‹ Catéchisme, ou, Introduction au symbole de la foiChapitre 33 sur 49 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

De la fabrique du corps humain touchant tes os.

Il semble que pour garder l'ordre en ceci , il seroit à propos de traiter premièrement de la composition et situation du corps humain, (qui consiste en l'assiette et en Tordre des os dont il est composé); mais en cette matière il y a tant de subtilité , tant de choses dont le secret est difficile à expliquer , et tant de merveilles , que ni je ne les saurois exprimer , ni mes lecteurs les comprendre. Aussi ceux-là même qui à dessein ont employé leurs esprits à l'étude de cette connoissance , ne se contentent pas de celle qu'ils peuvent tirer des préceptes de leur art, il faut avec cela qu'ils aient recours aux figures , et aux images qui leur représentent ce bel ordre. Encore cela même n'a pas été suffisant pour les bien éclaircir; il a fallu passer jusqu'à faire des anatoinies de corps humains nouvellement morts , afin que non-seulement l'entendement fût imbu, mais aussi que les yeux fussent témoins, et juges de cette doctrine. Et sur cela , nous devons remarquer que les anciens médecins ont eu en grande horreur l'expérience qui se faisoit de leur art sur les corps humains ; aussi la faisoient-ils sur les corps des animaux qui y avoient plus de rapport et de ressemblance. Or, afin que la vanité et l'orgueil des hommes et des femmes plus superbes soient confondus , et que les uns et les autres re~

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conpoissent d'où ils tirent toute la bonne opinion qu'ils on! d'eux-mêmes , il faut qu'ils sachent que les corps êèa animaux qui ont été trouvés plus semblables aux nôtres , (j'ai presque honte de le dire) sont ceux des guenons et des pourceaux. Et de fait, Galien qui a traité cette matière divinement et plus amplement que tous les autres, n'a eu de guide pour se conduire en cela que les entrailles des guenons. Il est vrai aussi qu'aujourd'hui il est repris en beaucoup de choses par les nouveaux anatomistes; lesquels ont reconnu par expérience qu'il y a voit quelques différences entre nos corps et ceux de ces animaux-là.

Cette matière étant si diverse et si subtile qu'elle est, je ne dois pas entreprendre d'en parler, n'y ayant pas un seul os , soit petit ou grand , qui ne nous indique la sagesse et la providence du Créateur, qui les a formés. Je veux donc m'arrêter seulement à dire , que celte disposition , et cette construction de nos corps , est un ouvrage composé de plusieurs pièces ; lesquelles semblent être comme des goins , afin que l'homme puisse par ce moyen s'aider de tous ses membres , et les manier sans aucune difficulté. Mais on ne doit pas s'imaginer que ces pièces soient en petit nombre, puisque déjà nous avons expliqué combien ce nombre étoit grand, et que nous avons remarqué comme ils étoient joints et enlacés les uns avec les autres par des emboîtures si justes , si proportionnées et si parfaitement compassées , qu'il n'y a point d'artisans au monde qui les pussent faire avec tant de justesse et de proportion. Afin même que ces os ne pussent point sortir de leur

assiette , le Créateur les a liés avec des cordes si fortes, et avec des ligamens si fermes autour de leirs jointures , qu'il n'est pas possible qu'un de ces os ie désunisse de l'autre sans quelque grande violence ; il est sans doute que toutes ces emboîtures , avec leurs ligamens , aussi-bien que la forme des os mêmes , si bien proportionnés et ajustés entre eux, pour la consistance et pour le soutien du corps humain , sont des voix qui nous annoncent la sagesse de ce souverain ouvrier, lequel sans compas, sans règle et sans aucun autre instrument , a formé toutxïela dans les entrailles d'une femme.

Que s'il y a quelque exemple par lequel nous puissions comprendre quelque chose de ce merveilleux artifice, c'est à mon avis celui dont nous nous sommes déjà servis, la fabrique d'une armure complète, laquelle s'ajuste aux membres du corps humain , et le couvre depuis les pieds jusqu'à la tête : elle est composée de diverses pièces jointes ensemble par leurs courroies qui sont leurs jointures ou ligamens , afin que l'homme quoiqu'anné de toutes pièces , se puisse baisser , se dresser , manier et ployer ses bras , pour se servir de la lance ou de l'épée selon l'occasion. En cela l'art imite la nature autant qu'il lui est possible, car il ne le peut pas faire en tout. Nous remarquons cela facilement , lorsque nous considérons avec combien de peine un homme armé se sert de ses membres, et combien au contraire se meuvent et se manient avec aisance ceux du corps humain , commenous pouvons observer en ceux qui courent , qui dan-

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sent, ou voltigent, quoique le nombre des os et fies jointures de notre corps soit de beaucoup plus grand que ne sont les pièces de l'armure, quelles qu'elles puissent être.

Nous pouvons encore comparer la structure de notre corps à celle d'une maison haute , élevée sur deux colonnes; car nos jambes nous tiennent lieu de colonnes qui soutiennent tout l'édifice , et les pieds sont les bases où les colonnes sont assises ; le reste est l'édifice de la maison , qui est lié par les os de l'épine du dos , montant le long des épaules jusqu'au derrière de la tête; tout cela composé de diverses pièces, comme une chaîne de divers chaînons, avec une admirable liaison. De la même épine du dos procèdent les petites côtes , comme nous voyons qu'au haut des édifices il y a une poutre principale qui passe de mur en mur, à laquelle sont liés les petits soliveaux , pour soutenir les tables , ou latefeuilles , sur lesquelles se pose la couverture de l'édifice. Sur cette structure et disposition des os , le Créateur a étendu la chair et la peau pour l'embellissement du corps humain , comme nous voyons qu'après avoir élevé les murailles d'une maison l'on a coutume de l'enduire et de la blanchir afin qu'elle paroisse plus belle : car celui qui a conduit tout cet ouvrage a été si admirable en sagesse , qu'il a su joindre ensemble les deux choses les plus parfaites et les plus difficiles à unir, c'est à savoir l'utile et le beau, et cela avec tant d'industrie et de perfection , que le plus beau est aussi le plus utile. Nous pouvons remarquer ceci dans la disposition et dans la situation de tous les

sens et de toutes les parties du visage , lesquels ni pour l'exercice de leurs fonctions , ni pour la beauté , ne pouvoient avoir une forme ni une situation phs avantageuse. Celte même assiette , et cette disposition des os, ne sert pas seulement pour affermir et soutenir le corps , elle sert aussi pour défendre le foible du fort, comme nous verrons ci-après , ce qui est encore un autre effet de la providence de ce souverain Ouvrier , lequel nous a voulu enseigner par là que ceux qui sont puissans dans la république ne doivent pas être les oppresseurs , mais les protecteurs des foibles et impuissans ; et ceci suffira touchant la structure et la composition de nos corps. Nous allons maintenant parler de la manière dont ils se conservent et se nourrissent.

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