à elle cette humeur, en la manière que je viens de dire.
Ce n'est pas seulement dans les simples que le Créateur a mis ces propriétés de guérir , il les a aussi attribuées à plusieurs pierres précieuses, comme à celle de bézoard , qui sert contre diverses maladies. Il les a mises dans de certains bois , comme nous expérimentons dans les bois qu'on appelle d'Inde , et de la Chine , qui ont la faculté de guérir certaines maladies qu'on ne gagne guère sans offenser sa divine ma-
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jesté , laquelle n'a pas laissé pour cela d'y pourvoir de remèdes , tant cette bonté souveraine est magnifique. Peut-on après cela trouver des gens si aveugles , qu'ils n'aperçoivent pas l'amour que le Créateur a pour les hommes , et le soin qu'il prend de leur santé , voyant tant de remèdes qui ont été découverts , et qui se découvrent tous les jours pour la leur conserver? Toutes ces provisions que la terre nous fournit si largement , témoignent assez les soins de la divine providence, pour nourrir et guérir les hommes, et pour prévenir , comme pourroit faire un très-bon père de famille , toutes les nécessités de ses serviteurs; mais que dirons-nous avec cela de ces différentes sortes de belles fleurs , qui ne sont à la vérité d'aucune nécessité , mais qui ont été faites pour le seul plaisir de l'homme? Et de fait, à quel autre usage peuvent avoir été créés les œillets, les lis , les tulipes, les anémones , et une infinité d'autres sortes de fleurs , dont nous voyons les jardins , les montagnes , les prairies et les campagnes couvertes : les unes blanches , les autres rouges , d'autres jaunes azurées , et de plusieurs autres couleurs? Ajoutez-y l'adresse et la délicatesse de leur composition , l'ordre et la proportion de leurs feuilles , et l'excellente odeur que quelques-unes répandent; à quoi peut servir tout cela , que pour le seul plaisir de l'homme? Il est vrai qu'en repaissant agréablement dans tous ces beaux objets nos yeux corporels , nous avons aussi de quoi repaître ceux de l'âme , lui faisant considérer en cela l'excellente beauté du Créateur, et le soin particulier qu'il a pris non-seulement de notre
nourriture . comme fait un bon maître de celle de ses serviteurs; mais aussi comme un bon père pour des enfans très-chers , auxquels il ne donne pas seulement ce qui leur est nécessaire pour leur entretien , mais aussi ce qui peut servir à leurs honnêtes plaisirs. De sorte qu'il ne s'est pas contenté de nous faire voir la splendeur des astres qui brillent au ciel durant les nuits claires , il a voulu encore que les vallons , les prairies et les campagnes , revêtus d'une infinité de fleurs , nous fissent voir comme un autre ciel semé d'étoiles , réjouissant d'un côté notre vue par l'agréable objet de leurs beautés , mais excitant aussi nos âmes à donner gloire et louange à celui qui a tout créé , non pour soi , ni pour les anges , ni pour les brutes , mais pour le seul divertissement des hommes.
Mettons donc ceci en pratique, et voyant entr'autres un beau pied d'oeillet, cueillons-en une fleur, et la tenant à la main , mettons-nous à philosopher de cette sorte. A quelle fin est-ce que le Créateur peut avoir créé cette fleur, puisqu'il ne fait rien sans quelque (in ? Ce n'a pas été sans doute ni pour l'aliment de l'homme , ni pour lui servir de remède , ou pour autre nécessité semblable. Quelle autre fin a-t-il donc pu se proposer en cela , sinon de contenter notre vue et notre odorat par la beauté et par l'odeur de cette fleur? Mais ne nous arrêtons pas à cela seul ; passons plus avant, et considérons combien d'autres sortes de fleurs il a créées pour le même effet, et principalement combien de pierres très exquises et précieuses il a faites pour la seule satisfaction de la vue. Consi-
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dérons encore combien d'antres choses il nous a données pour le plaisir des autres sens : la musique des oiseaux pour l'ouïe, les parfums pour l'odorat. Combien de divers goûts et de saveurs pour la bouche ! Et en cela pourrons nous ne pas admirer la bonté qu'exerce envers nous ce souverain Seigneur, lequel dans le temps qu'il a créé toutes choses, a fait tant de cas de l'homme , qu'il ne s'est pas contenté de créer pour l'amour de lui une si grande multitude de vivres et d'autres alimens qui lui étoient nécessaires (puisque tout le monde visible est destiné à son service); mais aussi qu'il a pris un soin si particulier de créer pour ses honnêtes plaisirs tant de choses différentes , et cela si abondamment, qu'il n'y a aucun des sens corporels qui n'ait ses objets particuliers pour se satisfaire? Un tendre père peut-il faire quelque chose de plus pour des enfans; je dis, pour des enfans très-chéris?
Mais sa bonté a passé encore plus avant , ayant aussi créé des arbres pour ce même effet , comme le laurier, le cyprès , les cèdres odorans , les tilleuls , et jusqu'au lierre qui sert à revêtir d'un beau verd les murailles des jardins , et a armer les autres arbres contre l'injure des saisons. Il y en a plusieurs autres qui semblent n'être faits que pour ce même usage; car ne portant point de fruits, ils ne peuvent avoir été destinés que pour notre divertissement; aussi est-il tel, et le plaisir que nous en recevons si grand , que l'Ecclésiastique a pris sujet de dire sur cela : Les jeux se plaisent à voir la srâoe de la beauté, et néanmoins la verdure des piaules est beaucoup plus agréable, (EccL 4o)«
J ïs8 CATÉCHISME DE GRENADE.
Mais de pouvoir nombrer la multitude des herbes , aussi -bien que leurs différentes qualités, c'est une chose qui a été réservée à la seule sagesse de Salomon, de qui l'Ecriture a dit , qu'il avoit eu le privilège de parler de toutes les plantes depuis le cèdre du Liban jusqu'à l'hysope des jardins (5 Reg. 4). Pour nous , au moins sommes-nous certains que la terre n'est pas moins remplie de plantes, que la mer de poissons. Encore a- t-el!e cet avantage , que la mer en de certains lieux est sans pêcherie, tandis qu'il n'y a presque point d'endroit sur la terre qui en sa saison ne soit revêtu de verdure, sans qu'il y ait personne qui l'ait cultivée , ni semée auparavant ; ce qui est un effet de l'obéissance qu'elle rend et qu'elle rendra toujours au commandement qui lui fut fait dès le commencement des temps par son Créateur.
Ce grand et éternel Créateur, après avoir créé les herbes , ordonna aussi à la terre de produire toutes sortes d'arbres , dont les différentes espèces ne se peuvent non plus expliquer que celles des autres plantes. Il y en a qui portent du fruit , d'autres qui sont toutà-fait stériles; quelques-uns servent à la nourriture des hommes , les autres à celle des bêtes; les uns ne perdent jamais la feuille, d'autres en changent tous les ans. Il y en a , comme nous avons dit, qui ne servent qu'à donner de l'ombre et de la fraîcheur, et les autres sont propres à d'autres usages. Entre ceux qui portent du fruit, quelques-uns le donnent au printemps ,
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temps, d'autres en hiver, et d'autres encore durant toute l'année. Mais il faut bien considérer dans les uns et dans les autres l'ordre et la disposition admirable de la divine providence , laquelle a départi tous ces arbres sous divers genres , et chaque genre sous diverses espèces , non -seulement afin qu'il y ait abondante de nourriture pour les hommes , mais aussi pour leui ôter le dégoût , en leur diversifiant les fruits. Par exemple, prenons un cerisier, et voyons combien il y aura de diverses espèces de cerises, les unes hâtives , les autres tardives ; les unes d'une couleur et d'une forme, et les autres d'une autre : et entre ces diverses formes et couleurs , combien y en a-t-il de différentes sortes ? Sous le genre de la vigne , combien de diverses espèces de raisins? sous celui de poirier, combien d'espèces de poires? sous celui de figuier, combien de diverses espèces et couleurs de figues? sous celui de pommier, quelle différence de pommes avons-nous ? sous celui d'oranger et de limonier, combien de différentes sortes d'oranges et de limons? Et c'est ainsi que ce très-sage gouverneur a divisé toutes choses selon leurs diverses conditions, et dans un ordre très - parfait , afin que nous ne manquassions jamais (comme nous avons déjà dit) de cette sorte d'aliment: car nous voyons que par ce moyen un fruit succède à l'autre , les tardifs aux avancés; aussi ne voyons-nous guère qu'un même arbre donne tous ses fruits à la fois, mais peu à peu ; et lorsqu'une partie est mûre , l'autre se mûrit pour nous prolonger le plaisir et le goût du fruit par la durée.
j5o catéchisme de grenade.
Nous voyons plus clairement les soins de celle providence dans les fruits d'été qu'en tous les autres, parce que la chaleur en cette saison desséchant les corrs, ils désirent naturellement la fraîcheur et l'humiiité pour se tempérer; et c'est pour cela que le Créa leur y a si bien pourvu par une si grande diversité non seulement de fruits , mais d'herbages et de légumes propres et accommodés a la qualité de la saison. Pourquoi donc l'homme ingrat ne pensera-t-ii pas à celui qui a tant pris de soin pour son plaisir et pour sa commodité? On ne doit pas à mon avis moins estimer ce bienfait , parce que le fruit cause souvent des maladies; car ce n'est pas par le défaut du fruit, mais par l'intempérance de l'homme qui use mal du bien que Dieu lui fait , comme ce n'est pas la faute du vin de ce que plusieurs s'enivrent , mais la faute de ceux qui en abusent. Pour admirer davantage la suprême et divine sagesse , continuons de parler des plantes et de leur admirable composition : de même que celui qui veut bâtir une maison , commence par les fondemens sur lesquels il doit élever son édifice ; ainsi le Créateur a ordonné que la première chose que feroit quelque plante que ce fût , soit arbre ou herbe , avant que de s'élever en haut, elle jetteroit des racines en bas , proportionnées à la hauteur qu'elle doit avoir; de sorte que plus elle doit s'élever en haut, plus elle enfonce profondément ses racines en terre. Lorsqu'elle a ainsi jeté son fondement, le tronc s'élève aussitôt , qui est comme une colonne pour soutenir tout l'édifice : de là procède la tête de l'arbre , qui
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répand ses branches de tous côtés, récréant la vue par ses Qeurs et ses feuilles , et nous offrant ensuite trèslibéralement ses fruits bien mûrs et bien assaisonnés. En ceci nous devons remarquer une chose que Sfcnèque avoit fort bien considérée avant nous, c'est tyje quoique les feuilles des arbres et des plantes soient multipliées d'une manière innombrable , il n'y en a point qui soient absolument semblables; au contraire, on s'apercevra toujours , soit en la grandeur, ou en la forme, ou en la couleur, ou en quelqu'autre chose semblable , qu'il y a quelque différence. Il a fait la même observation dans la diversité des visages des hommes , lesquels bien qu'ils soient innombrables , à peine s'en trouvera -t- il un qui approche de l'autre; telle , et si grande et si admirable est l'industrie de ce grand peintre qui en lant de choses et par tant de manières nous manifeste la grandeur de son art et de sa sagesse.
Si nous avons sujet d'admirer en cela cette Providence, nous ne l'aurons pas moins si nous venons à considérer la manière avec laquelle ces arbres et toutes ces autres plantes subsistent; car nous verrons que dans leurs racines elles ont de certaines petites chevelures , par le moyen desquelles elles attirent l'humidité de la terre, qui, échauffée par la chaleur du soleil, s'élève en haut par le cœur et l'écorce du tronc , et par tous les pores qui sont dans le corps de l'arbre , à la conservation duquel cette même écorce est destinée , comme une chemise ou une robe pour le vêtir. Pour les feuilles , elles ont leurs petites veines comme
les corps humains, par lesquelles le suc qui les nourrit, se répand; étant disposées de telle sorte, qu'au miliea est située la grande veine qui sépare la feuille en deux parties égales , et se répand dans toutes les autres veines , se diminuant peu à peu, jusqu'à devenir aussi déliées que des cheveux ; et c'est par là que ia feuille reçoit sa nourriture. J'ai fait autrefois cette remarque dans quelques feuilles de mûrier, desquelles certains petits vers se nourrissent; ayant mangé ce qu'il y avoit de plus tendre en la superficie , cette merveilleuse tissure de veines très-déliées se découvroit. Mais ce n'est pas seulement par là que les arbres se maintiennent et subsistent, ils croissent aussi par le moyen de l'âme végétative , et s'élèvent beaucoup plus haut que ne font tous les animaux pourvus de la même faculté. Entre les autres causes de cette croissance , c'est que les brutes s'occupent , non- seulement à nourrir leurs corps, mais aussi aux opérations des sens, qui s'appellent animales, ce que ne font pas les plantes ; et parce qu'elles sont moins occupées, elles croissent aussi davantage. Par la même cause , il arrive que les hommes fort attachés à l'étude , ou fort adonnés à la contemplation , sont plus foibles de corps que les autres, parce qu'ils donnent beaucoup plus d'exercice à ces opérations animales , non-seulement par les sens extérieurs , mais aussi par les intérieurs , et la vertu divisée a beaucoup moins de force que celle qui est jointe et unie.
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Cette même providence ayant mûri les fruits, n'a pas oublié de pourvoir à leur conservation ; elle a poui cet effet muni les arbres de feuilles , non- seulement pnir l'ornement et pour l'ombre, mais aussi pour défendte les fruits de l'ardeur du soleil qui les dessécheroit; el plus les fruits des arbres sont tendres et délicats , comme ceux des figuiers et des vignes , plus a-t-il fait leurs feuilles larges , comme nous les voyons en ces mêmes arbres. Mais il faut remarquer encore entre les soins de cette sainte providence, qu'elle n'a pas fait les feuilles toutes rondes ; nous les voyons au contraire en long et découpées en certains endroits, afin qu'en couvrant les fruits de l'ardeur du soleil , il y ait aussi de certaines ouvertures qui les fassent jouir de la fraîcheur de l'air et des rayons tempérés du soleil.
Mais nous nous apercevrons encore bien mieux des soins de cette providence, si nous considérons les autres fruits , qui étant exposés sur des arbres fort hauts et en vue des vents , semblent aussi être en plus grand péril : quelques-uns de ceux-là naissent au sommet des montagnes , comme les pins , dont les fruits ne se conserveroienl pas , si le Créateur ne leur avoit donné une garde aussi forte et aussi assurée qu'est la pomme de pin. Là le fruit est logé par un tel ordre dans ses petits étuis , et si bien conservé et gardé , que toute la furie des vents n'est pas capable de l'en tirer. Les noyers sont aussi fort grands et fort hauts , comme sont les châtaigners , (qui portent une sorte d'aliment pour les
pauvres . lorsque le pain leur manque. ) Ces espèces d'arbres sont souvent plantées en des lieux hauts , et par conséquent fort exposés à l'impétuosité des vents ; aus&le Créateur les a revêtus de ces petits aiguillons que nous voyons au dehors , ,et de deux peaux ou tuirques , l'une plus dure que l'autre , qui sont comme Ja dure-mèie , et la pie-mère qui environnent et gardent le cerveau des hommes.
Et d'autant qu'entre les arbres il y en a qui portent des fruits fort grands et fort pesans , comme sont les pommes de coin et les citrons , l'auteur de la nature leur a donné des branches fort déliées et ployables , comme sont celles des cognassiers ; aussi s'en servoit-on autrefois durant la persécution , pour fouetter cruellement nos saints martyrs ; mais les citrons étant encore plus grands que les autres fruits , il a voulu , cet admirable auteur de toutes choses, que les rameaux d'où ils pendent , fussent non-seulement flexibles et forts , mais aussi qu'ils fussent droits , afin de mieux porter leur charge , pour nous faire voir que même dans les moindres choses sa providence et sa sagesse se sont occupées pour notre utilité.
Mais qui est celui qui n'admire point la beauté de certains arbres chargés de leurs fruits mûrs? Qu'y at-il de comparable à la beauté d'un pommier ou d'un poirier couverls de fruits, peints d'une admirable diversité de couleurs , et répandant de tous côtés une odeur très-agréable? Que peut-on voir de plus beau qu'un berceau de vigne, et entre ses feuilles verdoyantes pendre un grand nombre de beaux et de grands
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raisins, de dilïerens goûts et de différentes couleurs? Qu'est-ce que tout cela , sinon autant de perles ou de rubis qu'il y a de grains? Que dirons-nous de l'art admirable qu'il y a dans la fabrique d'une grenade? tombien nous fait-elle voir clairement l'adresse et l'excellence de l'ouvrier, qui n'a pu si bien cacher son art, que nous ne soyons obligés de l'admirer en ce petit ouvrage. 11 l'a premièrement revêtue dune petite robe, faite justement a sa mesure , qui la préserve également de l'intempérie du chaud et du froid. Cette robe par dehors est un peu ferme et dure , mais par dedans beaucoup plus molle et délicate , afin qu'elle ne blesse point le fruit qu'elle contient , qui est fort tendre; làdedans tous les grains sont distribués et départis par un si bel ordre , qu'il n'y a pas le moindre petit espace qui demeure vide ; ils sont tous rangés par petits éta ges et chacun dans sa petite loge ; et entre chacune des loges il y a une petite membrane plus déliée que la plus fine toile , qui les sépare tous ; parce qu'étant , comme ils sont , infiniment tendres , ils se conservent beaucoup mieux séparés par cette petite toile , qu'ils ne feroient étant joints : outre que si l'un des grains se pourit dans sa logette, la petite toile préserve son voisin , afin qu'il ne participe point à cette corruption. C'est bien aussi pour le même sujet que le Créateur a partagé les sièges de notre tête en deux petites bourses, ou seins, séparés par leurs toiles, afin que les coups ou les blessures qu'une des parties du cerveau pouvoit recevoir , ne se communiquassent point à l'autre partie. Mais pour achever notre des-
cription . chaque grain de grenade a au dedans un petit os blanc, afin que ce qu'il a de tendre se soutienne mieux sur le solide , et au pied une petite quere déliée comme un fil très-fin , par laquelle le suc et 7Â vertu se communique depuis la racine jusqu'au grain; car c'est par cette petite queue qu'il se nourrit s qu'il croît et qu'il se maintient, comme l'enfant qui est dans le ventre de sa mère, subsiste par le nombril. Or, tous ces petits grains ont chacun leur chambrette , faite de la même pellicule qui environne l'intérieur de toute la grenade; et afin que rien ne manque à la grâce de son fruit , elle se rassemble toute à, un bout , où elle forme une couronne , sur laquelle il semble que les rois ont pris le patron de celles qu'ils portent : et en ceci on diroit que le Créateur a voulu déclarer et désigner ce fruit pour être le roi de tous les autres; au moins n'y en a-t-il point qui puisse lui être préféré , soit en la couleur de ces grains vermeils et vifs comme corail , non plus qu'au goût , ni même en l'utilité qui en revient à la santé. Car, en effet , la grenade est également agréable à la vue , douce à la bouche , savoureuse aux sains et salutaire aux malades. Elle a bien une qualité qui la rend encore plus recommandable, qui est que l'on peut la conserver plus facilement qu'aucun autre fruit toute Tannée : et après cela sera-t-il possible que les hommes, qui sont si subtils à philosopher sur les choses humaines , ne le seront point à philosopher sur l'artifice merveilleux de ce beau fruit , afin de reconnoître en lui et par lui la sagesse et la providence de celui qui , avec un pei*
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d'humeur tirée de la terre et de l'eau , a su créer une chose si helle et si profitable ? L'Epouse le savoil bien faire en ses cantiques» lorsqu'elle invitoit son Ejoux à goûter de ses grenades , le priant d'aller' avec die au champ , pour voir si elles , et les vignes , avoieii fleuri. ( Gant* 7. )
Et d'autant qu'en ce même lieu il est fait mention des vignes , il ne seroit pas juste de passer sous silence l'utilité qu'elles nous apportent par leurs fruits; car encore que la vigne soit un fort petit arbre, néanmoins le fruit qu'il nous donne n'est pas petit : nous en retirons des raisins qui durent presque toute l'année; le vin qu'il produit nourrit , fortifie et réjouit le cœur de l'homme; il s'en fait du vinaigre et du verjus ; il s'en fait des passerilles qui sont d'un goût très - agréable , et très-utiles pour les sains et pour les malades : et c'est pour cela sans doute que cette sagesse éternelle compare les fruits qui procèdent d'elle-même à ceux que cet arbre si fertile produit. Le Sauveur lui-même s'y compare dans l'Evangile , lorsque parlant à ses disciples , il leur dit : Je suis la vigne , et vous le sarment [Joan. \o ); et tout ainsi que le sarment ne peut fructifier , s'il n'est uni à la vigne , ni vous aussi , si vous n'êtes unis à moi. Quoique cet arbre soit si petit, et que de soi il ne puisse s'élever en haut, il ne manque pas toutefois de moyens pour cela , la nature lui ayant donné de certains petits rameaux retortillés , avec lesquels il s'attache aux branches des arbres , et s'élève ainsi à leur hauteur, quelqu'élevés que ces arbres puissent être. C'est en cela que nous voyons, ce
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semble, une expression bien vive de l'image de notre rédemption; car les hommes par la même voie (bien que créatures fort viles en comparaison des ang^s) , ens'attachant à ce. grand cèdre du mont Liban, qui est Jésus-Christ notre Rédempteur, et s'unissant à lui, non par de pelites branches, comme la vigne, mais par les liens de son amour , sont ressuscites avec lui , comme dit l'Apôtre , et élevés jusqu'au ciel. Saint Grégoire nous a fort bien expliqué ceci par ces belles paroles : « Cette hauteur et c(*te sublimité divine ne » pouvoit être vue de nos foibles yeux; c'est pour- » quoi elle s'est abaissée jusqu'à se prosterner en ter- » re , pour nous mettre sur ses épaules ; et se relevant » après , elle nous a aussi élevés avec elle ; et par le » mystère de son incarnation et l'honneur de cette al- » liance, la nature humaine a été ennoblie et relevée » par- dessus les anges mêmes. »
Puisque dans la division des arbres , que nous avons faite ci-devant, nous avons fait mention des arbres stériles et sauvages , il est à propos aussi de faire voir en ceci le soin de la providence divine, laquelle voyant que comme les hommes avoient besoin de vivres pour se nourrir, ils avoient aussi besoin de maisons pour se loger et pour se mettre à couvert des injures du temps; elle créa des arbres très-commodes pour ce sujet : et tout ainsi qu'elle avoit ordonné que la plupart de ceux qui portent fruit , demeurassent bas et touffus , afin que l'on en pût avec plus de facilité recueillir les
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fruits ; aussi voulut-elle que ceux qui étoient destinés pour servir aux édifices , fussent hauts et droits* Tels sont les pins , les chênes , les peupliers et autres semblables , parce qu'il étoit nécessaire qu'ils fussent de cette sorte pour en faire de grosses et grandes poutres; mais tout le reste des arbres communs des forêts servent pour la nourriture de plusieurs animaux, qui broutent ou leurs écorces , ou leurs racines; ils servent aussi a brider, ce qui nous apporte des commodités notables , non-seulement pour nous chauffer durant le froid , mais aussi pour une infinité d'autres choses nécessaires à la vie; et cela nous fait voir comme il n'y a rien de si vil ni de si abject dans les champs, qui ne soit nécessaire pour le soutien de notre vie , laquelle étant foible et débile, comme elle est, a besoin de tout ce qu'il y a dans le monde pour se soutenir. Mais afin que rien ne manquât à nos besoins , cette main très-libérale a encore fait d'autres espèces d'arbres pour d'autres différens usages ; car elle nous a donné des arbres aromatiques , comme la canelle et le girofle , qui sont d'une odeur forte et agréable; il y en a d'autres encore qui distillent le baume en orient, et l'ambre en Afrique et en Egypte , lequel n'étant qu'une gomme d'arbre, ne laisse pas de s'endurcir comme une pierre ; et souvent (pour marque de ce qu'il a été) on trouve qu'il renferme des morceaux de feuilles ou des petits animaux, qui sont tombés dessus tandis qu'il étoit encore tendre; mais ces arbres sau vages et stériles par la providence du Créateur, changent bien souvent de nature , et deviennent fructueux
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et domestiques par le moyen de Tente , dont elle nous a montré l'art et l'usage. Nous envoyons tous les jours l'expérience dans les oliviers sauvages , qui deviennent frmcs et fructueux par ce moyen; elle nous a enseigné aussi les remèdes pour les guérir de leurs infirmités , lorsqu'ils en souffrent de notables ; et saint Ambroise rapporte, que si l'on met dans la racine d'un amandier amer , quelque petite pièce de pin franc , ii deviendra doux et perdra son mauvais goût.
Ce même Saint nous apprend une autre chose qui se remarque dans les arbres , laquelle est très-digne d'admiration , c'est , dit-il , qu'il s'en trouve de mâles et de femelles , comme la palme , laquelle se rencontrant près du palmier, qu'on dit être le mâle , elle fait pencher et incliner naturellement ses branches auprès du palmier , et par ce moyen ses dattes en reçoivent la saveur et le bon goût que nous y trouvons : aussi les laboureurs, s'ils voient que les palmiers soient trop éloignés de leurs femelles , ils cueillent de ses fruits , et les mettent dans sa femelle, laquelle par ce moyen devient fertile et son fruit de fort bon goût. Ceci est encore plus ordinaire et plus remarquable dans les figuiers , lesquels en beaucoup d'endroits reçoivent de leurs mâles, qu'on appelle caprifigues, la douceur emmiélée que nous ressentons dans leurs fruits , sans quoi ils demeureroient inutiles. C'est pour cela que les jardiniers usent du même artifice que l'on fait dans les palmiers ; car ils prennent un petit bouton de ces figuiers mâles , qu'ils mettent dans quelqu'une des branches de la femelle pour la rendre fertile. En ce fruit il y a deux
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choses fort merveilleuses à remarquer : Tune , du fruit de ces caprifigues il sort une espèce de fort petits moucherons, lesquels venant à piquer ce petit œiVqui est à l'un des bouts du fruit , ils lui donnent tel got^t, et lui communiquent si grande quantité de miel, que souvent il regorge par l'ouverture qu'ils ont faite en ce petit œil. L'autre merveille est que bien que dans un de ces figuiers il y ait plusieurs milliers de figues , ces petits moucherons l'environnent si soigneusement qu'ils ne laissent pas une seule figue sans être piquée , et à laquelle ils ne communiquent leur bienfait. Qui sera-ce, voyant ceci, qui n'admirera point la toute-puissance, et la providence du Créateur, qui a daigné inspirer à un si petit animal telle propriété., que lui seul fût capable de donner le goût et la maturité , par son seul attouchement, à un fruit si délicieux, et un tel soin et telle attache , qu'il n'en laissât pas un seul sans le piquer? Mais en cela même ce divin auteur de la nature n'a-t-il point voulu nous enseigner que toutes les choses ont quelque dépendance les unes des autres, sans qu'il y en ait aucune qui contienne en soimême tout ce qui lui est nécessaire? et n'est-ce point aussi pour nous faire voir qu'il n'y a rien de si petit qui n'ait sa vertu et ses propriétés spéciales? Qu'il soit donc loué et glorifié à jamais pour toutes ces merveilles , car il a fait toutes choses , en nombre , poids et mesure , et en toutes il a voulu se manifester à nous. Mais avant que de quitter cette matière, il est à propos défaire mention du soin qu'a pris cette providence de conserver les espèces de toutes les choses corrup-
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tibles, et particulièrement des plantes. Pour cet effet elle a pourvu à deux choses principales; et d'abord, chaque plante produit une si grande abondance de semences , que jamais elle n'en peut manquer pour produire sa semblable; en second lieu , Dieu a mis une si merveilleuse vertu et qualité en chacune de ces semences , que d'un seul grain ou pépin , pour petit qu'il soit , il peut naître un grand épi capable de produire cette grande quantité de semences pour réparer et entretenir son espèce. Nous voyons clairement l'un et l'autre dans un grain de moutarde , de quoi le Sauveur a fait mention en son Evangile; ce petit grain produisant une si grande abondance d'autres grains , et chacun de ces petits grains étant jeté en terre , une plante chargée de tant de milliers de grains, qu'il ne faut pas appréhender que l'espèce s'en puisse perdre : de même d'une petite graine de melon il naît une masse de melons , et en chaque melon une multitude presque infinie de graines pour réparer et entretenir ce fruit. Ainsi d'un grain d'orange nous voyons naître un oranger, et de chaque oranger tant d'oranges et tant de graines d'oranges , qu'il est impossible par ce bel ordre que les espèces des plantes puissent jamais manquer dans le monde , ayant une aussi abondante matière pour se réparer qu'il y a de grains de semences dans chacune des plantes. Voyons donc et admirons en ceci de quelle sorte Dieu sait pourvoir à ce qu'il lui plaît de conserver; et par cet exemple nous pourrons mieux comprendre combien a été abondante la rédemption qu'il nous a très-libéralement concédée
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par le moyen et le mystère de l'incarnation de son fils unique, d'autant que si sa libéralité a été si grande à nous pourvoir de remèdes pour conserver les espaces des plantes, combien grande et magnifique devohsnous croire qu'elle a été pour réparer et sanctifier l'es pèce des hommes ! aussi l'Apôtre a-l-il voulu nous faire mention de cette grâce, lorsqu'il a dit : Que les richesses étolent incompréhensibles puisqu'elles avoient amené le Fils de Dieu sur la terre (Eph. 1). Le Sauveur même n'a pas voulu nous taire un si grand bien , nous disant : Je suis venu au monde pour donner la vie aux hommes, mais une vie très-copieuse et très-abondante. (Joan. 10.)
Mais il est temps de mettre fin à l'explication des œuvres du troisième jour de la création, (auquel le Créateur commanda a la terre de produire ses fruits ,) non pas aux louanges ni aux actions de grâces que nous lui devons rendre pour un si grand bienfait ; nous devons au contraire en conserver le souvenir à jamais au plus profond de nos cœurs , et nous le ferons sans doute si nous voulons prêter l'oreille aux voîx de toutes les créatures, lesquelles bien que muettes et par le seul tablenu de l'artifice admirable de leur composition , et le bienfait de leurs fruits, nous disent sans cesse : c'est Dieu qui nous a faites, mais c'est pour vous qu'il nous a faites.
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