‹ Catéchisme, ou, Introduction au symbole de la foiChapitre 26 sur 49 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Des propriétés et facultés que la divine providence a données à tous les animaux pour l'éducation de leurs petits.

JuA quatrième chose dont nous avons à traiter pour suivre la division que nous avons proposée au commencement de ce livre , est celle qui regarde les facultés que le Créateur a données à tous les animaux pour l'éducation et conservation de leurs petits. En cela il n'y a pas moins à admirer la providence divine, qu'en tout le reste; au contraire il me semble qu'elle y paioîi encore davantage; car les autres facultés dont nous avons déjà parlé, ne leur servent principalement que pour la conservation des individus, au lieu qu'en l'éducation des petits, il s'agit de

la

la conservation de l'espèce même , qui comprend les individus, et qui est par conséquent un plus grand bien : or le bien général étant toujours préférable au particufîer, sans doute la providence divine paroît bien mieux dans la conduite des choses plus grandes , qu'en celle des moindres.

Ce que cette sainte providence a donc premièrement et principalement fait pour cela , c'a été de donner un violent amour aux pères pour leurs petits : c'est cet amour qui les fait jeûner et travailler pour eux , qui les porte à s'exposer même aux plus grands périls , jusqu'à braver le fer et les flammes pour les défendre; c'est ce même amour qui fait que la poule qui fuit toujours l'homme , souffre néanmoins qu'il s'approche d'elle , et qu'il la touche lorsqu'elle est sur ses œufs , de crainte qu'en les quittant , ils ne se refroidissent et ne se gâtent. 11 est vrai que nous ne remarquons pas cette même force d'amour dans les poissons , parce qu'ils ont un autre moyen de se multiplier , en faisant seulement des œufs , desquels ils se déchargent en des lieux commodes , et où ils ne peu* vent être troublés. Néanmoins saint Ambroise fait mention de quelques-uns qui font des petits comme les animaux de la terre ; et entre ceux-là , il raconte une chose fort remarquable d'une espèce de ces poissons. Le père voyant ses petits en quelque péril , ouvre la bouche , et les renferme dedans soi ,* mais le pcfril étant passé, il les remet dehors aussi sains et aussi' entiers que fit autrefois la baleine qui a voit englouti Jonas; de sorte que cet amour dont nous parlons est bien i. P

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plus fort dans les animaux que dans les hommes, et beaucoup plus encore dans les oiseaux , pour les raisons que nous avons touchées ci-devant.

Néanmoins (comme il n'y a point de rè|le sans quelque exception ) le Seigneur même parlant avec le saint homme Job , dit que l'autruche manque de cet amour , et l'exprime par ces paroles : Les plumes de Caulruche sont semblables à celles d'un oiseau de proie, et toutefois quand cet oiseau a laissé ses œufs sur la terre, auras-tu bien le pouvoir, comme moi, de les échauffer dans la poussière pour les mettre au jour ( Job, 59 ) ? Il s'inquiète peu si l'on les foulera aux pieds , ou si les bêtes des champs les casseront : il se montre aussi cruel envers ses petits , que s'ils n'étoient pas les siens ; car Dieu l'a privé de sagesse , et ne lui a pas donné d'entendement. Quand il est besoin , il se lève en haut, et se moque du cheval, et du cavalier qui le monte. Le Créateur a allégué cet exemple pour mieux faire connoître le soin de sa providence ; car à mesure que celui de cet oiseau vient à manquer, il s'en charge lui-même , et sans se servir de la chaleur de la mère , il fait éclore les petits qu'elle a abandonnés.

Le soin qu'il prend des corbeaux nouvellement nés , est tout semblable à celui-ci ; car à leur naissance , leur plumage n'étant ^pas noir, le père les prend pour des bâtards, et ne se soucie pas de les nourrir, ne les avouant point pour siens , qu'il ne les voie revêtus de plumes de sa couleur. Durant tout ce temps-là , cette divine providence faisant l'office de père* les

nourrit elle-même ; ce qui a semblé au prophète royal un si grand argument de la gloire de Dieu , qu'il en a fait mention , et le met au nombre de ses autres louanges, disant : Qui est celui qui pourvoit les animaux de leur propre nourriture , et qui donne à manger aux petits corbeaux qui l'invoquent , et qui l'appellent à leur secours? (PsaL \t\h.)

Sa providence ne se manifeste pas moins en l'éducation des petits aiglons ; car on dit que la mère ennuyée des soins de leur nourriture, en jette un hors du nid. Mais ce Seigneur dont la bonté s'étend à toutes choses, a substitué un autre oiseau qui prend la charge de cette noble éducation, jusqu'à ce que l'aiglon puisse voler, et se nourrir de sa propre proie. IPest vrai que saint Ambroise ne peut consentir qu'on attribue à l'ai gle un si mauvais naturel , puisque le Seigneur même fait comparaison dans l'Ecriture, de l'amour qu'il a pour ses enfans spirituels , à celui que ce généreux oiseau porte aux siens. Il dit aussi que la cause de cette répudiation est bien différente de ce qu'on en a écrit , et néanmoins très-digne d'admiration , qui est , qu'il expose ses petits aux rayons du soleil , pour le regarder fixement ; et celui qui se trouve assez foible pour ne pouvoir supporter la force de ces rayons, est chassé du nid, comme indigne de la noblesse de ses pères; le Créateur enseignant par cet exemple à tous les pères véritablement nobles , combien ils doivent p^u estimer leurs enfans, si par leurs vices ils viennent à obscurcir la gloire de leurs ancêtres.

La manière dont le milan dresse aussi ses petits a la

chasse, n'est pas peu remarquable; car, dès qu'ils sont achevés de nourrir, et qu'ils peuvent tant soit peu se servir de leurs ailes , il met devant eux un moineau les ailes à demi plumées : eux, pressés de la faim, se jettent dessus , et ayant réitéré ceci diverses fois , ils deviennent enfin tout dressés et instruits pour la chasse , lorsque leurs ailes ont bien pris force.

Puisque nous avons fait mention du faucon , j'en dirai une chose qui n'est pas inconnue , mais que peu de personnes savent considérer et estimer comme il faut. Durant les longues et froides nuits d'hiver, il ne manque point à se pourvoir d'un moineau , qu'il tient dans ses mains pour les entretenir en chaleur ; voilà un effet de la providence. L'autre est , que s'éveillanfc le matin fort affamé, (ce qui arrive tant par la longueur de la nuit , que par la grande chaleur de l'estomac qu'il a commune avec tous les oiseaux de proie, afin que la faim les oblige à chasser,) quoiqu'il ait son dîné tout prêt entre les mains , il ne le touche pas néanmoins , au contraire il le laisse aller en reconnoissance du bien qu'il en a reçu , ce qui est un autre effet de la providence : et le troisième est , qu'allant le malin chercher sa nourriture, il ne prend jamais son vol du côté que le moineau a pris le sien , alin de ne le point rencontrer en son chemin. Ce sont ces généreux procédés qui ont donné lieu au proverbe qui dit : noble comme un faucon; aussi en cette qualité les lois des princes exemptent cet oiseau de toutes sortes de

péages, tant IuLque toute sa suite , c'est-à-dire, tous les oiseaux qui vont en sa compagnie, quand même il seroit mort en chemin. Je voudrois bien qu'on me dît ce quepourroit faire davantage en pareille occasion un homme noble , vertueux et reconnoissant : mais a le bien prendre, ce n'est pas le faucon qui fait cela , c'est celui qui l'a créé , lequel n'étant pas satisfait de nous avoir enseigné dans ses Ecritures quels sont les devoirs de la véritable noblesse , nous a voulu montrer en quoi ils consistent , par l'exemple de ce généreux oiseau ; lequel , bien qne pressé de la faim et tenant sa viande en ses mains, a tel pouvoir sur soi-même, qu'il ne veut en aucune manière outrager le moineau qui lui a apporté quelque commodité bien qu'involontaire. La générosité d'Auguste , le plus estimé de tous les empereurs romains, n'alla jamais jusque là . puisque pour donner moyen à son propre ennemi, Marc Antoine, d'assouvir sa vengeance , il lui abandonna la tête de Cicéron son ami, et à qui il étoit redevable de toute l'autorité qu'on lui avoit donnée dans la république. Ceux qui sont descendus de ces empereurs , et des autres rois et princes leurs semblables , n'ont ils pas grand sujet de se glorifier de leur naissance! Car quelle beauté peut-il y avoir aux branches, le tronc et la racine étant si détestables? quelle pureté peut -il y avoir dans les eaux qui procèdent d'une source si trouble ? Avouons donc que la vraie noblesse ne se trouve que dans la crainte de Dieu , car où celle-ci réside , la bassesse nj la roture n'y ont point de lieu.

La lapine se voyant près de faire ses petits 9 leiu5

prépare un petit lit mollet, afin qu'étant encore tendres , i/s ne se blessent point : outre les petites pailles qu'elle met par-dessous , elle se pèle aussi le ventre pour couvrir la paille , afin qu'ils soient plus délicatement. Quel amour maternel y a-t-il qui soit préférable à celui-ci ? Si elle veut sortir pour aller chercher sa nourriture , elle couvre si bien l'entrée de son trou , qu'on ne le sauroit découvrir que très-difficilement. Et le loup , tout gourmand et tout insatiable qu'il est , si sa femelle meurt , il prend soin de la nourriture de ses petits , se tirant même du gosier les vivres qu'il a mangés , pour leur en faire part.

Mais , pour revenir à mon propos de l'éducation des petits animaux , la façon dont les pères font leurs nids pour les élever, est fort admirable; car ils sont faits avec tant de proportion et si ajustés, que Quintilien prit cela pour une espèce et une image de raison , surtout lorsqu'il venoit à considérer la mollesse de ces petites couches qu'ils mettaient par-dessus le nid , afin que la dureté n'offensât point les membres douillets et tendres de leurs petits. Mais Aristote s'étonne et non sans cause , de l'adresse d'une hirondelle à faire son nid. Et cela , qui a été capable de donner de l'admiration à un si grand philosophe , ne pourra pas exciter la même chose dans nos esprits ! n'est-ce point parce que nous avons cet objet tous les jours devant nos yeux, ou plutôt parce que nous sommes privés d'yeux, et ne pouvons nous servir de la vue pour admirer et contempler les œuvres de Dieu ? Car qui est-ce qui pourvoit croire sans le voir, qu'un si petit oiseau sût dresser

un nid, comme s'il étoit de bon mortier; qu'il sût l'attacher contre une paroi , sans aucun appui pour le soutenir en l'air, où il est suspendu; qu'il mêlât des pailles avec le mortier, afin de bien lier les matériaux , comme font les meilleurs maçons , lorsqu'ils veulent enduire une muraille de torchis; qu'après cela il allât chercher de petites plumes , ou d'autres choses également délicates , afin que ses petits ne fussent point offensés de la dureté du nid? Mais je voudrois bien que les hommes me pussent dire avec toute leur raison , quels moyens ce petit oiseau pourra trouver pour bâtir son nid , lorsqu'il le faudra faire en un lieu où il n'y aura ni bois, ni mortier; j'avoue pour moi que je ne saurois pas me l'imaginer, et toutefois ce petit oiseau en a trouvé l'invention , parce qu'il est conduit par une intelligence plus parfaite que la mienne; c'est celle de son créateur et le mien , qui lui a donné l'industrie de faire du ciment où il n'y en a pas. Et pour le faire , il va mouiller ses ailes dans l'eau et se plonge dans la poussière , et fait de cette sorte son ciment; ainsi réitérant souvent la même chose , peu à peu il vient à bout de son ouvrage. Comme il est sage et prudent , il fait son nid dans nos maisons , parce que ce sont des lieux, (comme saint Ambroise a fort bien remarqué) où ses petits sont moins exposés aux injures des autres oiseaux qui lui sont contraires. En revanche il nous en paye le louage par son chant , qui nous sert d'horloge pour nous éveiller le matin. Mais en ceci , comme dans tout le reste , dont nous avons parlé , nous pouvons employer cette helie sentence de l'Apô-

tre : Peut-être que Dieu se soucie fort du bœuf zl de l'hirondelle. Car il est certain qu'il n'a fait tout cela que pour se faire connoître aux hommes , afin qu'ils l'adorassent et le glorifiassent. Et en effet , tous ceux qui auront des yeux pour observer la composition de tous les corps des animaux , aussi-bien que leurs aptitudes et leurs facultés pour leur conservation , verront fort clairement que tout cela ensemble nous annonce sa sagesse , et que tout autant qu'il y a de créatures, ce sont autant de témoins de sa gloire.

Mais il n'y a pas moins de sujet d'admirer une chose que saint Basile et saint Ambroise rapportent d'un petit oiseau qui s'appelle alcyon. Et en cela sans doute le Créateur nous a voulu plus manifestement découvrir les soins de sa providence , qui ne manque jamais au besoin. Il a donc donné une certaine inclination à ce petit oiseau , de faire son nid sur les sables joignant la mer , et au plus fort de l'hiver. Mais par quel moyen a-t-il aussi voulu le préserver, afin que les ondes de la mer, qui en ce temps-là est toujours irritée , ne le submergeassent? Quelqu'un dira peut-être , qu'en ceci même il n'a pas apporté ses soins ordinaires , ayant donné l'inclination à ce petit oiseau d'exposer ses œufs en un lieu où il ne les pouvoit pas conserver. Mais quel remède trouvera-ton pour justifier cette providence infinie ? Celui seul qui avoit la puissance Je le donner, l'a trouvé; car comme Seigneur souverain des mers , il a commandé que durant qua-

iorze jours , ( c'est-à-dire , durant les sept que cet oiseau couve ses œufs , et durant les autres sept qu'il emploie a élever ses petits jusqu'à ce qu'ils soient prêts à voler) il ne se formât nulle tempête sur la mer, au contraire qu'elle demeurât paisible , afin qu'on ne pût point véritablement dire que sa providence eût manqué à la moindre chose. 0 Seigneur, admirable en toutes vos œuvres ! combien méritez -vous d'être connu, adoré et honoré ! et combien vousêtes-vous voulu faire connoître à nous , en nous donnant de si belles leçons de votre gloire et de vos merveilles ! Qui ne doit point espérer de votre bonté le remède à toutes ses nécessitésj puisque pour remédier à celles d'un si petit oiseau, vous avez bien voulu imposer des lois expresses et particulières à ce grand et vaste corps de l'océan , afin que durant un si long temps il demeurât paisible. Aussi ces jours privilégiés sont marqués par les mariniers; ils les appellent les jours des alcyons; et ce petit oiseau leur sert comme de garant , que durant tout le temps qu'il demeurera à élever ses petits , ils ne seront point tourmentés d'orages.

C'est une chose aussi bien digne de remarque , que tous les oiseaux observent entr'eux une espèce de mariage , partageant alternativement les soins de la nourriture de leurs petits; car tandis que l'un des deux demeure sur les œufs , l'autre va chercher à manger/ et quand celui-ci retourne , il se charge du même otfice de l'autre qu'il relève, lequel va chercher à son t?ur sa vie. C'est ce que nous voyons tous les jours ejztre les pigeons privés , qui se nourrissent en nos maisons; les-

quels, au rapport de Pline, sont si féconds qu'ils produisent dix fois l'année. Les petits à cinq mois peuvent être pères , et il arrive même Lien souvent , qu'ayant des petits dans un nid , ils ne laissent pas de faire leurs œufs dans un autre , pour une nouvelle production; elle est toujours de deux œufs pour le moins , l'un mâle et l'autre femelle , dont le mâle est toujours le premier né. Par cette merveilleuse fécondité , nous devons remarquer le soin que Dieu a voulu prendre de la nourriture des hommes , ayant pour cet effet donné à ces oiseaux , aux perdrix et aux lapins , une extrême fécondité , afin que par ce moyen , et par une infinité d'autres , il pourvût non-seulement à la nourriture , mais aussi à la délicatesse des hommes , et que les uns en chassant gagnassent leur vie , et les autres se nourrissent de leur chasse.

Les vaches se trouvant en péril de quelque bête farouche et furieuse , ont coutume de se mettre toutes en rond , enfermant leurs veaux au milieu , et. tournant le derrière vers leurs petits , et leurs cornes ( qui sont les armes dont elles ont été pourvues pour leur défense) vers leurs ennemis; elles leur résistent par cet ordre , et se mettent en état de garantir de violence leurs petits veaux. Les jumens en même péril, usent de la même adresse pour défendre leurs poulains ; mais comme leur force est aux pieds de derrière, elles les tournent aussi en dehors, d'autant que chaque animal connoît, ainsi que nous avons dit, la partie où sont ses armes , et sait naturellement s'en servir oans le péril.

Venons maintenant au part ou production de& animaux. Avant le part , ils se nourrissent dans le ventre de leurs mères par le petit boyau du nombril, comme les hommes, et lorsqu'elles mettent bas, elles ne manquent pas d'instrument pour le couper ; leurs dents leur servent a cet usage, et c'est par elles qu'elles se dégagent de leurs petits , léchant et nettoyant avee la langue toutes les immondices qu'ils ont apportées en naissant; cela est bien remarquable dans les ours , qui produisent leurs petits tout-à-fait informes; mais la mère , à force de les lécher , leur donne enfin la figure que nous leur voyons.

Les tromperies mêmes, les adultères et les larcins se trouvent parmi les animaux, aussi-bien que parmi les hommes. Le coucou en est un témoin; car on dit que peu à peu il mange les œufs de quelque autre oiseau , et substitue autant des siens à la place; sa tromperie lui apporte en cela deux utilités : l'une , de se nourrir des œufs d'autrui; l'autre, de se soulager de la peine de couver et d'élever les siens propres. Ce qui revient aussi à un double détriment de l'oiseau trompé , puisqu'il perd ses propres œufs, et demeure chargé du soin de ceux d'un autre. Telle est la condition des voleurs et des tyrans, qui cherchent toujours leur profit et leur avantage au détriment et au désavantage des autres.

La perdrix souffre un préjudice presque semblaMe en l'éducation de ses poussins , qui a même beaucoup de rapport à l'exemple des deux femmes adultères qui contestoient devant Salomon , de la vérité d'un enfant

*j3t) CATÉCHISME DE GRENADE.

que Tune avoit dérobé à l'autre , soutenant qu'il étoit sien. Car il y a des perdrix qui dérobent les œufs d'une autre perdrix, qui les couvent et les élèvent comme s'ils étoient à elles. Mais il en arrive une chose si merveilleuse , que si elle ne nous étoit confirmée par l'Ecriture, elle nous sembleroit incroyable, quoiqu'elle soit rapportée par plusieurs autres graves auteurs ; saint Jérôme même en rend témoignage , écrivant sur le passage de Jérémie où cette histoire est alléguée. Il dit donc que la perdrix dérobe les œufs à une autre perdrix, et qu'elle les couve; mais dès que les perdreaux sont un peu grandelets , et qu'ils peuvent distinguer le chant de leur véritable mère , ils laissent leur mère supposée, poursuivre la légitime. Qui pourroit croire cela , si l'auteur de la merveille n'en étoit aussi l'historien dans son Ecriture? Il nous a sans doute voulu représenter en cela le mystère et le fruit de la rédemption de notre Sauveur Jésus-Christ , par les mérites duquel les hommes , (qui jusqu'au temps de sa venue au monde vivoient dans la servitude des faux dieux) entendant la voix de leur véritable père par la prédication de son Evangile , quittèrent les faux dieux qu'ils avoient adorés , pour suivre, servir et adorer celui qui étoit le vrai auteur de leurs êtres.

N'a-t-il pas voulu nous représenter le même mystère et le même bienfait , en la façon dont se conduit le pélican en la production de ses petits ? On écrit de lui , qu'il les tire des œufs tout morts , mais que s'ouvram la poitrine de son bec , il les ressuscite en les arrosant de son sang. C'est pour cette raison que le roi

dom Juan II de Portugal, qui fut un très-brave et très -bon prince, le prit pour devise, nous voulant montrer par cet exemple la différence qu'il y a des rois aux tyrans, ceux-ci se nourrissant du sang de leurs sujets , au lieu que les autres donnent leur vie et leur sang pour les leurs. Elian, qui fait l'histoire de cet oiseau, écrit qu'il fait son nid sur terre , et que les chasseurs pour le prendre usent de cette adresse : ils environnent le nid de paille, où ils mettent le feu; alors le père alarmé du péril de ses petits , accourt à grande hâte à leur secours , et tâchant d'éteindre les flammes par le mouvement de ses ailes , non-seulement il ne peut en venir a bout, mais au contraire il les enflamme davantage, et de cette sorte ayant brûlé ses ailes, il tombe entre les mains des chasseurs , n'épargnant pas sa propre vie pour les siens. En cela , aussi-bien qu'en ce que nous avons allégué de la perdrix, nous voyons un merveilleux exemple de la charité immense du Fils de Dieu , lequel s'est volontairement offert à la mort pour racheter et réparer la vie de ceux qu'il avoit créés. Mais il est temps de mettre fin à ce chapitre , en gardant soigneusement le souvenir de ce grand bénéfice. Qui voudra être mieux informé de plusieurs autres particularités touchant cette matière , pourra lire les livres qu'Aristole a écrits de la nature des animaux; Pline, dans les livres huit, neuf, dix et onze de son histoire naturelle, et Elian dans les seize qu'il a composés sur le même sujet. Mais pour nous, en ce peu; que nous venons de dire , nous n'avons eu dessein que d'enseigner au chrétien à philosopher là- dessus »

afin d'élever par là son esprit à la connoissance et à l'amour de son Créateur, lequel étant si admirable en ses créatures , doit l'être infiniment davantage en soi-même. Que si nos esprits ont tant de plaisir a contempler ces grandes œuvres , combien en doivent-ils avoir davantage à contempler la sagesse infinie de celui qui les a faites ! Il sait tant et peut tant , que dans cette infinité de créatures qu'il a formées , sans leur avoir donné la raison , il a pu néanmoins imprimer en elles de telles inclinations , qu'elles font aussi parfaitement toutes leurs opérations, que si elles étoient pourvues de l'usage de la raison.

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