‹ Catéchisme, ou, Introduction au symbole de la foiChapitre 28 sur 49 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

De l'utilité des mouches à miel, et du ver à soie,

JLe Créateur est si admirable en toutes ses créatures , que si nous étions capables de bien connoître la fabrique et la composition des corps de chacune, et les facultés qu'elles ont pour leur conservation et pour la provision des choses qui leur sont nécessaires, nous ne cesserions jamais d'admirer la majesté immense, non plus que la sagesse de celui qui les a formées. La vérité de cette proposition paroît en tous les animaux dont nous avons parlé jusqu'ici , et dans tous les autres encore , si nos yeux sont bien capables de fes contempler. Mais sans doute tout ce que nous av^ns dit est très-avantageusement surpassé par deux letits animaux que nous pouvons mettre au nombre àf plus petits, qui sont le ver à soie et la mouche qu/fait le

2f)2 CATECHISME DE GRENADE.

mîel. J'en veux donc parler ici, comme de chose beaucoup plus merveilleuse que toutes les autres que j'ai racontées, lit commençant par le ver qui fait la soie, n'est-ce pas une chose bien merveilleuse , qu'un si petit vermisseau puisse filer une filasse si subtile et si déliée, que tous 1rs arts et tous les esprits humains n'ont jamais su imiter son ndustrie ? l\'est-ce pas une merveille , que le Créateur ait donné à ce petit animal une faculté pour entretenir toute la vanité et toute la pompe que nous voyons dans le monde , par la fabrique des velours , des taffetas , des damas , des satins , et des autres riches étoffes dont s'habillent les empereurs , les princes , les rois et les autres personnes de condition, pour les distinguer par la richesse et la beauté de ces habits du reste du peuple? N'y a-t-il pas de quoi s'étonner qu'il n'y ait ni pays de Maures, ni de barbares , ni aucune nation si éloignée , où les rois ne veuillent rendre plus auguste leur autorité et leur majesté par les vètemens que ces petits vers leur filent? Mais ce ne son! pas seulement les gens du monde qui se parent de leur travail les églises, les autels et les prêtres en sont revêtus; et Ton ne célèbre point les fêtes , ni les offices divins , sans les rendre plus vénérables par cette sorte d'ornemens.

Mais que dirai-je des abeilles dont les corps , quoique des plus petits, pourvoient néanmoins tout le monde <Tu>e liqueur non seulement très-agréable , mais aussi très salutaire? Elle sert pour assaisonner les viandes, pour fortifier les estomacs débiles , pour remplir les boutiques , et pour cette infinie quantité de conserves

et de confitures dont elles sont garnies, Combien est utile aussi la cire qu'elles composent avec leur miel ! C'est elle qui illumine les autels , qui rend les processions plus pompeuses , qui distingue les confréries , qui honore les enterremens ; c'est par elle enfin que les tables des princes et des grands sont éclairées ; et tout cela se fait par un animal qui n'est guères plus grand qu'une mouche. Qui croiroit ces choses-là , si on ne les avoit vues , surtout si on venoit à raconter le bel ordre que ces deux espèces d'animaux observent dans leurs petites républiques et dans la conduite de leur vie? 0 grand Dieu, que vous êtes véritablement admirable en toutes vos œuvres , autant en celles de la nature , qu'en celles de la grâce ! mais cela ne nous doit pas surprendre, puisque vous êtes auteur des unes et des autres , et qu'elles sont toutes deux filles d'un même Père; ce qui fait qu'elles ont entr'elles un si grand rapport et une si grande ressemblance. Nous voyons dans les œuvres de la grâce que vous choisissez les instrumens du monde les plus abjects pour faire des choses admirables : avec douze pauvres pêcheurs vous convertissez tout le monde; avec le bras d'une femme vous renversez toute la puissance des Assyriens; avec les enfans des princes d'Israël vous mettez en déroute les armées du roi de Syrie ; avec une fronde et un caillou vous faites qu'un simple berger remporte \i victoire sur un géant armé de toutes pièces; et av/C la mâchoire d'un vil animal, vous faites que Sam/on, tue jusques à mille Philistins. Ce sont là vos œu\res , grand Dieu ! ce sont là vos merveilles , de faire/ervir

à de si grandes actions de si foibles moyens; et le même ordre <|ue vous observez dans les œuvres de la grâce , vouf l'observez aussi dans celles de la nature , ayant vouJu que des deux plus petits animaux du monde , l'un fournit aux rois et aux princes leurs plus superbes vêtemens , et l'autre leurs plus délicieux vivres; car d'autant que ces petits animaux sont plus vils, et l'utilité que nous en retirons plus grande, d'autant plus clairement vous nous faites voir en eux la grandeur de votre gloire.

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