‹ Catéchisme, ou, Introduction au symbole de la foiChapitre 24 sur 49 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Des propriétés et facultés quont (es animaux pour s$ guérir de leurs maladies*

JLes corps des animaux étant composés des quatre élé-r mens , et participant de leurs qualités contraires , il est nécessaire qu'ils soient mortels et sujets à diverses maladies comme les nôtres, d'autant que pour peu que la proportion qui doit être observée entre ces quatre qualités , vienne à se déconcerter , il faut que la maladie s'ensuive. Les hommes à la vérité ont la raison pour trouver remède aux leurs , aussi est-ce par elle qu'ils ont enfin trouvé , après beaucoup de peines et de longues expériences, l'art de la médecine ;. mais cette raison manquant aux brutes , cette très-parfaite providence a suppléé à ce défaut; et quoiqu'elle paroisse très-évidemment dans toutes les choses que nous

avons ci-devant alléguées , nous pouvons dire qu'elle paroît encore plus clairement en ceci , étant certain que les animaux, par le seul instinct que Dieu leur a donné, ont bien pénétré plus avant dans la connoissance des remèdes qui leur sont propres , que n'ont fait les hommes par leurs longs travaux et leurs études de plusieurs siècles; et de fait, ne voyons-nous pas qu'il reste encore plusieurs infirmités auxquelles les médecins n'ont su trouver remède , au lieu que les animaux n'en souffrent aucune à quoi ils ne sachent pourvoir , étant conduits et enseignés par un maître bien plus excellent que tous les autres maîtres ? Aussi ne faut -il point que nous nous étonnions, s'ils nous ont enseigné plusieurs remèdes que nous tenons 4'eux sans aucun doute; car c'est de l'hirondelle que nous avons appris la vertu de la célidoine pour guérir le mal des yeux ; et elle-même a appris ce secret de son Créateur, pour guérir le mal qui survient quelquefois en cette partie-là à ses petits: celui du fenouil qui sert au même mal , nous a été enseigné par le serpent, qui guérit les siens par la force de ce simplec Le remède si commun aujourd'hui et si ordinaire des çlystères , nous a été enseigné par l'ibis , animal qui a beaucoup de rapport à la cigogne, lequel sentant son ventre trop chargé , va puiser avec son bec de l'eau salée de la mer, avec laquelle il se purge. Pour la saignée , nous l'avons apprise du cheval marin , qui en grec s'appelle hippopotame : celui-ci se sentant malade, cherche quelque canne aquatique ou roseau fraîchement coupé , et avec la pointe la plus ferme et la

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plus aiguë qu'il peut remarquer, il se saigne (ainsi que Pline rapporte) en une veine de la cuisse; mais n'admirerons-nous point l'adresse dont il se sert pour arrêter son sang , afin qu'il ne s'épuise pas entièrement? Sans doute tous nos esprits ne sauroient inventer le remède dont il use pour cela; mais cet animal l'a bien trouvé lui-même, enseigné par cette souveraine providence qui ne peut jamais errer; il s'en va se vautrer dans quelque grand bourbier, et la boue venant h s'attacher à la plaie qu'il s'est faite , elle lui sert de bande pour arrêter son sang. Quel autre maître pourroit avoir appris au pourceau , lorsqu'il se sent malade , d'aller à la côte de la mer chercher un cancre , qui lui sert de remède ? Quel autre a pu enseigner a la tortue , lorsqu'elle a mangé quelque vipère , d'aller chercher de l'origan pour chasser le poison de ses entrailles? Mais voici une autre merveille bien plus grande: qui peut avoir enseigné aux chèvres sauvages des montagnes de Candie , de manger de l'herbe appelée dietame , pour se tirer du corps la flèche qui leur a été décochée par le chasseur? si c'étoit seulement pour se guérir de la blessure, je ne le trouverois pas si étrange; mais qu'elle ait pu savoir qu'il y avoit une herbe assez puissante pour lui tirer du corps un pied de flèche qui y a fait une si profonde blessure , cela ne peut venir d'ailleurs que du Créateur, qui n'a pas voulu que ce pauvre animal , si souvent persécuté par les montagnards, se trouvât dépourvu de remède contre leurs attaques.

Mais que dirons-nous du chien ? n'est-il pas certain ,

que lorsque l'humeur bilieuse prédomine en lui , s'il n'a soin de se purger, il devient enragé? Mais la divine providence prenant soin et de nous et de lui , lui a enseigné une herbe qui croît dans les vallons , laquelle lui tient lieu d'une très-excellente rhubarbe , puisque par sa vertu il se provoque au vomissement , qui le décharge de toute cette humeur maligne et dangereuse. Mais s'il arrive qu'il soit blessé , il ne lui faut point de meilleur emplâtre que sa langue , de laquelle s'il peut toucher son mal , il n'a point de nécessité de recourir au chirurgien. Si la belette vient à être blessée par les serpens , lorsqu'elle se bat avec eux , elle se guérit avec la rue, et les sangliers avec le lierre. L'ours qui s'est empoisonné en mangeant de l'herbe qu'on nomme mandragore , se guérit en mangeant des fourmis; qui auroit pu croire qu'un si grand animal eût dû trouver sa guérison dans un autre si petit qu'est la fourmi ? Mais le Créateur a voulu que sa vertu se remarquât dans les choses les plus petites , et nous faire voir qu'il n'a rien fait sans dessein. Il n'a pas même laissé sans remède le dragon , quoique ce soit un animal si dangereux et si horrible; car dès qu'il se trouve mal , au lieu de rhubarbe, il a recours aux laitues sauvages , qui lui servent de remède. Le léopard n'est ni moins farouche, ni moins dangereux, et néanmoins il trouve son remède dans l'excrément de l'homme. Les perdrix , les geais et les palombes en ont un plus honnête , trouvant leur guérison lorsqu'ils mangent la graine de laurier. Ce que je viens de dire est tiré du huitième livre de Pline.

Albert le grand dit que les chiens se sentant tourmentés des vers , se guérissent en mangeant du blé en herbe. Et le même rapporte que la cigogne étant blessée , se met de l'origan en sa plaie et se guérit. Nous voyons par tous ces exemples, que le Créateur n'a laissé aucun des animaux sans le pourvoir de remèdes , pour nous montrer aussi que toutes ses œuvres sont parfaites en toutes leurs parties. Les simples ordinaires dont les hommes usent en toutes leurs maladies, sont la rhubarbe, l'agaric et quelques peu d'autres; mais les animaux ont leurs remèdes propres et particuliers pour chacune de leurs maladies , cette diversité de remèdes nous faisant beaucoup mieux connoître l'excellence et le savoir de ce grand et véritablement premier médecin de tout le monde. Aus-si n'est-ce pas une chose nouvelle , mais fort ancienne , de voir que les chats ont leurs herbes propres et particulières pour se purger, lorsqu'ils se sentent trop chargés.

Le lion à cause de sa grande force , et le dauphin à cause de sa grande légèreté, sont appelés rois; celuilà des animaux de la terre, et celui-ci de ceux de la mer : il semble aussi que la providence leur a donné un même remède pour se guérir ; car le lion se trouvant mal , guérit en mangeant de la chair des singes de la terre , et le dauphin en mangeant d'une autre espèce de singes qu'il y a dans la mer. L'ours , au rapport de saint Ambroise , étant blessé , va chercher une herbe dite plomos en langue grecque , du seul attouchement de laquelle, à l'endroit de la blessure, il reçoil sa guérison; pour le renard, il n'est pas

étrange qu'ayant tant d'industrie et de finesse en toutes choses , il ait aussi le savoir de se guérir; le même saint rapporte donc que la gomme de pin est son souverain remède.

Puisque nous traitons des remèdes des animaux , il ne faut pas omettre le changement des lieux qui en fait une partie. Les oiseaux , aussi-bien que les poissons , ne manquent point de l'observer pour la conservation de leur santé. En un certain lieu de Portugal , proche de la mer, qui se nomme Notre-Dame du Cap, vers le mois de septembre , il s'assemble une grande quantité de petits oiseaux pour passer en Afrique , parce que les hivers y sont plus modérés ; il se fait aussi au même lieu grande assemblée de chasseurs , qui avec peu de peine en prennent un nombre presque infini; ce qu'il y a de remarquable en ceci , c'est que ces oiseaux comme bons et fidèles compagnons, s'attendent les uns les autres , pour faire ce trajet de compagnie; mais dès que l'hiver est passé, ils quittent avec le même soin les grandes chaleurs d'Afrique, pour revenir en Espagne , jouir d'un air plus tempéré. La même chose se -fait en la mer par plusieurs espèces de poissons, qui changent de demeure, mais principalement lorsqu'ils veulent faire leurs œufs , parce qu'ils ont besoin pour cela d'avoir la mer, l'air et la saison fort tempérés. Pour cet effet il s'assemble de divers endroits une multitude incroyable de difFérens poissons, qui vont tous ensemble et en troupe,

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comme si c'éloit une grande armée , passer le Pont- Euxin , qui est du côté du nord, afin d'y faire éclorre leurs petits, le printemps y étant fort tempéré; sur cela saint Ambroise fait une grande exclamation, disant : « Qui est celui qui a enseigné ces endroits-là » aux poissons, qui leur a indiqué ces saisons, qui leur » a prescrit ces ordres et ces lois , qui leur a appris à » marcher en cet ordre , qui leur a marqué les temps » et les termes de leur retour? Les homvies ont leurs » princes , dont ils attendent les commandemens , et » qui leur envoient leurs édits et leurs ordres pour as- » sembler à certain jour et en certain lieu toutes leurs » tripes, et néanmoins cela n'empêche pas que plu- » sieurs de ceux qui sont mandés ne se trouvent ab- » sens. Mais quel prince ou quel chef a donné cet or- » dre aux poissons ? quel conducteur leur a enseigné » cette discipline? quels guides ont -ils pour faire ces » longs voyages sans s'égarer ? Je reconnois par ce bel » ordre , qui est le chef et le prince : c'est celui qui » par sa disposition divine imprime aux sens de tous » ces animaux la loi de ses commandemens, et qui » sans parole enseigne à ce peuple muet l'ordre de » cette discipline; car, en effet , le bel ordre de sa pro- » vidence ne se borne pas aux grandes choses seule- » ment , il ne prend pas moins de soin des plus peti- » tes. » Tout ceci est de saint Ambroise.

Ce même saint rapporte une autre chose mémorable , et qui prouve fort bien ce que nous venons de dire, qu'il n'y a rien de si vil, ni de si petit , qui soit privé du secours de la Providence. Il dit donc, «que

» le hérisson de mer, qui est un fort petit poisson , » dans le temps de la bonace , par un instinct qu'il a » reçu du Créateur, connoît fort bien la tourmente pro- » chaîne , et sait fort bien aussi se préparer contre sa » violence. Mais comment fait -il cela? 0 puissance » admirable du Créateur ! il se leste en ce temps-là , » prenant une petite pierre en la bouche , afin que les » ondes ne se jouent pas de lui avec tant de facilité , » le bouleversant d'un côté à l'autre. Les mariniers » voyant cela , et connoissant par l'adresse de ce petit » poisson, ce qu'ils n'auroient su remarquer avec toute » leur expérience, se préparent aussi de leur côté, » doublent les cables de leurs ancres, et font to*t ce » qu'ils peuvent s'imaginer pour résister à la tempête » prochaine. Quel mathématicien, quel astrologue, » quel magicien pourroit avec tant de certitude con- » noître le mouvement et les signes des cieux , ou le » cours des astres, que fait ce petit poisson? Par quelle » subtilité d'esprit a-t-il atteint à cette connoissance? » de quel maître l'a-t-il apprise ? Qui a été l'interprète » de ces signes? Véritablement les hommes par le chan- » gement des vents , devinent" assez souvent celui du » temps; mais bien souvent aussi ils s'y trompent, au » lieu que ce petit hérisson ne se trompe jamais dans » ses conjectures. Par où est-ce donc que ce petit pois- » son sera parvenu à un si haut degré de science, » qu'il puisse ainsi prévoir les choses à venir? Or., » plus cet animal est vil , plus il nous fait voir que la » connoissance qu'il a, lui vient immédiatement de a la providence; car si c'est elle qui a revêtu de tant

» de beautés les fleurs des campagnes , si elle a donné » aux araignées cetle grande adresse à ourdir leurs » toiles, quelle merveille est-ce qu'elle ait donné à ce » petit poisson la connoissance de l'avenir, étant cer- » tain qu'elle n'oublie rien et qffelle pourvoit a tout? » Celui qui voit tout , donne ordre à tout ; et celui » qui a fait toutes choses avec une sagesse extrême , » remplit tout aussi de la même sagesse qui est infi- » nie. » Et tout ceci est encore de saint Ambroise.

Je sais bien que les oiseaux aussi prévoient les tempêtes, et que les corbeaux marins et quelques autres oiseaux, qui se plaisent naturellement d'être en haute mer , s'aperce vant de l'orage prochain , gagnent promptement la plage, pour y être avec plus de sûreté. Les hairons qui aiment les lacs et les marais , (se nourrissant des poissons qui y vivent) reconnoissent les grandes pluies et les autres injures de l'air, dont ils se garantissent en prenant leur vol au-dessus des nues , où. le ciel et l'air est toujours calme. Mais avec tout cela je n'ai pas laissé de préférer l'exemple du hérisson , parce que d'autant que ce petit poisson semble être le plus vil et son adresse plus grande , il m'a semblé aussi que nous remarquions bien mieux en lui la sagesse et la providence du Créateur , qui désire sans doute que nous la reconnoissions , que nous la révérions et que nous la glorifiions en toutes choses. C'est ce que font ces esprits sublimes , qui sans cesse louent le Créateur de leurs êtres , disant que les cieux et la terre sont remplis de sa gloire ; parce que toutes les choses qui y sont contenues sont des ouvrages de ses mains, des témoins

de sa grandeur, des prédicateurs de ses louanges, et que tout cela nous manifeste aussi sa bonté, sa sagesse et sa providence. Elle est bien si générale et si parfaite, qu'elle ne manque à aucune créature , pour petite qu'elle soit; ce qui nous doit obliger d'aimer, de servir et d'honorer celui qui se fait connoître à nous par tant de diverses manières.

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