CHAPITRE XII
Des propriétés des animaux en général.
V our commencer à traiter des propriétés générales des animaux , la première chose que nous devons considérer en cette matière , c'est la perfection et la bonté de la divine providence , laquelle n'eut pas sitôt déterminé par s.on infinie bonté de les créer pour le service de l'homme , qu'au même temps et pour la même fin elle détermina aussi de les pourvoir de tout ce qui leur étoit nécessaire pour se conserver en l'être qu'il leur donna , c'est-à-dire , pour se nourrir, pour se garder, pour se guérir dans leurs maladies , et pour élever leurs petits , sans qu'il leur manquât aucune des choses qui pouvoient servir à cette fin.
Elle créa donc premièrement diverses sortes d'alimens , proportionnés à toutes les espèces d'animaux, dont les uns se nourrissent de chairs, les autres de sang, les autres d'herbe „ les autres de branches d'arbres, les autres de grain , et les autres de vers qui rampent sur la terre , ou qui volent en l'air. En ceci nous devons attentivement considérer le merveilleux soin de celte providence suprême; car encore que les espèces
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des animaux tant petits que grands soient presque infinies , néanmoins il n'y en a aucun , pour vil et pour abject qu'il soit, qui n'ait sa nourriture propre et particulière. C'est de cette merveille que le Prophète a »arlé , lorsqu'il a dit : Que le Seigneur donne à manger à toute chair (Psal. 1 20) , et en un autre lieu : // donne, dit il , aux bêtes leur pâturage , et aux petits des corbeaux qui crient à lui {Psal. 1^6) ; et ceci est encore plus admirable en certains petits oiselets qui ne mangent pas d'herbe. Car nous voyons ceci en Espagne , au commencement du mois de mai , quoiqu'il n'y ait ni blé , ni avoine , ni lin , ni mil sur les champs, il se répand une si grande quantité d'hirondelles , qu'il n'y a ni église , ni maison , ni toit de laboureur , qui n'en soient remplis. Nous pouvons dire la même chose des moineaux , puisque l'on ne sauroit presque trouver de trou de maison qui n'en soit garni, sans parler de plusieurs autres espèces de petits oiseaux de cette sorte; je demande de quoi se peuvent nourrir tant de bouches , dans un temps qu'il n'y a pas encore un grain formé sur la terre. Certainement je puis comme les autres admirer ceci, mais non pas en dire la raison; le seul fceigneur qui pourvoit en ce temps -là à leur nourriture , en a la connoissance ; et par là il assure ses serviteurs , que rien de ce qui est nécessaire pour leur vie ne leur peut manquer , puisqu'il ne permet pas que rien manque aux oiseaux des champs. C'est aussi par cet exemple qu'il fortifie notre confiance en son Evangile, lorsqu'il dit : Prenez garde aux oiseaux de Cair, qui ne sèment, ni ne moissonnent , ni ne
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serrent le grain dans leurs greniers , et votre Père céleste leur donne à manger. N'êtes-vous pas d'une autre valeur et d'un plus grand prix queux , afin quit prenne aussi un plus grand soin de vous?
Afin que rien ne fut omis de ce qui étoit nécessaire pour cette nourriture des animaux , le Créateur leàa formés avec toutes les dispositions et aptitudes , force* et sens qui pouvoient servir à cet effet; et pour examiner ceci de plus près , commençons par ce qu'il y a de plus général. Le sens de la vue leur a été donné pour voir les vivres ; la force , pour se mouvoir à les chercher , avec les instrumens qui leur font besoin pour agir , comme pieds , ailes , ou choses semblables , jusques à de certains petits ailerons dont les poissons ont été pourvus ; leurs corps sont courbés vers la terre , pour être plus près de leur nourriture; et parce qu'entre les animaux il y en a plusieurs qui subsistent de la proie des plus foibles , il n'y en a point à qui. le Créateur n'ait donné quelques instrumens de défense pour se garantir un peu de la violence des plus forts , afin qu'ils ne les missent pas à toutes rencontres en pièces ; aux uns il a donné la légèreté des pieds , aux autres des ailes. Il y en a même qui ont des armes offensives , pour combattre leurs ennemis ; d'autres se servent d'artifice pour se cacher dans leurs tanières ; le? autres vivent en troupe , pour se défendre par le nombre , de la violence de ceux qui les attaquent seuls; et parce que les animaux ne sont pas exempts d'infirmités, non plus que les hommes, ils ont un instinct naturel à chercher les remèdes qui sont nécessaires pour leur guérison.
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Ce même instinct leur donne connoîssance de9 autres animaux qui leur sont contraires , afin de les éviter. ?1 leur donne la même connoîssance des ennemis de leurs ennemis, du parti desquels ils se rangent pour er être défendus. Ainsi la brebis fuit le loup , et ne fait pas le mâtin qui lui ressemble si fort. Ils ont un autre instinct pour connoître les changemens des temps qui leur sont contraires , afin de se prémunir contre leur rigueur. Ils connoissent par le même instinct la qualité des lieux qui sont ou nuisibles ou profitables à leur santé , afin de quitter les uns et se retirer dans les autres, comme nous voyons faire aux h/rondelles et à plusieurs autres oiseaux de passage , qui vont passer les hivers en Afrique , où la chaleur est grande, et les étés en Espagne, où elle est plus tempérée. 11 y en a beaucoup encore qui ont soin en un temps de se munir de vivres pour un autre; c'est ce que font les mouches à miel , qui travaillent avec empressement à faire leur miel durant le printemps , pour avoir de quoi se nourrir en hiver.
Comme nous avons vu le soin que la Providence avoit daigné prendre pour conserver les espèces des plantes , ayant ordonné que les semences qu'elles produisent , fussent en telle abondance qu'il ne manquât jamais de matière à faire une nouvelle production; e^|e n'en a pas moins pris à conserver les espèces des animaux , leur ayant donné en certains temps une inclination naturelle, qui les porte avec tant de véhé-
mencc à celte conservation de leurs espèces , qu'il ne faut point craindre qu'elles viennent jamais à manquer. Platon a fait de ceci une grande merveille lans son Timée. Cicéron n'en fait pas moins dans son traté de la nature des dieux, et considérant combien cett* divine providence étoit non-seulement soigneuse , mais infaillible en la conservation des choses qu'elle avoit créées , il admire le bel ordre qui a fait qu'une fois l'année il y ait un certain temps auquel tous les animaux eussent ces violentes inclinations , et ce tempslà passé , qu'ils retournassent dans leur tranquillité première, les mâles vivant avec leurs femelles sans aucun désordre ni dérèglement : et cela nous fait voir la corruption qu'il y a eu dans la nature humaine par le péché, puisqu'elle est si éloignée de l'observation de cette loi et de cette continence. *
Mais combien est grande la sollicitude des animaux en l'éducation de leurs petits , après les avoir engendrés ! avec quelle diligence et quel empressement pourvoient-ils à leur nourriture, à leur défense et à leur logement , afin de les garantir de tout mal ! encore que les exemples en soient fort ordinaires , je ne veux pas laisser d'en rapporter ici un remarquable. Une chienne fit trois ou quatre petits chiens dans un de nos couvens , lesquels comme inutiles furent tués par les religieux et enterrés en divers endroits du jardin; la mère se voyant privée de ses petits , ne cessoit tout le ' jour de chercher et de sentir au jardin si elle ne pourroit point les découvrir. Enfin les ayant trouvés, elle les rapporta tout morts qu'ils étoient , au même lien
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où elle les nourrissent. Les religieux voyant cela , les jetèrent sur un toit fort haut, où il ne sembloitpas qu'il y ell moyen de pouvoir monter; mais la grandeur de c*t amour naturel fit trouver un chemin à la mère , le sorte que sautant par une fenêtre sur un petit toit et de ce toit-là sur un autre , elle fit tant qu'elle trouva ses petits , et revenant sur ses mêmes pas , elle les remit au premier lieu; en quoi nous voyons évidemment combien cette divine providence est parfaite en toutes choses , ayant mis une si violente passion d'autour dans le cœur des pères pour l'éducation de leurs enfans.
Cette même providence ne paroît pas avec moins d'éclat dans les oiseaux , auxquels elle a imprimé encore une plus violente inclination pour leurs poussins à proportion de la* peine qu'elle leur a donnée en leur production , plus grande qu'aux animaux de la terre ; car n'étant pas nécessaire qu'ils fussent nourris de lait à cause de la légèreté dont ils ont besoin pour voler, il a fallu que pour les élever les pères et mères leur fissent part de leur propre nourriture après l'avoir cherchée avec beaucoup de peine et de péril. De là vient que si vous prenez dans le nid un petit moineau pour le mettre dans une cage, le père et la mère l'y reconnoissent aussitôt , et au travers des ouvertures de la cage lui vont donner sa portion , partageant avec lui ce qu'ils a voient amassé pour eux-mêmes. Mais comme cette façon d'élever les petits est bien plus difficile que l'autre, le Créateur a donné aussi aux pères un plus grand amour pour vaincre cette diffi-
culte,* car c'est cet amour qui peut tout et qui surmonte tout , qui est avare pour soi afin d'être charitable et libéral envers ceux qu'il aime; ce qui a fait dire à &int Bernard : aimons , mes frères , notre Sauveur, et aussitôt ce qu'il y a de plus difficile nous deviendra facile Nous voyons bien manifestement ce même amour en une poule qui a des poulets , car bien qu'elle soit naturellement fort timide , sitôt néanmoins que l'on veut s'approcher des poulets qu'elle nourrit , elle se hérisse , elle crie et a bien le courage de se jeter sur ceux qui les veulent prendre.
Mais nous n'avons pas moins de sujet d'admirer cette souveraine providence en ce qu'elle ôte qu'en ce qu'elle donne ; car tout ainsi qu'elle donne ce violent amour à tous les animaux au temps de l'éducation de leurs petits afin qu'ils en supportent plus facilement la peine , aussi dès aussitôt qu'ils sont grandelets et qu'ils peuvent d'eux-mêmes se pourvoir, ils n'en font pas plus d'état que du reste des autres animaux , et ce désir violent qui les porte à la conservation de leurs espèces en certaines saisons de l'année , n'est pas plutôt assouvi, que toute cette ardeur demeure éteinte, parce qu'elle n'est plus nécessaire. Tous les animaux ont des yeux pour voir et pour chercher leur nourriture; la seule taupe n'en a point , parce que se nourrissant de terre , elle a toujours son vivre à la bouche. Ceci n'e pas moins lieu dans les plantes que dans les animaux, car les tuyaux de froment, comme nous avons dit, ont leurs nœuds par certains espaces pour mieux soutenir la pesanteur de l'épi; mais les mêmes nœudi no
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se voient pas aux pailles d'avoine, parce que la charge en est fort légère. Ceci et une infinité d'autres choses nois font voir que le Créateur n'a pas voulu qu'il y eft rien d'inutile ou de superflu en toutes ses œuvres , tfin que nous ne reconnussions pas moins sa providence en ce qu'il ôte , qu'en ce qu'il donne.
Mais , pour revenir à l'éducation des oiseaux , nous devons lien remarquer la dextérité que le Créateur leur a donnée à bâtir leurs nids; ils sont tissus comme de petits paniers et proportionnés à la mesure de leurs petits , garnis par dedans ou de petites pailles , ou de petites plumes bien délicates, afin que leurs poussins étant éclos ne soient point offensés par la dureté du nid. Que pourroient - ils faire de plus s'ils avoient l'usage de la raison? Pour les petits , afin de ne salir point leur chambrette par leurs excrémens, ils se mettent au bord du nid , où ils déchargent leur ventre , et les pères jettent dehors avec le bec, les ordures; faisant ainsi les maîtres de la maison , laquelle ils ont soin de tenir nette , après l'avoir bâtie.
Entre les oiseaux et les autres animaux, y en ayant quelques-uns qui sont fort exposés à la poursuite des chasseurs , sans avoir des forces suffisantes pour se défendre , la providence a pourvu à cet inconvénient par une notable fécondité qu'elle leur a donnée , afin d'en conserver les espèces ; c'est ce que nous voyons ai\x palombes et aux lapins , qui produisent presque tous \es mois , et aux perdrix qui couvent par fois jusqu'à Vingt œufs , de sorte que , quoiqu'il y ait un si grand noRibre de chasseurs occupés h les poursuivre, ils
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trouvent néanmoins toujours de quoi chasser, par le moyen de cette merveilleuse fécondité.
On ne voit presque point d'animaux qui n'aient luirs armes offensives et défensives : les uns ont des corne?, les autres des griffes , les autres des dents ,4 et ceux qui sont désarmés ont été pourvus d'adresse et de légèreté , pour se mettre à couvert de la violence des plus puissans. Ainsi nous voyons que le lièvre et le chat, qui sont les plus craintifs, sont aussi les plus légers. Tous généralement , par un instinct naturel , commissent l'usage de leurs membres; cela paroît en un pttifc agneau , ou en un petit taureau , lesquels avant que leurs cornes soient sorties , ne laissent pas de se choquer par la partie où elles doivent sortir; ils ont la même connoissance de ceux qui sont les plus forts, et l'on voit les petits oiseaux trembler au bruit de la sonnette que porte l'épervier. C'est le même instinct qui leur fait conno^re la différence des herbes salutaires et nuisibles , de sorte que se nourrissant des unes , ils ne touchent point aux autres , quelque faim qu'ils puissent avoir; cette distinction des herbes se fait par l'odorat , qui est bien plus vif et plus subtil dans les animaux que dans les hommes. Galena parle dans ses livres, d'une expérience qu'il en avoit faite : il mit, à ce qu'il a écrit, devant un petit chevreau nouvellement né une écuelle remplie de vin, une autre de vinaigre, une autre de miettes de pain, et une autre de lait; mais le petit animal les ayant senties l'une après l'autre, s'arrêta à celle du lait, qu'il but; et c'est ainii que la providence enseigne aux brute* ce que ie*
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hommes ne savent que par étude ; car tous les animaux ont naturellement leurs aptitudes pour chercher leurs alimens. Mous le voyons tous les jours dans les petits chiens, lesquels à l'heure même qu'ils sont ifàs et avant que d'avoir les yeux ouverts , savent hien trouver la tétine de leurs mères; mais si le lait n'en veut pas sortir, en pressant doucement avec leurs petites pattes la fontaine d'où il doit couler, ils trouvent moyen fie se nourrir : peut-on dire quelque chose de plus admirable?
Le Créateur voyant que là où il y avoit défaut de raison , il y auroit aussi faute d'aptitude et de disposition à chercher les vêtemens , il a pourvu tous les animaux en naissant, et quelques-uns même avant qu'ils fussent nés , de ce qui leur étoit nécessaire pour je couvrir ; les uns ont eu des plumes , les autres du poil ; les autres du cuir , les autres de la laine , quelques-uns des écailles et d'autres des coquillages; il y en a qui changent de robe toutes les années; aux autres elle dure toute la vie, sans s'user, ni se romprenous voyons encore que plusieurs animaux sans parler , ne laissent pas , par de certaines voix et par des cris de se faire entendre; témoignant tantôt de la colère , tantôt de la douceur , quelquefois la faim et la soif qui les presse, et d'autres fois aussi la douleur qu'ils ressentent; les petits oiseaux en font de même dans leurs nids , et leurs cris font connoître à leurs yères la faim qu'ils souffrent , afin qu'ils leur donnent à\ manger.
La composition et proportion des membres quileur ont été donnés, ne contribue pas moins à cette mène conservation ; nous le pouvons remarquer dans Its grues et dans les cigognes , lesquelles ayant les jambes fort longues , ont eu aussi un cou long à proportion , afin qu'elles pussent atteindre plus facilement à leurs vivres qui sont sur terre ; les chouettes qui ne vont que de nuit chercher leur nourriture , et les chats qui se servent du même temps pour chasser, ont eu une particulière faculté à la vue , afin que les uns pussent trouver à vivre , et que les autres nous délivrassent de l'importunité de ces petits animaux qm leur servent de proie.
Il n'y a point d'animaux qui n'aient des qualités convenables à leurs natures, par lesquelles ils sont distingués les uns d'avec les autres , comme l'a fort bien remarqué saint Basile , qui en a fait ce dénombrement : le bœuf, dit-il , est fort , l'âne paresseux , le cheval glorieux , le loup farouche à ne se pouvoir jamais apprivoiser , le renard fin , le cerf timide , la fourmi laborieuse , et le chien reconnoissant du bien que l'on lui fait; le lion est naturellement furieux , et ennemi de toute sorte de compagnie , même de celle des autres animaux de son espèce , parce que s'estimant roi et souverain , il pense être déshonoré s'il se voit en compagnie d'autres à qui on rende le mêtne
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honneur qu'à lui. On ne lui voit point manger le lendemain les restes du jour précédent , quoique, comme graad seigneur, il lui demeure toujours du reste de se> vivres. Mais entr'autres choses, la nature lui a donjré la faculté de faire entendre un rugissement si terrible , que plusieurs animaux qui se pourroient sauver devant lui par leur légèreté, par ce seul bruit tombent morts à terre; et de cette façon il les dévore et s'en nourrit. Et néanmoins toute cette grande force n'empêche pas qu'il n'ait peur d'une petite souris, et beaucoup plus du scorpion , comme saint Ambroise a remarqué. Par cet exemple on peut voir qu'il n'y a point de force si grande , qui n'ait quelque chose à craindre ; ni de foiblesse si abattue , qui ne puisse nuire. Le tigre est véhément, et court avec impétuosité; aussi a-t-il le corps déchargé, et par ce moyen plus propre à la course; l'ours, au contraire, est paresseux , rusé et lent, et a le corps, à proportion, pesant et difforme : mais par-dessus toutes ces qualités qui sont communes à tous les animaux , il y en a une autre qui découvre bien évidemment , non-seulement la providence , mais encore la bonté et la magnificence du Créateur; car non content d'avoir donné l'être à tous les animaux et les aptitudes pour le con server , il les a encore doués de toute cette sorte de félicité et de contentement dont cette nature pouvoit être capable. Le saint Prophète et Psalmiste nous l'enieigne, quand il dit : Les yeux de toutes les créatures eipèrent en vous, Seigneur, et vous leur donnez leur nourriture en temps convenable {Pal. j 44 ) > ce qui
s'entend
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t'eùipnd de la 'provision pour leur subsistance. Mais il ajoute : vous oindrez la main et remplissez tout animal de bénédiction : et par ces termes de remplir de bénédiction , ne devons-nous pas entendre ce genre de félicité et de contentement dont le Seigneur remplit les cœurs de tous les animaux, afin qu'ils jouissent de tous les contentemens dont leur nature les rend capables? Par exemple , quand nous entendons que le rossignol, le serin ou le canari, s'efforcent de chanter, nous devons croire que si cette musique nous plaît, elle n'agrée pas moins à ces petits oiseaux qui chantent; car ils ne disent mot , ou lorsqu'ils sont tristes , ou lorsque le temps est sombre; et en effet , comment est-ce que le rossignol pourroit passer les nuits entières à gazouiller, s'il ne prenoit du plaisir en sa musique ; puisque selon l'axiome des philosophes , c'est le plaisir qui fait l'œuvre? Lorsque nous voyons de jeunes chevreaux , ou bien de petits agneaux , courir en sautant d'un côté et d'autre , et sortir du parc où ils ont été nourris ; se ranger en deux troupes , et contester les uns contre les autres; les uns faisant tantôt fuir les autres , et puis refuyant aussi à leur tour, qui dira qu'ils n'ont pas de plaisir à tous ces petits jeux? Et 'lorsque nous voyons jouer de petits chats et de petits chiens ensemble , luttant les uns contre les autres , et se renversant tantôt dessus , tantôt dessous , se mordant doucement sans se faire mal ; qui ne voit pas le plaisir qu'ils prennent a leurs petites caresses? Les poissons ne s'égayent pas moins en nageant, ni les oiseaux 1. L
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en volant , lorsque nous leur voyons faire leurs tours et retours, et débattre des ailes en l'air.
Ce que nous venons de dire , donne beaucoup d'éclaircissement à l'opinion du grand saint Denis , qui dit que Dieu avoit voulu faire toutes choses semblables à soi , autant que leur capacité et leur nature le peuvent permettre ; et partant , comme il a un être et un être bienheureux , qu'il avoit aussi voulu que toutes les créatures , chacunes à leur égard et proportionnément , eussent l'un et l'autre : c'est pourquoi il ne s'étoit pas contenté de leur avoir donné tant d'aptitudes pour se conserver en leur être; il avoit voulu aussi qu'elles lui fussent , en leur manière , semblables en cette espèce de félicité et de contentement, dont il les avoit rendues capables. 0 combien est grand ce témoignage de la bonté et de la libéralité infinie de Dieu , qui se communique de la sorte à toutes ses créatures ! 0 bonté immense ! ô douceur et bénignité ineffable ! si vous aviez fait ce bien aux seules créatures raisonnables, qui peuvent reconnoître ce bienfait, et vous en rendre grâces, la mer7eille n'en seroit pas si grande; mais d'en avoir fait largesse à celles qui ne sont capables , ni de vous connoître , ni de vous louer , ni de vous en rendre grâces , c'est ce qui nous manifeste davantage la grandeur de votre bonté , de votre noblesse vraiment royale , et de votre magnificence à l'égard de toutes vos créatures; puisque vous leur donnez , de pure grâce , tout ce dont leur nature est capable , sans espérer aucun retour de gratitude pour cela. En cela vous nous faites bien con-
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naître ce que vous avez réservé, autant en cette vie qu'en l'autre , pour ceux qui vous servent et vous aiment; puisque vous vous montrez si libéral à l'égard des créatures qui sont sans reconnoissance et sans aucun ressentiment. Toute la terre, Seigneur, l'air et la mer sont remplis de ces merveilles , et c'est pour cette raison que le prophète royal s'est écrié : 0 Seigneur, combien est admirable votre nom en toute la terre ! et c'est pour la même raison aussi qu'il a dit „• Que depuis le levant jusques au couchant du soleil le nom du Seigneur doit être loué et adoré (PsaL 8) , parce que toutes les choses que nous voyons dans le monde, nous fournissent une ample matière de lui chanter des louanges.