CHAPITRE XI
Préface pour entrer au traité des animaux, et principalement de ceux que nous appelons parfaits.
L>es animaux, et principalement ceux que nous appelons parfaits , sont dans un degré de vie plus parfait que ne sont les plantes dont nous venons de parler , parce qu'ils sont doués de sentiment et de mouvement, et d'autant qu'ils sont plus parfaits que les plantes , d'autant nous manifestent -ils plus évidemment l'excellence du Créateur , qui prend d'autant plus de soin des choses , qu'elles sont plus parfaites ; aussi y a-t-il plusieurs graves auteurs , même de grands rois , qui ont composé des livres sur ce sujet ; les merveilles qu'ils ont aperçues dans la composition des corps des animaux , et les aptitudes et dispositions qui leur ont été données pour leur conservation , les ayant excités à rechercher leur nature et leurs qualités occultes. Alexandre le grand , ce prince qui sembloit n'être né que pour la guerre et pour les armes , au plus fort même de ses plus grands exploits , quoique cette occupation semblât bien demander un homme tout entier , eut néanmoins un si violent désir de connoître les qualités et les propriétés des animaux , qu'il commanda très-étroitementàtous les chasseurs, pêcheurs, et gens de montagnes , pasteurs de troupeaux , oiseleurs , et à tous les autres qui avoient soin d'élever et
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de gouverner des animaux, soit en Asie ou en Grèce , d'obéir aux ordres d'Aristote , et de lui donnct une exacte connoissance de tout ce que chacun d'eux auroit découvert, afin qu'il pût composer ces livres tant célèbres qu'il a écrits des animaux; et tout cela se fa\ soit seulement pour contenter un peu l'appétit de l'esprit humain qui étoit certainement un trop petit objet et une trop petite récompense d'un si grand travail. O combien est plus grande et plus digne celle qui est promise au chrétien qui applique son cœur et son âme à cette contemplation, puisque par là il s'élève au-dessus des astres et au-dessus de toutes les natures créées, pour atteindre à la connoissance de leur souverain auteur , en quoi consiste la principale partie de notre félicité. C'e6t pour cela qu'il a dit par Jérémie : Que le sage ne se glorifie point en sa sagesse, ni le fort en sa force , ni le riche en ses richesses , mais que celui qui se veut glorifier , se glorifie seulement de me connoître {Hier. 9). C'est pour parvenir à celte grande connoissance que je veux composer ce traité ; que s'il est par hasard plus étendu qu'il ne semble être du devoir d'un théologien, (cette matière étant plus convenable h la philosophie , ) qu'on ne m'en donne pas pour cela de blâme. On doit considérer que ne traitant pas ceci en philosophe , mais en théologien , et l'ouvrage de la création ne faisant pas une petite partie de la théologie, (le rapportant surtout comme nous faisons et l'appliquant à la connoissance du Créateur,) j'ai du m'y arrêter; ce que je ferai d'autant plus volontiers, que la matière sera sans doute très-agréable au lecteur, 1. K
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lequel sera souvent en admiration , voyant reluire en tant de parties et avec tant d'éclat la sagesse et la providence incompréhensible du Créateur. Il y verra des choses qui lui sembleront tellement incroyables , qu'il Jàudra que souvent il ait recours à cette célèbre sentence de Pline , qui dit à ce propos , que la majesté des œuvres de la nature est si grande, que souvent elle surpasse la foi et la crédulité humaine. Mais si nous venons à considérer que Dieu par sa providence a mis dans tous les animaux, au défaut de la raison, des inclinations et des instincts naturels qui les poussent à faire ce qu'ils feroient par les mouvemens de la raison s'ils l'avoient parfaite , nous ne trouverons rien d'incroyable de ce qui se dira en ce sujet; car il est bien clair et bien facile à croire , que celui qui par sa bonté et par sa volonté seule les a créés , et qui a voulu qu'ils fussent maintenus dans l'être qu'il leur a donné, (toutes ces œuvres étant souverainement parfaites comme elles sont , ) a bien pu leur donner aussi tout ce qui étoit nécessaire pour leur conservation * opérant eu eux tout ce qui devoit concourir à cet effet : et c'est ce qui a fait dire à saint Thomas, que tous ces animaux sont instrumens de Dieu , lequel comme première et principale cause , les meut à tout ce qui leur est convenable par le moyen de ces inclinations et de ces instincts naturels qu'il leur a donnés en les créant ; mais comme nous avons dit ci -devant que Dieu ne s'arrête pas à la seule production des animaux, et que passant bien plus avant il s'en sert comme de moyens pour manifester sa gloire ; (laquelle il dé-
couvre d'autant plus clairement qu'il fait en ceci de plus grandes merveilles ) , personne ne doit tenir pour incroyables les choses que nous dirons en ce sujet , d'autant que la natureefficiente qui est Dieu, et la cause finale qui est la manifestation de sa gloire , rendent toutes ces opérations d'autant plus croyables, qu'elles sont plus admirables et nous donnent un plus évident témoignage de la gloire du Créateur.
Ce qui nous doit mieux persuader ces vérités, c'est cette célèbre sentence d'Aristote . qui dit , que les actions des animaux ont un grand rapport avec celles des hommes , parce que tout ce que ceux-ci font pour leur conservation , ceux-là le font aussi pour la leur. Et pour prouver cette proposition , laissant à part plusieurs autres exemples , il se sert de celui de l'hirondelle, et de l'adresse avec laquelle elle bâtit son nid. Car comme le maçon qui veut bâtir une muraille de torchis , mêle des pailles avec des barres de bois , et entrave l'un dans l'autre; ainsi fait-elle en bâtissant son nid, conduisant tout le reste avec autant de proportion pour l'éducation de ses petits, que le pourroit faire un homme raisonnable. Or, selon l'opinion de ce philosophe , plus les actions des animaux ont de rapport à celles des hommes , plus elles sont croyables , bien qu'elles le semblent moins à ceux qui ne pénètrent pas en cette considération. Car Dieu a donné véritablement à l'homme l'intelligence et la raison , afin qu'il pourvût à toutes les choses nécessaires pour sa conservation. Mais il ne s'est pas engagé , ni lié à conserver la vie des animaux par les mêmes moyens, pouvant
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sans cela imprimer en eux de telles inclinations naturelle?, que par elles seules ils fissent tout ce qu'ils feroient s'ils avoienl la raison , non-seulement dans une si grande perfection que les hommes mêmes, mais mcore beaucoup davantage. Et en effet , ils sont plus certains et plus infaillibles, plus réguliers et plus constans dans les opérations qui regardent leur conservation , que les hommes ne sont en celles qui concernent la leur. Nous ne saurions nier qu'ils n'aient de l'avantage sur nous , soit en la connoissance des remèdes qui leur sont propres , soit dans le pronostic du changement des temps et des saisons , ce que les hommes ne savent que par l'étude. Nous allons voir cette vérité dans la suite de cet ouvragé. Et c'est en ceci principalement que le Créateur a manifesté la grandeur de son pouvoir , de sa sagesse et de sa providence : car encore que les espèces des animaux qui sont en l'air , dans la terre et sur la mer , soient innombrables , et qu'il en paroisse davantage qu'il n'y a d'étoiles au ciel , néanmoins il n'y en a aucun , pour petit qu'il soit , qui ait été négligé. Au contraire , il» ont tous été pourvus d'autant d'aptitudes et de diverses facultés pour leur conservation , cfue leurs espèces sont différentes, quoiqu'elles semblent être infinies. Qui sera celui , voyant toutes ces merveilles , qui ne demeurera pas ravi en admiration, et qui ne sera pas surpris de la grandeur de cette puissance , de cette sagesse et de cette providence, qui a opéré tant de merveilles en un si grand nombre de différentes créatures, et ce qu'il y a de plus admirable , avec une seule parole ?
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Pour procéder régulièrement en cette matière, nous traiterons premièrement des propriétés des animaux en général , et puis nous viendrons à en faire une description particulière.