‹ Catéchisme, ou, Introduction au symbole de la foiChapitre 30 sur 49 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Des vers qui filent la soie.

JLes œuvres de ce souverain Ouvrier sont si admirables , qu'elles semblent contester les unes avec les autres à qui sera la plus digne d'admiration; car, en effet , toutes le sont , chacune en sa manière ; mais dans ce nombre on doit distinguer le ver à soie , qui est des plus remarquables. Nous avons déjà parlé de l'utilité qui en revient , et comme toute la pompe des habits et tous les ornemens des églises sont des ouvrages de ce petit animal; mais pour l'artifice avec lequel il file sa soie , Hiéronymo Vidas , excellent poète de notre temps , l'a jugé si admirable , qu'il en a voulu écrire deux livres en vers latins , dont je rapporterai ici sommairement les choses les plus remarquables. Ces petits vers s'engendrent de certains petits œufs

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que la femelle pond , lesquels étant mis au soleil , ou dans le sein , par le moyen de l'une ou de l'autre chaleur deviennent animés en moins de trois jours , et reçoivent la vie avec tous les sens nécessaires pour la maintenir. Saint Basile allègue cet exemple pour nous rendre plus croyable le mystère de la résurrect'on générale; car, en effet, celui qui a le pouvoir de donner vie en si peu de temps , à une si petite semeice , pourra bien aussi la donner aux os et à la poussière ie nos corps , en quelque part qu'ils soient. Aussitôt qu<; ces petits animaux sont nés , ils commencent à manger avec grand faim , et en mangeant croissent en force et en grandeur. Ayant ainsi mangé durant quelques jours, ils s'endorment, et après avoir assez dormi pour digérer et convertir en substance leur manger , ils se réveillent et recommencent à manger avec la même avidité que la première fois. Le bruit qu'ils font en mangeant et en coupant l'herbe de leurs petites dents est si grand , qu'il ressemble à celui que fait la pluie lorsque des toits elle tombe à terre. Ils font cela par trois fois , car il faut manger et dormir autant de fois pour devenir assez grands. Etant tels , ils cessent de manger pour commencer leur travail , et pour le paiement de leur écot qu'ils doivent à leur hôte pour la bonne chère qu'il leur a faite. Ils commencent donc à hausser un peu le cou pour chercher quelques petits bastonnetsoù ils puissent attacher leurs fils qu'ils tirent de leur propre substance : leur petit fuseau étant rempli de ce fil , ils se font au beau milieu leur petite maison , qui est une espèce de petit capuce , et ajoutant

filé sur filé , qu'ils mettent les uns sur les autres , les liant et collant bien ensemble , ils en composent un petit mur aussi dur et aussi ferme que sauroit être un parchem/n : et tout ainsi que les hommes , après avoir bâti les murailles d'une maison , les font enduire et polir, afin qu'elles en soient plus propres, eux aussi , ayan/ fait leur maison , se mettent aussitôt à la polir ave^ leur petite tête , qui est fort unie et fort propre peur cet effet. Par ce moyen , leur petit capuce demeure si bien tendu et si bien clos , que s'il tombe ou qu'on le jette à dessein dans l'eau , il nage par-dessus sans qu'il en soit percé. Et ceci est une providence très -particulière du Créateur ; parce que si cela n'étoit pas , tout ce travail seroit inutile , d'autant que le capuchon , par sa dureté , demeurant en son entier et tendu lorsqu'on le jette dans l'eau chaude , on peut facilement recueillir la soie , un fil se démêlant aisément d'avec l'autre par la chaleur; ce qui ne se pourroit pas faire si l'eau perçoit le capuce; car, en s'abreuvant , la soie , qui est entortillée au fuseau , deviendront comme une éponge. Il est vrai que le pauvre ver meurt dans cette eau bouillante , et c'est la récompense qu'il reçoit de son travail. Mais ceux que l'on veut garder pour l'année suivante ne sont pas traités avec cette rigueur. Ne pouvant souffrir l'étroite prison où ils se sont eux-mêmes ensevelis , ils se font de leurs petites bouches une ouverture par laquelle ils peuvent se mettre en liberté , étant devenus grands et forts dans leur maisonnette , on les voit voleter avec de petites cornes et de petites ailes , de vers qu'ils

étoient, étant devenus oiseaux. Il y a entr'eux des mâles et des femelles , et quoiqu'ils soient tous absolument semblables , ils se savent néanmoins Sort bien distinguer ; de sorte qu'ils demeurent joints ensemble pendant l'espace de quatre jours. Au bout decettmps, le mâle meurt, et la femelle fait ces petits œufs iont nous avons parlé au commencement ; cela fait , »lle meurt aussi , laissant cette petite semence par laqueie sa postérité vient à être renouvelée et continuée. Nom voyons bien par ceci que ce petit animal ne peut avoir été créé pour autre fin; puisqu'ayant fait ce à quoi il avoit été destiné sans qu'on le tue , il meurt de soi même , témoignant par cette mort prompte mais naturelle, qu'il n'avoit été fait que pour nous donner la soie. Par ce petit , mais très évident exemple , nous pouvons aisément remarquer comme notre souverain Maître a créé toutes choses pour l'homme , puisque ces animaux si utiles pour notre service , ne sont pas nés ni n'ont pas vécu pour eux , mais pour l'homme seulement , leur vie ayant pris fin avec leur service ; de sorte qu'en finissant , ils semblent dire à l'homme : Je ne suis né ni n'ai vécu pour moi , mais pour toi ; ainsi , ne te pouvant plus rendre de service , je te dis adieu. Cela se voit encore plus clairement, en ce que la maisonnette que ces petits animaux ont bâtie avec tant de soin ne leur sert presque pas d'habitation , mais seulement à l'utilité de l'homme , puisque aussitôt qu'elle est faite ils y font une petite porte pour en sortir , sans y retourner jamais , comme d'une maison qui n'a pas été faite pour eux , mais pour nous. Ne devrions-nous

pas bien remarquer en ceci les faveurs et les richesses que nous recevons de la divine providence , laquelle non cortente d'avoir abondamment fourni à nos vêtemen?par les laines , les poils et les peaux des animaux, a voulu encore pourvoir à nos plaisirs et à notre pompe par les précieuses et délicates étoffes qui se font par le ministère de ces petits vers , en faveur de ceux qte le plaisir ou le besoin invitent à s'en servir.

Ce qu'il y a de remarquable en ceci , c'est que les fîlamens de ce petit capuche étant plus déliés que des cheveux, et faits d'une matière aussi délicate et fluide comme est l'humeur et les baves que jettent ces petits vers , ils deviennent néanmoins si forts qu'on les peut facilement recueillir, dévider, mettre en œuvre, et leur faire souffrir mille martyres avant que d'en faire la soie. Par là nous pouvons juger combien est admirable en toutes ses œuvres ce grand et céleste auteur de toutes choses. Mais il ne nous découvre pas moins la grandeur de son pouvoir, par la faculté qu'il donne à un si petit ver, qui naît en quatre jours , et ne vit que deux mois , de faire un ouvrage si précieux et si délicat, que tous les esprits des hommes ne sauroient arriver à en faire de semblable. Parmi tout ceci je ne dois pas omettre ce que dit Pline , en traitant de ces petits animaux , qui est , que les seules femmes se servoient anciennement des étoffes de soie ; mais enfin les hommes leur en empruntèrent l'usage , ayant tellement discontinué à se vêtir de leurs armes , qui étoient jadis presque leurs seuls vêtemens , qu'ils ne pouvoient même souffrir ceux qui étoient faits de leurs

étoiles ordinaires, de sorte qu'ils en vinrent à la fin jusqu'à se servir de celles des femmes.

De quelques autres petits animaux ennemù de l'homme.

Peut-être que quelqu'un me demandera, sur ce chapitre des petits animaux, pourquoi celui qui a crié toutes choses pour le bien et pour le service de l'homme, a néanmoins créé plusieurs petits animaux lesquels non - seulement lui sont inutiles , mais au contraire nuisibles et très -importuns; tels que sont les mouches , les moucherons , les puces et autres semblables , lesquels durant ce peu de temps que nous prenons pour le sommeil , afin que par ce repos nous nous délassions des soins et des travaux de la journée , nous importunent à tel point , qu'ils nous le viennent troubler et nous éveiller , nous privant de ce bien , qui est un des plus grands et des plus nécessaires de la vie. Mais je réponds à cela , que comme toutes les incommodités , les travaux et les fatigues de la vie , nous ont été donnés aussi-bien que la mort pour peine du premier péché , ( dans lequel nous fûmes enveloppés comme enfans de ce premier père qui le commit ) aussi les incommodités que nous recevons de ces petits animaux , nous sont survenues de la même cause et très-justement : car tout ainsi que l'homme, (lequel comparé à Dieu est moins qu'une puce, ou qu'un moucheron) s'éleva contre Dieu , et lui refusa l'obéissance

qu'il lui devoit; il a voulu aussi que les puces, les moucherons et les autres petits animaux semblables , s'élevassent contre lui pour l'incommoder et l'humilier : lui taisant voir que des créatures si viles et si petites étaient assez fortes pour nuire à une créature si puissante qu'est l'homme , sans qu'il eût moyen de s'en défendre. Ainsi notre grand Dieu , qui en toutes choses est très-bon et très- miséricordieux , a fait que cftte peine soit non-seulement peine , mais aussi recède ; faisant sur nous le même effet que font plusieurs autres misères et incommodités de la vie , lesquelles ce père céleste met comme une espèce d'aloès sur les mamelles de ce monde , afin que nous ne le méprisions pas seulement , mais que nous l'ayons en horreur, et que nous recourions au sein de ce Seigneur, que l'épouse trouvoit plus doux et plus agréable que le vin, c'est-à-dire, que tous les plaisirs du monde. Cette vérité est si bien assurée qu'elle a fait dire à Eucherius, qu'il ne sa uroit juger lequel motif étoit le plus puissant pour attirer les hommes à Dieu , ou l'amertume des maux , dont nous étions affligés dans le monde , ou la douceur des biens dont notre père céleste nous donnoit espérance en l'autre.

Puisque dans ce chapitre nous avons fait voir combien Dieu étoit admirable en la production des plus petits animaux , il ne sera pas hors de propos de faire voir combien il est merveilleux dans la création des grands , afin que nous puissions connoître que dans toutes ses œuvres , autant dans les grandes que dans les petites , il est également admirable ; et que nous

puissions remarquer avec combien de raison l'ange répondit a celui qui lui demandoit son nom : pourquoi , lui dit -il , me demandes-tu mon nom, qui est admirable? Je pourrois, pour prouver ma proposition , alléguer ici ces deux bêtes horribles , dont le Seigneur même décrit la grandeur au chap. 4o et 4* ta livre de Job, sous les noms de béhemot et léviatan; jepourrois encore parler des baleines , dont la grandeur- est assez connue; mais laissant cela à part, je veux raconter ici la grandeur prodigieuse d'un poisson , qu\, en l'année mil cinq cent soixante et quinze, le vingtdeuxième d'avril , fut jeté tout mort par la mer sur la plage de Péniche. Ce fut en effet un des plus grands monstres qu'on verra jamais; car il avoit quarante coudées de large. Le cuir sur le dos étoit noir, et blanc sous le ventre ; la queue , d'un bout à l'autre , large de cinq coudées ; mais sa longueur étoit telle qu'à peine deux grands hommes se pouvoient connoître d'un bout à l'autre. Ses yeux avoient chacun une coudée de large; et ce qu'il avoit de plus remarquable, c'est qu'il avoit la tête élevée de quatre coudées en haut ; mais il n'avoit pas la gueule en la tête comme les autres poissons , il l'avoit au ventre, et les mâchoires étoient de huit coudées , chacune garnie de seize dents de part et d'autre , dont chacune avoit demicoudée de rond , et d'une dent à l'autre il y avoit une palme de distance. Le portrait en fut envoyé au roi dom Henriquez , que Dieu absolve. Il y a grand sujet d'admirer le soin de la providence , aussi-bien que son industrie en la composition de ce poisson; car il

lui avoit élevé la tête afin que ses yeux lui servissent comme de sentinelle pour découvrir les poissons dont ce monstre se devoit nourrir; et d'autant que la distance de *a tête à l'eau étoit fort grande, il lui avoit mis la b#uche en bas pour être plus proche et plus à commoiité , pour engloutir ce que les yeux lui avoient décou/ert de leur embuscade. J'ai ouï dire que ce mêrre animal avoit une graisse au ventre , qui servoit à beaucoup de maux , et étoit de grand prix.

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